L’ordinateur de bord nous indique enfin que nous arrivons à destination. La balise qu’Alfred a installée sur le vaisseau d’Emeraldia nous mène sans encombre jusqu’à son bâtiment, habilement dissimulé au creux de grandes falaises aux arrêtes tranchantes. Les hommes d’équipage nous accueillent avec reconnaissance et nous informent qu’elle a quitté
le vaisseau en compagnie d’une dizaine d’hommes, il y a de cela plus de dix heures, et n’a depuis donné aucun signe de vie. Les contacts radio ont été coupés depuis deux heures et ils ont pour mission de quitter la planète sans leur capitaine lorsque 24 heures seront écoulées. Je souris. Décidément, c’est un mode de fonctionnement récurrent parmi les corsaires.
Alfred engouffre les charges électromagnétiques dans un petit sac à dos militaire et boucle son ceinturon bardé de munitions. Je suis son exemple et nous entamons la route à pied, après avoir refusé avec véhémence l’aide des hommes d’équipage, inquiets pour leur capitaine. Alfred préfère pénétrer dans les lieux en toute discrétion.
Nous atteignons vingt minutes plus tard un imposant mur de béton, couronné de barbelés électrifiés. Après avoir vérifié qu’aucune patrouille ne croise à proximité, Alfred lance un grappin automatique qui vient se ficher à quelques mètres du sol dans un bruit sourd.
Il entreprend l’escalade avec une étonnante agilité et une fois au sommet, jette une épaisse couverture de caoutchouc en travers des barbelés. Il se glisse habilement dessus, en prenant grand soin de ne pas frôler les fils meurtriers. Je le suis, au milieu du claquement sec et des étincelles électriques qui jaillissent çà et là, lorsqu’un insecte vient s’écraser sur le réseau de fils tranchants, avec une odeur de brûlé caractéristique. J’atterris enfin sur le sol de terre battue, déjà moite de sueur, et dégaine aussitôt mon arme. Nous rejoignons à pas de loup la petite porte de métal, à l’arrière du bâtiment, repérée sur le plan par Alfred.
Il se saisit d’un petit boîtier électronique qu’il plaque contre la porte, et entame une série de manipulations complexes. Il s’immobilise soudain et me fait un signe de tête. Je recule, tous mes muscles tendus, prête à bondir. Le battant s’entrouvre avec un cliquetis discret et il lui assène un violent coup de pied, tandis que je pose un genou à terre afin de stabiliser mon geste. Je parviens à abattre les trois vigiles avant qu’ils n’aient le temps de dégainer leurs armes. Nous nous engouffrons dans le couloir sans perdre une seconde. Je remarque avec stupéfaction que les gardiens ne sont pas humanoïdes.
— Alfred, enfilons leurs uniformes.
— Bien vu, chère partenaire.
Nous nous changeons en hâte et je relève mes cheveux sous le couvre-chef règlementaire, dissimulant mon cosmogun dans la poche intérieure de mon uniforme.
— Très jolie, ironise Alfred avant de repartir.
Nous débouchons dans le réfectoire comme il l’avait prévu. Seuls deux soldats sont attablés dans un recoin de la pièce, sirotant un alcool bon marché en jouant aux cartes. Ils ne lèvent même pas les yeux lorsque nous passons devant eux. Il en est de même pour les quelques humanoïdes en blouse blanche que nous croisons dans les couloirs suivants. Alfred parvient en outre à poser les précieuses charges qu’il a apportées, après avoir jeté son sac sous une desserte de métal, tandis que je fais le gué.
Le quartier de détention est situé derrière une imposante grille magnétique, gardée par une demi-douzaine de soldats lourdement armés. Les médecins humanoïdes effectuent de nombreux aller-retour avec les cobayes, escortés par des colosses aux mines renfrognées.
La grille s’ouvre soudain sur un homme étrange vêtu d’un long manteau de cuir. De très longs cheveux d’un noir de jais encadrent son visage pâle et émacié. Ses yeux sombres et perçants lui confèrent un air presque animal non dénué d’un certain charme.

