Vendredi 12 janvier 2007

Le docteur Villars se précipite à notre rencontre et je peux percevoir l'indignation vibrer dans sa voix lorsqu’il prend la parole. Il semble s'agir de cette si caractéristique colère que ressent la mère, lorsque son enfant vient d’échapper au pire et qu’elle lui assène une salutaire paire de claques, avant de l’embrasser…
— Heureusement que vos examens sont négatifs ! grogne-t-il en apercevant mon poignet blessé.
— Vous n’avez même pas attendu les résultats ! Vous auriez pu mettre tout l'équipage en danger, ainsi que le capitaine, car je suppose que vous ne vous êtes pas soignée seule et le sang est…
— Assez ! l’interrompt Herlock, en posant la petite mallette sur le bureau du médecin.Calmez-vous, Villars. Il n’y a aucune contamination, comme vous venez de le dire. Tout est sous contrôle maintenant, ajoute-t-il avec un sourire compréhensif et apaisant.
— Tr… très bien, euh… je n’ai pas trouvé d’autres porteurs du virus, c’est vrai que ce n’est pas si grave. Mais tout de même ! Alfred va très mal, et j’ai vraiment cru que vous n’alliez pas revenir cette fois et…
— Villars ?
— Ou... oui ?
— Menez-moi donc à Alfred et occupez-vous de la blessure du commandant Ayana.
— Bien, capitaine, à vos ordres, se reprend enfin le grand homme barbu en s’épongeant le front. Je songe à ses derniers mots et un désagréable pressentiment m’envahit sournoisement : notre fuite a été plutôt facile… trop facile peut-être…. Non, je dois me faire des idées. Le capitaine a vérifié à de nombreuses reprises que personne ne suivait sur nos traces. Nous avons changé de cap plusieurs fois et rien n’est apparu sur les écrans de contrôle… je deviens paranoïaque !
Une course précipitée dans le couloir. Stelly fait irruption au milieu de l'infirmerie, à bout de souffle.
— Où est-il ? demande-t-elle, d’une voix menue et vacillante. Je lui souris en désignant la porte, mais elle reste figée, son visage transfiguré par une angoisse proche de la panique. Je m’accroupis afin d’être à sa hauteur et pose une main compatissante sur son épaule.
— Il va bien, ne t’inquiète pas. Il est près d’Alfred.
— Oh, mon Dieu ! J’ai eu tellement peur ! J’étais fâchée après lui quand il est parti, et s’il n’était pas revenu je…
— Tout va bien, ma puce, tu peux aller le voir.
Elle se jette dans mes bras avec tout l’abandon sincère d’une enfant, et je la serre contre moi, émue par ce geste si franc et si simple, débordée par tant d’affection… Elle s’écarte soudainement avec un sourire éclatant, empreint d’une gratitude que je ne mérite pas, et se précipite vers la chambre d’Alfred. Je reste un instant immobile et songeuse, puis m’affale dans l’un des fauteuils blancs et usés qui bordent la pièce et caresse distraitement ma joue meurtrie. Je soupire et ferme les yeux, bien décidée à faire le vide dans mon esprit, mais l’image du capitaine et sa promesse de protection intemporelle résonnent en moi comme une avalanche de sensations et de questions sans réponses…
Villars réapparaît enfin et me fait signe de m’installer sur la table de soins. Combien de fois vais-je encore devoir confier mon corps meurtri aux mains habiles de cet homme ? Je ne compte même plus les cicatrices qui lacèrent ma peau de leurs témoignages inquiétants. Je suis tellement accoutumée à cette douleur cuisante, que je ne sursaute même pas lorsque le médecin arrache les anciens pansements, qui ont adhéré à la plaie sanglante. Le docteur accepte enfin de me laisser quitter l'infirmerie et j'emprunte le long couloir menant aux quartiers de l'équipage. Une douce luminosité à la géométrie rassurante attire mon attention vers la porte de la chambre de Mime, restée ouverte. Je m’immobilise, fascinée par la scène paisible, presque irréelle, s’offrant à mes yeux. La petite Stelly est installée face à ce qui semble être une vieille coiffeuse. L’anachronisme charmant de ce meuble d’antan m’arrache un sourire mélancolique. La mystérieuse Mime démêle ses cheveux de soie avec des gestes d’une douceur et d’une patience infinie, tandis que la fillette s’absorbe dans la contemplation attentive de fines barrettes serties de perles, soigneusement alignées devant elle.



