Nous accostons le lendemain sur une planète toujours vierge de toute présence ennemie, un des derniers bastions encore existants, mais pour combien de temps ? La population, consciente de l’état de grâce qu’elle connait, mais également de la précarité de la situation vit dans une atmosphère plutôt électrique. Certains se noient dans leur travail en prenant soin de ne rien appréhender, d’autres préparent leurs fuites vers des destinations incertaines, d’autres encore se laissent tomber avec volupté dans la délinquance, l’alcool ou l’oubli bienfaisant de drogues exotiques. J’ai autrefois arpenté les rues incroyablement mouvementées de cette planète en sursis et me rappelle avoir été séduite et à la fois rebutée par le caractère ouvert et excentrique de ses habitants. Le capitaine a réuni l’équipage dans la grande salle de contrôle tandis qu’Alfred s’est chargé d’indiquer à chacun ses attributions. Les hommes sont impatients de mettre enfin pied à terre et il règne une effervescence joyeuse dans la foule, mais lorsque Herlock monte les marches pour se poster à la barre imposante, le murmure ambiant cesse immédiatement. Il salue ses hommes d’un geste formel et sa voix puissante s’élève dans le respect attentif de l'assemblée.
— Mes amis, je sais que vous n’attendez qu’une chose, quitter ce bâtiment que vous n’avez que trop vu ces derniers temps. Cependant, et ce, comme chaque fois, je vous demande la plus grande prudence et une discrétion sans failles. Vous connaissez tous les postes qui vous ont été octroyés. Je compte sur l’équipe de ravitaillement pour être ponctuelle : vous êtes attendus à bord dans deux heures. Ensuite, quartiers libres jusqu’à demain matin, dix heures. Aucun retardataire. N’omettez pas de rester en contact radio permanent et de me signaler toute présence suspecte. Pour finir, je tiens à ce que vous vous amusiez, mais n’oubliez jamais qui vous êtes. Vous avez ma bénédiction.
Il salue de nouveau l’assistance de son sabre étincelant et une clameur enthousiaste s’élève, à laquelle succède un discret brouhaha, accompagnant les hommes qui s’éparpillent rapidement à l’extérieur en de nombreux petits groupes. Herlock descend les marches et Mime le rejoint, tenant l’enfant rescapée par la main. Ses cheveux dorés et ses immenses yeux bleus lui confèrent une allure de petite poupée. Elle tend les mains vers le capitaine qui la soulève. Elle entoure ses petits bras frêles aussi clairs que de la porcelaine autour de son cou et il lui sourit, caresse son petit visage et l’embrasse tendrement. Je suis fascinée par son regard qui semble soudain transcendé par l’amour. Cette scène tranche tant avec l’apparente insensibilité de cet homme que j’en suis émue.

— Je veux venir avec toi, dit la petite fille avec une moue boudeuse.
— Je ne peux pas t’emmener, Stelly. Je dois voir quelqu'un, mais je serai rapidement de retour, je te le promets, lui répond-il doucement. Mais Mime va rester avec toi et ici tu n’as absolument plus rien à craindre. L’enfant esquisse un sourire résigné, mais compréhensif.
— Tu reviens vite ? Tu promets ? insiste-t-elle avec inquiétude.
— Je te le jure, Stelly. Puis il la repose sur le sol et jette un regard complice à Mime.
— Ne vous inquiétez pas, capitaine, Stelly et moi avons un tas de choses à faire aujourd’hui, rassure l’étrange jeune femme.
— Merci Mime, à plus tard, murmure-t-il avant de s’éloigner.
Je m’apprête également à quitter le vaisseau lorsqu’une main sur mon bras me fait sursauter. Je me retourne vivement et croise le sourire éclatant du jeune Ramis. Comme beaucoup d’entre nous, il a troqué sa sombre tenue de corsaire contre des vêtements civils plus discrets. Seule son arme trahit son appartenance. Ses cheveux mi longs habituellement en bataille sont soigneusement plaqués en arrière et je remarque pour la première fois ses beaux yeux verts pétillants de vie.