Il lève une main gantée et je sens Alfred frémir lorsqu’apparaît à sa suite Emeraldia, les poignets enchaînés par des menottes électroniques.
— Lorsque j’ai été averti de votre petite expédition punitive, je vous avoue ne pas y avoir cru, ironise l’homme en noir à l’intention de sa prisonnière. Elle le toise sans répondre.
— Franchement, vous n’aviez pas mieux à faire que de venir vous perdre dans cet antre de perversions malsaines grouillant d’humanoïdes sadiques et pervers ? renchérit-il sans se soucier des regards mauvais que lui lancent ses subalternes.
— Vous servez les intérêts de ces humanoïdes, que vous semblez tant mépriser, misérable traître, grince-t-elle avec dégoût
— Sachez chère captive, que je ne sers que MES intérêts, c’est un peu votre philosophie également. Pas de grandes causes à défendre, les humains n’en valent pas la peine…Etc.…
Quel dommage que nous soyons ennemis, nous aurions pu si bien nous entendre, dit-il en caressant la joue de la jeune femme qui recule rageusement . Il approche alors son visage tout près du sien en souriant.
— Je suis sûr qu’en d’autres circonstances vous m’auriez apprécié à ma juste valeur.
Je tente d’obliger Alfred à rester dissimulé dans le renfoncement de la porte d’entrée, mais la force que lui procure sa colère me surprend, et je ne peux rien faire lorsqu’il s'élance au milieu des soldats en hurlant.
— Espèce de salopard ! rugit-il en tirant sur l’homme en noir, qui se jette sur le côté. Les soldats dégainent aussitôt leurs armes, et je parviens à en terrasser deux, échappant de justesse à un laser qui vient claquer avec une étincelle contre le mur derrière moi. Je frappe l’humanoïde qui s’approche d’un violent coup de pied, tandis qu’Alfred s’acharne sur l’homme en noir. Emeraldia parvient à saisir une arme tombée au sol et exécute deux autres gardes.
— Alfred ! Laisse-le ! Nous avons besoin d’aide ! hurle-t-elle en se jetant derrière un des corps inertes. L’homme en noir profite de l’hésitation d’Alfred et se précipite dans un couloir adjacent que je n’avais même pas remarqué. J’assomme un garde qui va abattre le petit homme, tandis que celui-ci se charge des deux colosses. En quelques secondes nos ennemis sont neutralisés et un silence brutal retombe dans la pièce, où s’élève une fumée désagréable à l’odeur de chairs brûlées. Emeraldia s’affaire déjà à se débarrasser de ses menottes avec la carte magnétique qu’elle a récupérée sur le cadavre de l'un des colosses.
— Bon sang, mais qu’est-ce que vous faites ici, grogne-t-elle
— Je suppose que ça veut dire « merci », répond Alfred en l’aidant à retirer les menottes.
— Je ne t’ai rien demandé, Alfred, cette affaire ne regarde que moi !
— Tu croyais franchement que j’allais te laisser régler ça seule ?
— Tu es insupportable ! je parie que tu as installé une balise sur le Falcon.
— Je suis désolé, mais j’étais tellement inquiet...
— Mais ce n’est quand même pas possible ! aboie-t-elle, hors d’elle. Je remarque un minuscule voyant clignotant sur le côté de la grille magnétique du quartier cellulaire et mon sang se glace.
— Alfred, Emeraldia, je pense qu’il faudra que vous régliez ça plus tard, dis-je en pointant du doigt le petit témoin lumineux.
— Bon sang, l’alarme silencieuse ! crie Alfred
— Fichons le camp ! renchérit la grande femme rousse. Mais Alfred désactive déjà l’imposante grille magnétique du quartier de détention.
— Pas sans eux.
La jeune femme se contente de lever les yeux au ciel en soupirant et de le suivre à contrecoeur. Je ferme la marche, réalisant seulement qu’une douleur diffuse envahit mon épaule gauche. Je baisse les yeux et grimace en apercevant la plaie sanglante courant le long de mon bras. Un laser a dû me frôler… Je pose une main sur ma blessure, sans grand espoir de faire cesser l’hémorragie, mais je n’ai guère le temps de m’en soucier pour l’instant.