Son visage de nacre s’illumine, lorsqu’elle attrape une petite pince qu’elle tend triomphalement à la jeune femme, qui, bien qu'incapable de sourire, dégage une aura de bonté et de tendresse poignantes. La paix et l’harmonie de cet instant d’intimité complice me terrasse, dans toute son innocence et sa pureté. Je suis soudain embarrassée, comme si je leur volais quelque chose dont je suis indigne. Je suis si loin de tout cela, si étrangère à cette suave magie… Depuis quand ai-je pris le temps de savourer ces gestes simples, emprunts d’une délicate féminité ? Je ne connais plus que la violence de la guerre, la douleur de mes chairs meurtries par le feu et les coups, la rage de vaincre pour survivre… Je ne suis que sang, meurtre, colère, destruction. Mon Dieu, mais que suis-je devenue ?
C’est avec un grand soulagement que je me retire enfin dans mes quartiers. Je me laisse tomber sur le matelas, sans même prendre la peine de déboucler mon ceinturon. J’extrais d’un geste las mes armes de leur fourreau et les jette à mes côtés. J’ai encore bénéficié d’une dose de morphine, afin de lutter contre la douleur, et je sais que le sommeil ne tardera pas à m’assommer.

Mais la macabre visite à bord du Dark Oak n’a fait que raviver mes angoisses et la souffrance de ce deuil que je ne peux assumer… Je ferme les yeux et tu es de nouveau là. Oh, Kyle... une fois de plus ton regard clair s’illumine en croisant le mien. Sans doute aidée par la drogue, je crois que si je tendais les mains, je pourrais sentir les traits de ton visage sous mes doigts, respirer l’odeur de ta peau et caresser tes cheveux dorés… Mon lit semble se mouvoir d’une vie qui lui est propre. Il s’est détaché du sol, flotte avec un balancement hypnotique au milieu de la chambre et je sens la douceur de tes lèvres contre les miennes. Il ne faut pas que j’ouvre les yeux, l’illusion cesserait aussitôt et ce n’est pas ce que je souhaite ! Le lit s’est mis à tourner, ou est-ce la pièce elle-même, qui n’est plus stable ? Je m’entends rire et il me semble que ce rire n’est pas vraiment le mien. C’est un rire triste et malade à vous glacer le sang… Je tombe, je m’engouffre dans l’univers parallèle de mon inconscient tortueux et chaotique…

par Linka publié dans : Roman : Tome 1
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Commentaires

Comme toujours, c'est avec le plus grand des plaisir que je parcour les lignes que tu as écrite et qui sont si belle ! Bravo ..... Continue
commentaire n° : 1 posté par : DareDevil le: 12/01/2007 10:12:19
bon, ben alors? Et la suite? On est vendredi, non?
commentaire n° : 2 posté par : hermine le: 19/01/2007 22:35:58

Désolée, mais vu la tournure des évènements relatifs au festival de romans, j'ai préféré reporter d'une semaine la parution du prochain chapitre, ne désirant pas exposer de nouveaux écrits à la malveillance de certains concurrents.


Tout rentrera dans l'ordre dès la semaine prochaine, c'est promis.

commentaire n° : 3 posté par : linka (site web) le: 20/01/2007 12:26:27

Bon, que dire à part que j'attends impatiemment la suite! =)

commentaire n° : 4 posté par : Akasha le: 20/01/2007 14:15:46
pourquoi 1 semaine?????
commentaire n° : 5 posté par : hermine le: 21/01/2007 15:40:43
Quelle idée ..
commentaire n° : 6 posté par : Julie (site web) le: 21/01/2007 16:58:20
la malveillance de certains concurrents ? Damned, tu as eu des soucis ?
commentaire n° : 7 posté par : lulu le: 23/01/2007 23:41:39
Quelques insultes et autre...rien de bien grave.
Mais le chapitre a venir étant un peu "délicat", je n'avais aucune envie de prêter le flanc aux sarcasmes de gens frustrés...
commentaire n° : 8 posté par : linka (site web) le: 24/01/2007 00:00:52

 


Oui, mais c'est pour nous que tu écris!!!! Les autres frustrés, on s'en fout!!! En +, bravo messieurs (mesdames) de la censure, ce sont les lecteurs que vous punissez! Pour vous venger de notre manque d'intérêt pour vos romans?


