— Entrez, ordonne sèchement le colonel.
Nous débouchons dans une immense salle aux voutes complexes se perdant à l'infini au dessus de nos têtes. De vastes murs holographiques s'arrondissent autour de la pièce au centre de laquelle
trône une spacieuse table d'un noir immaculé. Des centaines de lumières bleutées rayonnent doucement sous le dôme et viennent s'étaler aux endroits stratégiques des lieux, telles les places
dédiées à chacun des convives de cette improbable réunion. Un humanoïde nous signifie de nous installer à la grande table, sous le regard sévère des plus hauts dignitaires de ce puissant peuple.
Nous nous exécutons sans un mot et je remarque que même l'impétueux Ramis parait saisi par la solennité et le respect que nous imposent nos hôtes. L'étrange lumière confère à leur peau de
doux reflets bleus et leurs prunelles semblent briller d'une lueur plus vive dans cette atmosphère tamisée.
Un long silence s'installe, que personne n'ose briser, durant lequel ils se contentent de nous observer avec attention. Herlock fait de même tandis que je tente de fixer mon regard quelque part
au centre de la table, évitant de croiser leurs pupilles inquisitrices. Enfin, la voix métallique de celui qui doit être leur doyen résonne avec un écho déroutant.
— Ces murs ne sont pas faits pour la résonnance de la voix humaine. C'est pourquoi vous devrez subir ce désagréable écho. Mais cela n'entravera en rien, j'en suis certain, notre compréhension
mutuelle. Je me présente donc. Mon nom est Shantak, chef suprême du peuple et des colonies humanoïdes.
— Je suis Herlock, capitaine de l'Arcadia.
— Je sais qui vous êtes, répond-il sans aucune animosité. Et voici ce cher monsieur Zon Von Klardht, qui fût si longtemps l'un de nos plus efficaces alliés, et son ami le jeune Ramis Valens. Le
docteur Azata Villars, exceptionnel chirurgien dont la renommée a traversé bien des frontières, l'intrépide Ayana Dushenka, ancien commandant du redouté Dark-Oak, toutes mes condoléances pour
votre compagnon. Vous êtes le seul à qui je ne saurais donner de nom, poursuit-il en posant les yeux sur Syrus, tandis que je tente d'oublier le visage ravagé de Kyle que ces quelques mots ont
sans doute volontairement ravivé.
— Vous pouvez m'appeler Syrus, murmure le grand homme en verrouillant son regard à celui de l'humanoïde, qui semble imperceptiblement dérouté durant une fraction de seconde.
— La menace doit être réellement grave pour que vous sollicitiez notre aide, capitaine Herlock, sachant combien vous haïssez notre civilisation.
— Plus encore que tout ce que vous pouvez concevoir, intervient Zon au mépris de toute bienséance.
— Vous êtes bien placé pour en témoigner en effet, grommelle Villars dans sa barbe.
— Ce qui s'étend dans la nébuleuse de Razokan parait pour l'instant être totalement incontrôlable, comme le révèle l'enregistrement vidéo qui vous a été communiqué, ainsi que les
maigres hypothèses que l'ordinateur central a pu réunir. Nous avons besoin de votre technologie et de vos forces armées si nous tenons à endiguer sa progression vers les territoires peuplés.
Cette menace nous concerne tous, elle ne fait aucune distinction de race ou d'appartenance, annonce Herlock avec une gravité sans détour.
— Nous avons constaté en effet d'après vos dernières données que la situation semble très critique, fait un humanoïde sur la droite.
— Nul doute, reprend le doyen, que notre alliance est une alternative inévitable si chacun de nos peuples souhaite survivre. J'aimerais savoir une chose cependant, capitaine.
— Je vous écoute.
— Avez-vous averti vos camarades de l'union terrestre de l'urgence du contexte ?
— Ramis est notre porte-parole auprès de l'U.T., répond Herlock en se tournant vers le jeune homme.
— J'ai eu beaucoup de mal à contacter les grands dirigeants de l'U.T, malgré mes états de service. C'est pourquoi ils viennent à peine de recevoir les données essentielles en ce qui concerne ce
problème. La réponse devrait nous parvenir sous peu par le biais du poste de communication sécurisé de l'Arcadia.
— Bien. La flotte de l'U.T est largement plus puissante et efficace que la notre. De plus, leur technologie dépasse de loin nos plus grandes avancées scientifiques, répond le doyen.
— Je ne pense pas, vous êtes mal renseigné, fait Ramis avec une moue dubitative.
— Non, monsieur Valens, bien au contraire. Vous qui avez si longtemps travaillé au sein de ce groupuscule de redoutables monarques, n'avez pas la plus petite idée de tout ce qui se dissimule
derrière cette phénoménale organisation terrestre ? J'ai d'ailleurs un immense doute quant à leur désir d'implication dans cette affaire, tant ils se considèrent comme plus puissants que tout ce
qui peut exister dans ce vaste univers.
— Comment pouvez-vous proférer de telles inepties ? N'oubliez pas que votre peuple a envahi notre planète natale, obligeant les dirigeants de l'U.T à coloniser de nouvelles terres afin
d'assurer la survie de l'espèce humaine. S'ils étaient si invulnérables, ils vous auraient pulvérisés il y a de cela des décennies, gronde Ramis.
Le doyen se contente d'un sourire étrange, avant de nous dévisager un à un avec une curieuse bienveillance.
— J'avoue que je m'attendais à négocier avec des assassins sans scrupules, mais il semble que je me sois fourvoyé. Vous paraissez sincèrement tout ignorer de la vérité.
— Quelle vérité ? De quoi diable parlez vous ? S'impatiente soudain Zon.
— Vous-même, monsieur Zon, n'avez aucune idée de ce à quoi je fais allusion ?
— Aucune.
— Bien. En ces heures sombres, je crois qu'il est grand temps que la lumière soit faite sur la véritable histoire de nos deux peuples malmenés.