Je frissonne en distinguant les dizaines de paires d’yeux qui nous dévisagent à travers les parois translucides des cellules. Certains malheureux sont bardés d’implants de métal, d’autres, d’une épouvantable maigreur, ne se sont même pas levés. Une sourde clameur s’élève, faite de suppliques et de gémissements. Emeraldia déverrouille sans un mot les portes des cachots au fur et à mesure de notre progression. Des ombres difformes et décharnées nous emboîtent peu à peu le pas. J’ai l’impression de participer à un cortège d’halloween, macabre et de mauvais goût. Un jeune homme d’une trentaine d’années me fixe d’un air absent. Des tuyaux plongent dans sa colonne vertébrale et son cerveau, le reliant à une machine étrange dans un immonde gargouillis. Une fillette est prise de violentes convulsions et s’effondre avant de vomir un sang noirâtre. L’air aseptisé se charge d’une odeur d’éther qui se mêle à celle, plus âcre, de pourriture et de mort. Je faiblis. Ils sont des dizaines à servir de rats de laboratoire dans leurs aquariums hermétiques, à l’éclairage blafard. J’avance à grand-peine dans cette galerie des horreurs, luttant pour ne pas céder à la panique, mes traumatismes se bousculant pour refaire surface.
À ma droite, une femme baigne dans son sang. Elle ne reverra jamais la lumière du jour.
Elle vient d’accoucher. Son enfant qui gît entre ses jambes ne bouge plus. Un deuxième visage parait se former à l’arrière de son crâne et sa colonne difforme ne lui aurait certainement jamais permis de se tenir debout. La mère ne réagit plus, son visage couvert de sang. Il me semble qu’elle a désespérément tenté de se détacher du fruit de ses entrailles.
Une abominable odeur de chairs, mêlée de fluides corporels et de pourriture me saisit à la gorge, et le bruit des pas claudicants ou traînant dans mon dos me donnent la chair de poule… Nous atteignons le bout du couloir, lorsque le claquement des bottes nous parvient.
— Par ici ! crie Alfred en nous désignant une vaste allée sur notre droite. Nous le suivons, mais les cyborgs dont nous a parlé Emeraldia nous bloquent le passage. Je suis devenue depuis longtemps une semeuse de morts professionnelle, et c’est avec une terrible efficacité et aucun état d’âme que je dissémine les cadavres le long de notre chemin.
Mais je suis stoppée net dans ma course par une apparition improbable. Le cyborg qui me fait face ne m’est pas inconnu, et seules les armes redoutables greffées dans le prolongement de ses avant-bras trahissent son appartenance. Mes pensées s’entrechoquent, mes sens se troublent. L’illogique de la situation me panique. Ma main se met à trembler et je baisse mon cosmogun, abasourdie. Les mots se tordent au fond de ma gorge et je parviens à peine à articuler.
— Kyle…
Je n’ai plus prononcé ton prénom depuis ta mort. Ça ne peut pas être toi, c’est inconcevable ! Tu n’es qu’une pièce du jeu morbide de nos ennemis qui t’ont arraché à ton tombeau ! Mon dieu non… pas toi… pas ça ! Je recule, désorientée, perdue, et trébuche sur l’un des nombreux cadavres jonchant le sol. Je ne peux détacher mon regard de son visage que je connais si bien… Le sang de ma blessure parsème le sol de taches pourpres et ceci semble l’exciter.Tel un prédateur en chasse, il bondit dans ma direction avec un horrible hurlement. Son regard vide qui me fixe me soulève le cœur.
— Kyle ! Kyle… je t’en prie, c’est moi, Ayana…
Il fait un nouveau pas en avant, levant un bras menaçant et m’oblige à enjamber le cadavre pour pouvoir continuer de reculer. Son beau visage transfiguré par la haine me donne envie de pleurer.
— Kyle, souviens-toi de moi… souviens-toi de nous !