A Linka: je crois savoir ce dont va parler ton prochain chapitre (les dernières phrases le laissent présager...Je m'en régale d'avance... Par contre, pitié!!, fais-nous un long chapitre (ou 2, puisque tu nous en a privé(e)s pendant 1 semaine... Sinon, je fais grève de lecture!


Bises à toi que je ne connais pas, mais que j'applaudis!


 


 

commentaire n° : 9 posté par : Hermine le: 24/01/2007 12:18:52

Et voilà, j'ai terminé les chapitres disponibles, d'une seule traite. J'aime beaucoup, et je reviendrai évidemment lire la suite ! Excellente idée, les dessins... j'aimerais savoir dessiner aussi bien pour illustrer mon propre roman, mais je ne suis pas très douée...


Ton personnage principal dégage une grande force de caractère et elle reste féminine et sensible malgré la dureté que peuvent parfois lui conférer certains de ces actes. Le Capitaine est complexe à souhait, et j'aime beaucoup Alfred, un personnage fondamentalement bon auquel on s'attache très vite. J'aime beaucoup l'univers (je ne connais pas ce monsieur au nom japonais... je sais, c'est la honte...), avec toute l'horreur qui se dissimule derrière (bon, je suis très glauque, c'est vrai).


Bref, je suis contente d'avoir découvert ton site, et contente aussi de figurer dans tes liens ! Merci !

commentaire n° : 10 posté par : Ness (site web) le: 24/01/2007 17:25:23
Wow! merci pour vos super commentaires, cela me fait très plaisir.
Hermine, pas d'inquiétude, le prochain chapitre sera long,hi!hi!
Ness, je suis contente que tu aies perçu la complexité de mes persos, et je suis très heureuse également d'avoir pu découvrir ton univers. : )
commentaire n° : 11 posté par : linka (site web) le: 24/01/2007 17:59:47

 


Et comme dit l'adage: plus c'est long...plus c'est bon!



commentaire n° : 12 posté par : Hermine le: 24/01/2007 19:32:52

 


Bon, ben J-1! (au cas où tu l'aurais oublié!...)


 

commentaire n° : 13 posté par : Hermine le: 25/01/2007 21:56:02
Je trouve à nouveau ce chapire un peu moins abouti. Je suis désolée...
Tout d'abord l'attitude du docteur Villars est un peu trop tranchée : tu nous as habitués à plus de nuance. on dirait un peu un enfant qui se laisse submerger par ses caprices et son attitude penaude ensuite ne cadre pas avec ce qu'on sait de lui.
Je pense que tu doit aussi faire attention à certaines expressions comme "ne suivait sur nos traces" et à permettre au lecteur de bien distinguer quand tu parles en même temps de deux personnages féminins par exemple (on ne sait pas si Mime brosse ses cheveux ou ceux de Stelli). L'héroïne quitte aussi le cabinet médical un peu vite : tu aurais pu dire que des soins lui sont accordés. J'ai aussi l'impression qu'elle s'apitoie un peu trop sur son sort : elle devrait peut-être penser qu'elle a failli priver Stelli de son père d'adoption et l'équipage de son capitaine par son attitude emportée.
J'espère que tu ne m'en voudras pas de cette critique.

Ambre
commentaire n° : 14 posté par : Ambre (site web) le: 14/01/2008 15:04:28
No problem, j'adore ta franchise.^^
Juste un truc, c'est le sentiment de culpabilité d'Ayana, il est là, mais j'en parle ensuite. Bon, après j'ai du mal à me rendre compte du manque de nuance au sujet de Villars...va falloir que je relise en détail.^^
réponse de : Linka (site web) le: 14/01/2008 20:36:09

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