Je flotte entre deux mondes.
Mon corps est si léger, je ne pense pas pouvoir le contrôler, je ne tiens pas à essayer.
Je sais que je dois faire attention, si je ne veux pas briser la fragile enveloppe du sommeil.
Pas de gestes brusques, pas de véritables raisonnements, pas de questions. Des visages s’avancent dans le vide brumeux qui m’entoure. Je reconnais mes anciens compagnons : Villars, Alfred, Ramis…
Je tends les mains, je voudrais les toucher. Mais ils me sourient, tandis que leurs traits s'atténuent dans l’espace qui s’assombrit. Un pincement au cœur en apercevant la chevelure blonde de mon amour perdu, qui s’approche lentement de moi.
— Kyle, dis-je, dans un souffle.
Ma voix se dilue dans ces lieux dépourvus de toute résonance, aucun son ne sort de ma gorge. Il avance toujours, et je frémis devant son expression torturée. Son regard me fixe avec une intensité douloureuse. Toute la souffrance de l’univers au fond de ses prunelles… Je veux partir d’ici. Il faut que je me libère de ce monde, qui m’englobe soudain de sa noirceur menaçante. Je ferme les yeux et tente de me secouer, mais il est trop tard. Ma conscience ne m’appartient plus. Je lutte pour ne pas céder à la panique, mais tout autour de moi devient sombre. Kyle esquisse un sourire sinistre, des larmes de sang glissent sur ses joues blafardes. Il pointe un index accusateur dans ma direction, et tombe à genoux. Le sang envahit les ténèbres en longs filets poisseux, tandis qu’il pousse un hurlement muet, ses traits déformés par une douleur indéfinissable, son regard plongé au fond du mien.
Je porte mes mains sur mes tempes, tentant en vain de faire cesser le marasme infernal.
C’est inutile. Je ne peux contenir un gémissement de terreur qui reste planté au fond de ma gorge… Le silence épais qui m’entoure semble se plaquer contre mes oreilles, comme deux grandes mains décidées à me priver de l’un de mes sens. Je secoue la tête et ferme les yeux, alors que se décompose sans un bruit, le corps sanguinolent de Kyle. Je me recroqueville sur moi-même, horrifiée, tentant d’échapper en vain aux visions issues de mon enfer…
Un cliquetis m’indique que j’ai retrouvé mon ouïe…
Je lève les yeux, tandis qu’un froid glacial s’insinue à travers les fibres trop légères de mes vêtements. Je reconnais immédiatement la silhouette imposante qui me fait face, et un interminable frisson me traverse. Il s’approche au milieu des bourrasques d’un vent mystérieux, qui soulève sa cape en vagues tourmentées, dans un froissement de tissus à la sonorité rassurante. Sa longue chevelure flotte dans un mouvement irréel, découvrant son œil blessé, dépourvu du bandeau noir, qu’il ne quitte pourtant jamais.

Une fascination malsaine m’oblige à observer l’horrible cicatrice, qui sillonne la cornée brûlée, la paupière déchirée… Il ne semble guère s’en soucier, me tend une main amicale en souriant. Je la saisis sans réfléchir et suis surprise par le contact franc de sa peau. Aussitôt, la pénombre s’abat de plus belle autour de nous, dans un abominable vacarme, mêlé de hurlements et de grognements stridents. Sa main lâche la mienne, et il est englouti par les ténèbres, tandis que des milliers de formes étranges aux regards de feux s’agglutinent autour de moi, avec des mouvements saccadés et reptiliens. La clameur épouvantable redouble de violence, alors que je hurle une terreur sans nom.
Un contact glacé sur mon épaule. Je me retourne vivement, une main levée, et me retrouve face à la jeune Stelly, qui stoppe mon geste d’une poigne ferme. Je l’observe un instant, incapable de reprendre pied dans ce monde, mais sa voix assurée me permet de m’agripper à une réalité plus tangible.
— Mon Dieu, Ayana, vous faites souvent des cauchemars aussi violents ?
Je m’affale au fond du siège, haletante, trempée de sueur.
— Non. Pas depuis longtemps.
— Regardez là-bas, voilà l’Arcadia, nous y sommes, murmure la jeune femme, en désignant l’immense vaisseau, qui semble nous attendre, nous toisant de toute son imposante majesté. Je reste muette de stupéfaction, éblouie par la beauté massive de ce bâtiment hors-norme, déchirée par tous les sentiments extrêmes qu’il m‘évoque. Stelly me jette un regard en biais, un petit sourire narquois aux lèvres.
— Il est beau, n’est-ce pas ?
— Magnifique, fais-je, dans un murmure respectueux. La jeune femme enclenche les codes de communications, et amorce les manœuvres d’approche. Je ne peux m’empêcher en l‘observant, d’admirer la précision de ses gestes et son parfait respect du protocole.
— Ici la navette 24, code 9996750, demande autorisation de monter à bord, lance-t-elle, d’un ton assuré.
— Ici le poste de contrôle principal, répond une voix féminine, que je reconnais comme étant celle de Key. Je vous demande quelques secondes, le temps de faire les vérifications.
Un interminable instant de silence et de calme, puis la voix grésille de nouveau.
— Autorisation accordée. Bienvenue à bord Stelly. Nous étions très inquiets…
— Et bien me voilà. Merci Key.
Un sas s’ouvre aussitôt dans la coque du grand vaisseau, et Stelly, qui a repris les commandes, s’y engouffre sans plus d’hésitation
Mon corps est si léger, je ne pense pas pouvoir le contrôler, je ne tiens pas à essayer.