Il s’immobilise quelques secondes. Je tremble si fort que mes dents s’entrechoquent
douloureusement. Je me noie dans ses yeux morts qui me traversent. Je sens que je perds pied. Les murs vacillent, le sol se dérobe...
le vaisseau en compagnie d’une dizaine d’hommes, il y a de cela plus de dix heures, et n’a depuis donné aucun signe de vie. Les contacts radio ont été coupés depuis deux heures et ils ont pour mission de quitter la planète sans leur capitaine lorsque 24 heures seront écoulées. Je souris. Décidément, c’est un mode de fonctionnement récurrent parmi les corsaires.
Alfred engouffre les charges électromagnétiques dans un petit sac à dos militaire et boucle son ceinturon bardé de munitions. Je suis son exemple et nous entamons la route à pied, après avoir refusé avec véhémence l’aide des hommes d’équipage, inquiets pour leur capitaine. Alfred préfère pénétrer dans les lieux en toute discrétion.
Nous atteignons vingt minutes plus tard un imposant mur de béton, couronné de barbelés électrifiés. Après avoir vérifié qu’aucune patrouille ne croise à proximité, Alfred lance un grappin automatique qui vient se ficher à quelques mètres du sol dans un bruit sourd.
Il entreprend l’escalade avec une étonnante agilité et une fois au sommet, jette une épaisse couverture de caoutchouc en travers des barbelés. Il se glisse habilement dessus, en prenant grand soin de ne pas frôler les fils meurtriers. Je le suis, au milieu du claquement sec et des étincelles électriques qui jaillissent çà et là, lorsqu’un insecte vient s’écraser sur le réseau de fils tranchants, avec une odeur de brûlé caractéristique. J’atterris enfin sur le sol de terre battue, déjà moite de sueur, et dégaine aussitôt mon arme. Nous rejoignons à pas de loup la petite porte de métal, à l’arrière du bâtiment, repérée sur le plan par Alfred.
Il se saisit d’un petit boîtier électronique qu’il plaque contre la porte, et entame une série de manipulations complexes. Il s’immobilise soudain et me fait un signe de tête. Je recule, tous mes muscles tendus, prête à bondir. Le battant s’entrouvre avec un cliquetis discret et il lui assène un violent coup de pied, tandis que je pose un genou à terre afin de stabiliser mon geste. Je parviens à abattre les trois vigiles avant qu’ils n’aient le temps de dégainer leurs armes. Nous nous engouffrons dans le couloir sans perdre une seconde. Je remarque avec stupéfaction que les gardiens ne sont pas humanoïdes.
— Alfred, enfilons leurs uniformes.
— Bien vu, chère partenaire.
Nous nous changeons en hâte et je relève mes cheveux sous le couvre-chef règlementaire, dissimulant mon cosmogun dans la poche intérieure de mon uniforme.
— Très jolie, ironise Alfred avant de repartir.
Nous débouchons dans le réfectoire comme il l’avait prévu. Seuls deux soldats sont attablés dans un recoin de la pièce, sirotant un alcool bon marché en jouant aux cartes. Ils ne lèvent même pas les yeux lorsque nous passons devant eux. Il en est de même pour les quelques humanoïdes en blouse blanche que nous croisons dans les couloirs suivants. Alfred parvient en outre à poser les précieuses charges qu’il a apportées, après avoir jeté son sac sous une desserte de métal, tandis que je fais le gué.
Le quartier de détention est situé derrière une imposante grille magnétique, gardée par une demi-douzaine de soldats lourdement armés. Les médecins humanoïdes effectuent de nombreux aller-retour avec les cobayes, escortés par des colosses aux mines renfrognées.
La grille s’ouvre soudain sur un homme étrange vêtu d’un long manteau de cuir. De très longs cheveux d’un noir de jais encadrent son visage pâle et émacié. Ses yeux sombres et perçants lui confèrent un air presque animal non dénué d’un certain charme.

Il lève une main gantée et je sens Alfred frémir lorsqu’apparaît à sa suite Emeraldia, les poignets enchaînés par des menottes électroniques.
— Lorsque j’ai été averti de votre petite expédition punitive, je vous avoue ne pas y avoir cru, ironise l’homme en noir à l’intention de sa prisonnière. Elle le toise sans répondre.