— Excusez-moi de vous avoir effrayée, balbutie-t-il.
— Il n’y a pas de mal Ramis. J’ai tellement l’habitude d’être sur le qui-vive que je finis par être trop nerveuse.
— Je pensais que je… enfin, nous… pourrions visiter cette ville ensemble, je veux dire, je… pourrai être un bon guide, car je connais tous les meilleurs coins, les plus sympathiques tavernes.
Il est évident qu’il est impressionné par ma présence, sa maladresse ainsi que son enthousiasme m’arrachent un sourire attendri.
— Et bien, allons-y cher coéquipier, montrez-moi donc tout cela.
Il semble au comble du bonheur. La guerre n’a pas encore terni la pureté de sa jeunesse, et c’est avec entrain que je lui emboîte le pas vers cette ville étrangère.
— Je refuse de vous laisser risquer la vie de tout l'équipage ! Herlock ne le voudrait pas ! Finit par crier le petit homme, hors de lui.
Jamais de ma vie je ne me suis résolue à perdre sans lutter et je sens une sourde rage gronder en moi. Le ton monte, tant et si bien que je suis contrainte de me dégager de force de la poigne ferme d'Alfred.
— Je refuse quant à moi de prendre la responsabilité de laisser mourir cet homme sans rien tenter ! Je lui dois une vie. Alors maintenant si vous voulez quitter Astoria, allez-y. Mais si vous m'obligez à vous suivre, je jure que je vous tue !
Je regrette aussitôt ces quelques mots, mais me détourne et les abandonne d'un pas résolu. Le visage stupéfait et blessé d'Alfred me brise le coeur. Je comprends immédiatement en atteignant la petite ville agitée que la partie est déjà jouée. Le capitaine se tient immobile, menotté face à une rangée d'humanoïdes armés jusqu'aux dents. Un attroupement de curieux aux yeux hagards encercle la scène. Certains s'approchent trop près et se voient rabroués à grands coups de pieds par les soldats aux regards méprisants. Herlock toise un lieutenant humanoïde, qui maintient d'une main ferme une enfant en larme. Le temps semble figé et il règne un silence pesant, seulement entrecoupé des lamentations de l'assistance. Soudain, l'escouade de soldats lève ses armes. Bon sang ! Il s'agit d'un peloton d'exécution ! Je sens mon coeur me fracasser la poitrine : il faut intervenir ! Mes mains se mettent à trembler et je sursaute au son du cliquetis caractéristique du déverrouillage des fusils. Sans plus réfléchir et priant pour que mon instinct et mes réflexes ne me trahissent pas, je me précipite en faisant feu de toute part au milieu de la foule terrifiée. Je blesse le bourreau d'enfants en premier et j'ai à peine le temps de voir le capitaine profiter du mouvement de panique pour se jeter à terre. Je fais de même et s'ensuit une terrible fusillade, alors que je m'abrite derrière les cadavres des civils, touchés par mégarde. La petite-fille rampe jusqu'au capitaine et lui tend des clefs. Il est libre. Il l'enveloppe aussitôt de sa cape, tandis que je lui envoie une de mes armes. Il me rejoint et je crois ensuite n'avoir jamais couru aussi vite de ma vie. Nous atteignons le vaisseau, à bout de souffle et le pont se referme enfin dans le fracas assourdissant des lasers. Herlock serre contre lui l'enfant qui s'agrippe à ses vêtements en pleurant et me fixe de son unique oeil.
— Vous n'avez pas respecté mes ordres, m'assène-t-il, haletant.
— Et bien, vous savez maintenant de quoi je suis capable, dis-je, en me redressant avant de m'éloigner.
Une irrésistible envie de solitude s'empare de moi. Je retrouve mes quartiers et m'allonge sur le lit moelleux et frais, encore essoufflée.
