Vendredi 10 novembre 2006

Villars m’informe le lendemain que l’opération de Ramis s’est bien déroulée. J’apprends également que les obsèques d’Anoki auront lieu dans le cours de l’après-midi. Ainsi, nous n'emportons pas sa dépouille. Emeraldia a choisi de le laisser sur cette planète étrangère.
Je suis plutôt étonnée par ce parti pris, mais après tout je préfère penser que plus rien de tout ceci ne me concerne. Je décide de rester à l’abri dans mes quartiers, loin du monde.
Il me semble que tout mon courage m’a abandonné à la faveur d’un épuisement permanent.
Je ne retrouve même pas l’énergie de déjeuner en compagnie du reste de l’équipage comme j’en ai pris l’habitude. Je me love au creux de mes draps et passe ainsi plusieurs heures dans une sorte de transe volontaire et bienfaitrice, m’appliquant à ne rien savoir de ce qui advient hors de cette pièce envahie de pénombre. Je n’ai pas envie de réagir, pas envie de bouger, pas envie de faire face… Chacun semble vouloir respecter mon besoin de calme et de solitude, et je leur en suis reconnaissante.

Bientôt pourtant des martèlements amicaux contre ma porte me font sursauter. Je ne tiens pas à les entendre, mais les coups se font insistants. À contrecœur, je me relève et enclenche l’ouverture de la porte. Je découvre Alfred engoncé dans un rutilant uniforme militaire, sans doute hérité de son ancienne collaboration avec la flotte de défense internationale terrestre. La rigueur de sa tenue contraste étrangement avec sa petite taille et son embonpoint, lui conférant une allure de personnage de livre pour enfant. Il me décoche un large et franc sourire comme il sait si bien le faire lorsqu’il désire être convaincant.
— Il est temps de revenir parmi nous.
— Alfred, je…
— Inutile de discuter, vous le savez bien. Je suis plus têtu que vous.
Je souris en réalisant qu’il a certainement raison. Je ne parviens jamais à résister aux injonctions de ce petit homme, bien que la raison à ceci m’échappe totalement. Il s’assied face à moi sur le lit et saisit mes mains tandis que son visage devient plus grave.
— J’ai terminé les réparations de son vaisseau. Emeraldia nous quitte aujourd’hui, mais elle m’a chargé de vous informer qu’elle espérait pouvoir bénéficier de votre présence lors des obsèques de son frère.
Je frissonne. Aurais-je le cran d’affronter le regard de cette femme ? J’ai tué son frère, sa seule famille… et mon animosité passée à son égard me parait si prodigieusement déplacée. Un malaise désagréable me noue la gorge. Je secoue la tête, en proie à une irrépressible envie de fuir.
— Je vous en prie, insiste Alfred. Il va bien falloir que vous reveniez parmi nous, nous avons besoin de vous… Il hésite un instant. Ramis a besoin de vous.
Mon Dieu ! Le jeune Ramis, mutilé… je n’ai aucune envie de croiser son chemin, d’affronter son handicap, et ma couardise me fait soudain horreur. Je lève les yeux vers Alfred.
— Je vous rejoins sur le pont dans quelques minutes. Le visage du petit homme s’éclaire enfin et il me sourit de toutes ses dents.
— Très bien, je vous y attendrai. Les autres ont déjà pris le chemin du cimetière.
— Alfred ?
— oui ?
— N’aura-t-elle pas préféré rapatrier sa dépouille sur terre ?
— Non. Elle se considère libre de toutes attaches, et ne ressent plus qu’un vague mépris pour notre petite planète bleue depuis la capitulation sans réserve du gouvernement.
— Je peux la comprendre, dis-je en soupirant
— Moi aussi. Et même si je ne partage pas son opinion, je respecte son indépendance.
Il quitte la pièce et je réalise encore une fois à quel point j’apprécie ce petit homme excentrique. Il est toujours si plein d’énergie et de bonne humeur ! Rien ne semble capable de le terrasser et tout en lui respire une bonté pure et sans fard.

par Linka publié dans : Roman : Tome 1
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Commentaires

belle écriture quand même
commentaire n° : 1 posté par : khalia (site web) le: 26/11/2006 09:50:25
On reste dans le même registre que précédemment. Je ne réitère pas mes compliments car ta tête va finir par enfler...
Je me permets une remarque : tu sais que tu n'es pas obligée d'aller à la ligne à la fin de chaque phrase ? Enchaîner plusieurs phrases qui tracent l'évolution d'un événement ou le cheminement d'une pensée est possible : c'est ce qui s'appelle faire des paragraphes. Je ne reviens pas sur le souci des dialogues. Je te conseille juste de tout présenter avec de simples  tirets et de ne pas aller à la ligne quand c'est le même personnage qui continue à parler.
Quelques fautes qui traînent (elles ont dû t'échapper).

Ambre
commentaire n° : 2 posté par : Ambre (site web) le: 02/08/2007 11:28:58
Vi, j'avais un gros soucis avec ces passages à la ligne intempestifs. C'est un tic en fait. Tu verras, vers la fin il y a beaucoup moins d'erreurs de mise en page.
Ces corrections là ont déjà été faites sur la version que j'ai sur l'ordi.
Vi, les dialogues je ferais à l'anglo-saxonne comme tu me l'as conseillé.
réponse de : Linka (site web) le: 02/08/2007 15:02:38
Simple, frais et toujours interressant.
commentaire n° : 3 posté par : wings.of.hope (site web) le: 09/10/2007 22:25:32
Tiens...j'aurais pas dit "frais" au niveau de l'ambiance générale, lol !
réponse de : Linka (site web) le: 18/10/2007 10:45:18

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