— Franchement, vous n’aviez pas mieux à faire que de venir vous perdre dans cet antre de perversions malsaines grouillant d’humanoïdes sadiques et pervers ? renchérit-il sans se soucier des regards mauvais que lui lancent ses subalternes.
— Vous servez les intérêts de ces humanoïdes, que vous semblez tant mépriser, misérable traître, grince-t-elle avec dégoût
— Sachez chère captive, que je ne sers que MES intérêts, c’est un peu votre philosophie également. Pas de grandes causes à défendre, les humains n’en valent pas la peine…Etc.…
Quel dommage que nous soyons ennemis, nous aurions pu si bien nous entendre, dit-il en caressant la joue de la jeune femme qui recule rageusement . Il approche alors son visage tout près du sien en souriant.
— Je suis sûr qu’en d’autres circonstances vous m’auriez apprécié à ma juste valeur.
Je tente d’obliger Alfred à rester dissimulé dans le renfoncement de la porte d’entrée, mais la force que lui procure sa colère me surprend, et je ne peux rien faire lorsqu’il s'élance au milieu des soldats en hurlant.
— Espèce de salopard ! rugit-il en tirant sur l’homme en noir, qui se jette sur le côté. Les soldats dégainent aussitôt leurs armes, et je parviens à en terrasser deux, échappant de justesse à un laser qui vient claquer avec une étincelle contre le mur derrière moi. Je frappe l’humanoïde qui s’approche d’un violent coup de pied, tandis qu’Alfred s’acharne sur l’homme en noir. Emeraldia parvient à saisir une arme tombée au sol et exécute deux autres gardes.
— Alfred ! Laisse-le ! Nous avons besoin d’aide ! hurle-t-elle en se jetant derrière un des corps inertes. L’homme en noir profite de l’hésitation d’Alfred et se précipite dans un couloir adjacent que je n’avais même pas remarqué. J’assomme un garde qui va abattre le petit homme, tandis que celui-ci se charge des deux colosses. En quelques secondes nos ennemis sont neutralisés et un silence brutal retombe dans la pièce, où s’élève une fumée désagréable à l’odeur de chairs brûlées. Emeraldia s’affaire déjà à se débarrasser de ses menottes avec la carte magnétique qu’elle a récupérée sur le cadavre de l'un des colosses.
— Bon sang, mais qu’est-ce que vous faites ici, grogne-t-elle
— Je suppose que ça veut dire « merci », répond Alfred en l’aidant à retirer les menottes.
— Je ne t’ai rien demandé, Alfred, cette affaire ne regarde que moi !
— Tu croyais franchement que j’allais te laisser régler ça seule ?
— Tu es insupportable ! je parie que tu as installé une balise sur le Falcon.
— Je suis désolé, mais j’étais tellement inquiet...
— Mais ce n’est quand même pas possible ! aboie-t-elle, hors d’elle. Je remarque un minuscule voyant clignotant sur le côté de la grille magnétique du quartier cellulaire et mon sang se glace.
— Alfred, Emeraldia, je pense qu’il faudra que vous régliez ça plus tard, dis-je en pointant du doigt le petit témoin lumineux.
— Bon sang, l’alarme silencieuse ! crie Alfred
— Fichons le camp ! renchérit la grande femme rousse. Mais Alfred désactive déjà l’imposante grille magnétique du quartier de détention.
— Pas sans eux.
La jeune femme se contente de lever les yeux au ciel en soupirant et de le suivre à contrecoeur. Je ferme la marche, réalisant seulement qu’une douleur diffuse envahit mon épaule gauche. Je baisse les yeux et grimace en apercevant la plaie sanglante courant le long de mon bras. Un laser a dû me frôler… Je pose une main sur ma blessure, sans grand espoir de faire cesser l’hémorragie, mais je n’ai guère le temps de m’en soucier pour l’instant.