Le dîner apparait des plus animés. Alfred s'excuse pour son emportement et ne tarit plus d'éloges à mon sujet. Je suis évidemment devenue le centre de presque toutes les discussions et même Key se joint à nous avec une bonne humeur communicative. Le vin et le champagne de contrebande coulent à flot et durant quelques précieuses heures, chacun semble heureux, comme si la souffrance passée n'avait jamais existé, comme si rien de ce qui arriverait à l'avenir ne pouvait plus nous toucher... Je réalise alors que seul Herlock ne parait pas en mesure de partager l'enthousiasme et la joie environnante. Il est adossé au mur, dans un renfoncement sombre de la pièce, aussi immobile qu'un marbre, le regard absent. Comme s'il avait deviné mes pensées, il se redresse et s'approche de la table.
— Eh ! Viens boire un coup avec nous, s'écrie Alfred, en l'apercevant. Ce petit vin est délicieux, allez, ne te fais pas prier…
Le capitaine accepte poliment de trinquer. Lorsque son verre touche le mien dans un tintement cristallin, il accuse un temps d'arrêt et esquisse un de ces sourires irrésistibles, dont il possède seul le secret.
— Je vous remercie d'avoir désobéi à mes ordres, murmure-t-il, avant de profiter du fait qu'Alfred se soit retourné pour s'éclipser en silence . Je caresse le verre qu'il a posé devant moi, songeuse. Tant de mystères entourent cet homme. Sa force et sa noblesse, sa beauté meurtrie, son attitude froide et énigmatique provoquent en moi une avalanche d'émotions que je ne parviens guère à analyser...
Le repas se prolonge en une soirée bruyante et euphorique. Le jeune Ramis a saisi une ancienne guitare en bois, véritable pièce de musée, et ses doigts courent sur le manche avec une habileté impressionnante. Il entraîne dans son sillage la foule quelque peu grisée, qui se met à entonner de vieux airs nostalgiques. Certains tapent des mains ou des pieds en suivant le rythme tant bien que mal, tandis que d'autres se sont levés et entament quelques pas de danse maladroits sous l'oeil hilare de leurs compagnons. Je décide de quitter ce petit univers festif, rompue de fatigue, non sans avoir partagé moult poignées de main. Je me retrouve plongée dans le silence du corridor qui me parait soudain oppressant et ressens le besoin impérieux de contempler les étoiles. Je me rends sur le pont et le vide infini de l'espace m'apaise quelques instants...
Alors que je me croyais seule dans cette grande salle impersonnelle, j'aperçois une silhouette se dessinant devant le vaste écran de contrôle. Herlock semble se tenir face à cet immense tableau sombre et sans âme depuis de longues minutes. Un halo de solitude l'enveloppe. Il tend un index hésitant vers le commutateur de télécommunication, puis se ravise. Un léger soupir se fait entendre, puis, après une nouvelle hésitation, il enclenche enfin le système, presque nerveusement. Il tape une impressionnante liste de codes et aussitôt l'écran opaque reprend vie. Quelques secondes plus tard, le visage d'une femme apparaît. Elle est visiblement très émue, un fragile sourire se dessinant sur ses lèvres tremblantes.
— Herlock..., murmure-t-elle, d'une voix vacillante . Oh ! Comme je suis heureuse de te revoir enfin. Tu es toujours le même. Pourquoi ne pas m'avoir contactée plus tôt ?
Son regard d'un bleu profond est empli d'amour et de bienveillance, et de longs cheveux argentés dévalent le long de ses frêles épaules. Il est difficile de lui donner un âge tant son visage respire une bonté et une grâce inhabituelle.
— Tu sais très bien pourquoi je ne t'ai pas joint. C'est beaucoup trop risqué, et j'ai peut-être fait une erreur en le faisant maintenant, mais je voulais...
— Je comprends, mon enfant. Tu n'as pas besoin de te justifier. Dis-moi plutôt comment tu vis aujourd'hui.