Je sais que je dois faire attention, si je ne veux pas briser la fragile enveloppe du sommeil.
Pas de gestes brusques, pas de véritables raisonnements, pas de questions. Des visages s’avancent dans le vide brumeux qui m’entoure. Je reconnais mes anciens compagnons : Villars, Alfred, Ramis…
Je tends les mains, je voudrais les toucher. Mais ils me sourient, tandis que leurs traits s'atténuent dans l’espace qui s’assombrit. Un pincement au cœur en apercevant la chevelure blonde de mon amour perdu, qui s’approche lentement de moi.
— Kyle, dis-je, dans un souffle.
Ma voix se dilue dans ces lieux dépourvus de toute résonance, aucun son ne sort de ma gorge. Il avance toujours, et je frémis devant son expression torturée. Son regard me fixe avec une intensité douloureuse. Toute la souffrance de l’univers au fond de ses prunelles… Je veux partir d’ici. Il faut que je me libère de ce monde, qui m’englobe soudain de sa noirceur menaçante. Je ferme les yeux et tente de me secouer, mais il est trop tard. Ma conscience ne m’appartient plus. Je lutte pour ne pas céder à la panique, mais tout autour de moi devient sombre. Kyle esquisse un sourire sinistre, des larmes de sang glissent sur ses joues blafardes. Il pointe un index accusateur dans ma direction, et tombe à genoux. Le sang envahit les ténèbres en longs filets poisseux, tandis qu’il pousse un hurlement muet, ses traits déformés par une douleur indéfinissable, son regard plongé au fond du mien.
Je porte mes mains sur mes tempes, tentant en vain de faire cesser le marasme infernal.
C’est inutile. Je ne peux contenir un gémissement de terreur qui reste planté au fond de ma gorge… Le silence épais qui m’entoure semble se plaquer contre mes oreilles, comme deux grandes mains décidées à me priver de l’un de mes sens. Je secoue la tête et ferme les yeux, alors que se décompose sans un bruit, le corps sanguinolent de Kyle. Je me recroqueville sur moi-même, horrifiée, tentant d’échapper en vain aux visions issues de mon enfer…
Un cliquetis m’indique que j’ai retrouvé mon ouïe…
Je lève les yeux, tandis qu’un froid glacial s’insinue à travers les fibres trop légères de mes vêtements. Je reconnais immédiatement la silhouette imposante qui me fait face, et un interminable frisson me traverse. Il s’approche au milieu des bourrasques d’un vent mystérieux, qui soulève sa cape en vagues tourmentées, dans un froissement de tissus à la sonorité rassurante. Sa longue chevelure flotte dans un mouvement irréel, découvrant son œil blessé, dépourvu du bandeau noir, qu’il ne quitte pourtant jamais.

Une fascination malsaine m’oblige à observer l’horrible cicatrice, qui sillonne la cornée brûlée, la paupière déchirée… Il ne semble guère s’en soucier, me tend une main amicale en souriant. Je la saisis sans réfléchir et suis surprise par le contact franc de sa peau. Aussitôt, la pénombre s’abat de plus belle autour de nous, dans un abominable vacarme, mêlé de hurlements et de grognements stridents. Sa main lâche la mienne, et il est englouti par les ténèbres, tandis que des milliers de formes étranges aux regards de feux s’agglutinent autour de moi, avec des mouvements saccadés et reptiliens. La clameur épouvantable redouble de violence, alors que je hurle une terreur sans nom.
Un contact glacé sur mon épaule. Je me retourne vivement, une main levée, et me retrouve face à la jeune Stelly, qui stoppe mon geste d’une poigne ferme. Je l’observe un instant, incapable de reprendre pied dans ce monde, mais sa voix assurée me permet de m’agripper à une réalité plus tangible.
— Mon Dieu, Ayana, vous faites souvent des cauchemars aussi violents ?
Je m’affale au fond du siège, haletante, trempée de sueur.
— Non. Pas depuis longtemps.
— Regardez là-bas, voilà l’Arcadia, nous y sommes, murmure la jeune femme, en désignant l’immense vaisseau, qui semble nous attendre, nous toisant de toute son imposante majesté. Je reste muette de stupéfaction, éblouie par la beauté massive de ce bâtiment hors-norme, déchirée par tous les sentiments extrêmes qu’il m‘évoque. Stelly me jette un regard en biais, un petit sourire narquois aux lèvres.
— Il est beau, n’est-ce pas ?
— Magnifique, fais-je, dans un murmure respectueux. La jeune femme enclenche les codes de communications, et amorce les manœuvres d’approche. Je ne peux m’empêcher en l‘observant, d’admirer la précision de ses gestes et son parfait respect du protocole.
— Ici la navette 24, code 9996750, demande autorisation de monter à bord, lance-t-elle, d’un ton assuré.
— Ici le poste de contrôle principal, répond une voix féminine, que je reconnais comme étant celle de Key. Je vous demande quelques secondes, le temps de faire les vérifications.
Un interminable instant de silence et de calme, puis la voix grésille de nouveau.
— Autorisation accordée. Bienvenue à bord Stelly. Nous étions très inquiets…
— Et bien me voilà. Merci Key.
Un sas s’ouvre aussitôt dans la coque du grand vaisseau, et Stelly, qui a repris les commandes, s’y engouffre sans plus d’hésitation
par Linka
publié dans :
Roman : Tome 2