Je frissonne en distinguant les dizaines de paires d’yeux qui nous dévisagent à travers les parois translucides des cellules. Certains malheureux sont bardés d’implants de métal, d’autres, d’une épouvantable maigreur, ne se sont même pas levés. Une sourde clameur s’élève, faite de suppliques et de gémissements. Emeraldia déverrouille sans un mot les portes des cachots au fur et à mesure de notre progression. Des ombres difformes et décharnées nous emboîtent peu à peu le pas. J’ai l’impression de participer à un cortège d’halloween, macabre et de mauvais goût. Un jeune homme d’une trentaine d’années me fixe d’un air absent. Des tuyaux plongent dans sa colonne vertébrale et son cerveau, le reliant à une machine étrange dans un immonde gargouillis. Une fillette est prise de violentes convulsions et s’effondre avant de vomir un sang noirâtre. L’air aseptisé se charge d’une odeur d’éther qui se mêle à celle, plus âcre, de pourriture et de mort. Je faiblis. Ils sont des dizaines à servir de rats de laboratoire dans leurs aquariums hermétiques, à l’éclairage blafard. J’avance à grand-peine dans cette galerie des horreurs, luttant pour ne pas céder à la panique, mes traumatismes se bousculant pour refaire surface.
À ma droite, une femme baigne dans son sang. Elle ne reverra jamais la lumière du jour.
Elle vient d’accoucher. Son enfant qui gît entre ses jambes ne bouge plus. Un deuxième visage parait se former à l’arrière de son crâne et sa colonne difforme ne lui aurait certainement jamais permis de se tenir debout. La mère ne réagit plus, son visage couvert de sang. Il me semble qu’elle a désespérément tenté de se détacher du fruit de ses entrailles.
Une abominable odeur de chairs, mêlée de fluides corporels et de pourriture me saisit à la gorge, et le bruit des pas claudicants ou traînant dans mon dos me donnent la chair de poule… Nous atteignons le bout du couloir, lorsque le claquement des bottes nous parvient.
— Par ici ! crie Alfred en nous désignant une vaste allée sur notre droite. Nous le suivons, mais les cyborgs dont nous a parlé Emeraldia nous bloquent le passage. Je suis devenue depuis longtemps une semeuse de morts professionnelle, et c’est avec une terrible efficacité et aucun état d’âme que je dissémine les cadavres le long de notre chemin.
Mais je suis stoppée net dans ma course par une apparition improbable. Le cyborg qui me fait face ne m’est pas inconnu, et seules les armes redoutables greffées dans le prolongement de ses avant-bras trahissent son appartenance. Mes pensées s’entrechoquent, mes sens se troublent. L’illogique de la situation me panique. Ma main se met à trembler et je baisse mon cosmogun, abasourdie. Les mots se tordent au fond de ma gorge et je parviens à peine à articuler.
— Kyle…
Je n’ai plus prononcé ton prénom depuis ta mort. Ça ne peut pas être toi, c’est inconcevable ! Tu n’es qu’une pièce du jeu morbide de nos ennemis qui t’ont arraché à ton tombeau ! Mon dieu non… pas toi… pas ça ! Je recule, désorientée, perdue, et trébuche sur l’un des nombreux cadavres jonchant le sol. Je ne peux détacher mon regard de son visage que je connais si bien… Le sang de ma blessure parsème le sol de taches pourpres et ceci semble l’exciter.Tel un prédateur en chasse, il bondit dans ma direction avec un horrible hurlement. Son regard vide qui me fixe me soulève le cœur.
— Kyle ! Kyle… je t’en prie, c’est moi, Ayana…
Il fait un nouveau pas en avant, levant un bras menaçant et m’oblige à enjamber le cadavre pour pouvoir continuer de reculer. Son beau visage transfiguré par la haine me donne envie de pleurer.
— Kyle, souviens-toi de moi… souviens-toi de nous !
Il s’immobilise quelques secondes. Je tremble si fort que mes dents s’entrechoquent
douloureusement. Je me noie dans ses yeux morts qui me traversent. Je sens que je perds pied. Les murs vacillent, le sol se dérobe...