— Nous continuons à combattre.
Elle esquisse un sourire compatissant.
— Tu imagines certainement que je ne parle pas de cela.
Il hoche la tête et lui rend son sourire.
— Vous me manquez tant...
— Depuis ton départ, il ne s'achève pas une journée sans que nous évoquions ton nom. Tu nous manques terriblement. Mais nous n'avons pas le choix, n'est-ce pas ?
— C'est exact.
Un bref silence s'en suit.
— Que se passe-t-il, mon enfant ? Les vieux souvenirs se ravivent en cette nuit ? Murmure l'image démesurée de l'écran. Il baisse les yeux.
— Malheureusement..., cela fait pourtant huit années maintenant...
— Oui. Jamais tu ne pourras oublier cette fatidique date, et ceci n'a rien d'anormal, bien au contraire.
Il ne quitte pas le plancher du regard, incapable de répondre.
— « Elle serait si fière de toi, tout comme je le suis. Mon fils : tu peux te rappeler, tu dois te souvenir, mais ne fige pas ta souffrance dans ce qui n'est plus. Tu dois poursuivre ton chemin, car toi plus que quiconque es une pièce essentielle à la survie et à la destinée de notre planète, de notre espèce »
— Je voudrais parfois...
— Je ne tiens pas à entendre cela. Tu te dois d'être fort, pour toi, pour nous, pour le futur de tous ces hommes et femmes qui se reposent sur toi, qui ont une absolue confiance en qui tu es.
Le visage si doux de la femme aux cheveux d'argent s'est durci et son ton se fait sec et impitoyable.
— Je sais tout cela..., soupire Herlock
Une immense vague d'amour semble soudain envahir l'image géante qui brille dans l'obscurité.
— Je t'aime mon fils.
— Dis à Tya et Kassian que je ne les oublie pas.
— Ils le savent déjà.
— Je dois interrompre la communication. Ça devient beaucoup trop risqué.
L'écran s'éteint sur la physionomie douce et bienveillante de la belle femme. Le Capitaine recule d'un pas et se laisse lourdement tomber dans un des fauteuils de cuir, non loin de là. Il prend son visage entre ses mains en soupirant et reste ainsi prostré dans la pénombre et le silence de l'espace. Je bas en retraite discrètement afin de quitter les lieux, mais heurte le pied d'un siège. Il se retourne vivement dans ma direction, surpris, tandis que je tente un vague sourire d'excuse, affreusement embarrassée. Mais son visage s'est déjà complètement refermé et il s'approche rapidement de moi, saisit mon poignet de sa main droite sans même m'accorder un regard.
— Vous n'avez rien vu, rien entendu de tout ce qui vient de se passer ici, me murmure-t-il à l'oreille, sans desserrer les dents. Puis il disparaît, m'abandonnant à la froide solitude des lieux...
Soudain, une lourde porte de métal s'ouvre sur une immense salle baignée dans la lueur de milliers d'étoiles. L'espace infini s'étire derrière les parois aussi limpides que du cristal qui nous entourent de toute part. Des dizaines d'écrans d'ordinateur scintillent, effectuant de mystérieux et innombrables calculs dans un ronronnement sourd et rassurant, à peine étouffés par le son omniprésent des énormes moteurs de l'Arcadia. Au centre de la pièce s'élèvent quelques marches, menant à une barre magnifiquement ciselée, identique à celles que l'on trouvait autrefois à bord des luxueux navires écumant les mers de notre planète. Le capitaine se tient là, surplombant la salle, immobile et silencieux, le regard perdu au milieu des astres, dans un cheminement intérieur connu de lui seul. Il descend les marches à notre arrivée.
— Comment vous sentez-vous ? Me demande-t-il.
— Ma hanche me fait un peu souffrir, mais rien d’insurmontable.
— Bien. J’espère que vous parviendrez à vous adapter à votre nouvelle vie.