Commentaires
bonjour l'artiste !
commentaire n° : 2
posté par :
khalia
(site web)
le: 12/12/2006 09:12:41
De retour, je viens lire la suite. Je t'avoue que je n'ai plus toute l'intrigue bien en mémoire et que j'ai eu la flemme de tout relire. Alors je parle de ce que je viens de lire comme (un peu) déconnecté du reste.
C'est un chapitre très visuel, comme un scénario de cinéma. Je pense que tu dois faire attention dans les scènes d'action : ce n'est pas parce que les choses vont vite que tu dois aller vite aussi. Des fois, c'est un peu limite. mais dans l'ensemble, c'est très réussi.
Petite remarque : l'allusion à Halloween. La fête existerait-elle toujours à cette époque, dans ce monde ? La question peut se poser.
J'apprécie la ponctuation des dialogue : un régal tout comme la quasi absence de fautes d'orthographe.
Ambre
C'est un chapitre très visuel, comme un scénario de cinéma. Je pense que tu dois faire attention dans les scènes d'action : ce n'est pas parce que les choses vont vite que tu dois aller vite aussi. Des fois, c'est un peu limite. mais dans l'ensemble, c'est très réussi.
Petite remarque : l'allusion à Halloween. La fête existerait-elle toujours à cette époque, dans ce monde ? La question peut se poser.
J'apprécie la ponctuation des dialogue : un régal tout comme la quasi absence de fautes d'orthographe.
Ambre
commentaire n° : 3
posté par :
Ambre
(site web)
le: 16/11/2007 20:14:35
Wow ! Tu es déjà allée jusque là, c'est choette.:)
Je suis contente que tu trouve le chapitre visuel car c'est bien le but que je recherche dans mon écriture. Je voudrais que les images sautent aux yeux des lecteurs comme dans un film. (j'ai pas les moyens de faire un film mais ça me plairait bien en fait)
C'est vrai que j'ai un peu de mal avec les scènes d'action mais je ne sais pas trop comment les retravailler, c'est là entre autre que j'aurais d'ailleurs besoin d'un coup de pouce.
En ce qui concerne Halloween, j'avais hésité, mais en fait ça reste cohérent avec la suite, car un tas de choses passées ne sont pas oubliées, je parle d'ailleurs de certains auteurs et compositeurs au fil de l'histoire, mais c'est un peu plus loin. L'action se situe environ dans les années 2200, guère plus, mais je réalise que je n'en parle nulle part. Faudra que je rajoute une date quelque part.
Contente que tu apprécie les dialogues, vu ce que tu m'avais dit sur les premiers qui n'étaient pas top, hi!hi!
Merci beaucoup à toi de t'interesser à mes textes, sachant comme tu es occupée et comme tu ne manque pas de lecture.^^
Je suis contente que tu trouve le chapitre visuel car c'est bien le but que je recherche dans mon écriture. Je voudrais que les images sautent aux yeux des lecteurs comme dans un film. (j'ai pas les moyens de faire un film mais ça me plairait bien en fait)
C'est vrai que j'ai un peu de mal avec les scènes d'action mais je ne sais pas trop comment les retravailler, c'est là entre autre que j'aurais d'ailleurs besoin d'un coup de pouce.
En ce qui concerne Halloween, j'avais hésité, mais en fait ça reste cohérent avec la suite, car un tas de choses passées ne sont pas oubliées, je parle d'ailleurs de certains auteurs et compositeurs au fil de l'histoire, mais c'est un peu plus loin. L'action se situe environ dans les années 2200, guère plus, mais je réalise que je n'en parle nulle part. Faudra que je rajoute une date quelque part.
Contente que tu apprécie les dialogues, vu ce que tu m'avais dit sur les premiers qui n'étaient pas top, hi!hi!
Merci beaucoup à toi de t'interesser à mes textes, sachant comme tu es occupée et comme tu ne manque pas de lecture.^^
réponse de : Linka (site web)
le: 17/11/2007 09:22:29







Comme toujours, encore un MAGNIFIQUE chapitre que voici ! ! !
Le plus dur, c'est d'attendre encore la suite ! C'est trés sombre et trés " Morbide " mais c'est ce qui fait son charme et franchement, J'ADOOOOOOOOOOORE ...........