Il n’attend pas de réponse et nous fait signe de le suivre vers un grand écran sombre. Il saisit une fine canne de métal et la pointe vers ce dernier. Aussitôt nous apparaît une carte étonnamment détaillée du cosmos. Il désigne de sa canne une toute petite planète bleue.
— Nous allons nous poser sur Astoria d'ici environ huit heures. Je dois savoir ce qui s'y passe : je viens de recevoir un appel de détresse de mon contact, mais la communication a été interrompue, nous explique-t-il
— Oh bon sang, elle a donc été découverte ? Murmure Alfred
— Je ne saurai le dire, répond sèchement le capitaine. Nos radars ont été brouillés. Il s'agit certainement d'un guet-apens, mais je n'ai guère le choix.
— Mais, capitaine ! Proteste Alfred
— Assez, coupe brutalement Herlock, avant de se tourner vers moi. Je voudrais savoir si vous accepteriez de seconder Alfred et de prendre toute décision nécessaire en mon absence. Je suis abasourdie.
— Pourquoi moi, capitaine ? C’est une énorme responsabilité...
— Et je sais que vous y êtes accoutumée. Avez-vous déjà fait fi de votre passé ?
Cet homme m'a sauvé la vie et je ne me sens pas le droit de lui refuser mon aide. De plus, sa remarque m'a quelque peu piquée à vif.
— J'accepte et j'espère ne pas vous décevoir, dis-je, en m'efforçant de ne pas tenir compte des protestations d'Alfred.
— Je suis persuadé d'avoir fait le bon choix. Je sais de quoi vous êtes capable, ironise-t-il, avant d'ajouter : je vous remercie. Alfred va vous expliquer tout ce que vous avez besoin de savoir quant au fonctionnement de ce bâtiment. Il vous reste peu de temps.
Le petit homme maugrée quelque chose entre ses dents et me désigne un siège vide faisant face à l'écran d'un ordinateur.
— Il est plus têtu qu'une mule et n'écoute jamais personne, il va bien finir par se faire tuer un de ces jours, grince-t-il à mon intention. Je pose une main sur son épaule et lui souris.
— Je pense qu'il sait ce qu'il fait, dis-je, en me penchant vers lui. Il hésite un instant puis semble se détendre et me sourit.
— Bien : je suis sûr que vous possédez déjà d'excellentes notions de pilotage ?
— Je me débrouille...
— En fait, il ne s'agira pour vous que de découvrir les nombreuses finesses que possède cet appareil, en comparaison d'un modèle classique. Elles ne sont certes pas négligeables, mais une paire d'heures suffiront, je pense, à vous y accoutumer.
Nous restons finalement de nombreuses heures à travailler ensemble, mais également à apprendre à nous connaître. Le vaisseau, je le découvre peu à peu, constitue une merveille de technologie et d'ingéniosité. Son créateur, aussi excentrique et amusant soit-il, est un petit homme fascinant et d'une prodigieuse richesse intérieure. Je suis émerveillée par ses connaissances, sa vive intelligence, et reconnais en lui un confident inattendu et compréhensif. Sa personnalité originale et attachante m'inspire une confiance rare. Sa gentillesse me surprend, tant elle semble pure et franche. Enfin, il m’escorte devant la porte de ce qui sera dorénavant mes quartiers et je m'écroule sur le lit frais, rompue de fatigue.
Je m'éveille quelques heures plus tard dans la nuit éternelle de l'espace au son de l'étrange voix de Mime, qui me parvient par le biais d'un petit émetteur incrusté dans le col de ma tunique.
— Commandant Ayana, nous sommes arrivés à destination. Le capitaine vous demande sur le pont.
— Très bien, merci, dis-je en soupirant, encore quelque peu engourdie de sommeil. La douleur de ma jambe se réveille et me contraint à avaler deux petits cachets que m'a confiés le docteur Villars.
Je suis surprise en arrivant dans la grande salle par la clarté diffuse de la lumière du jour. J'avais pratiquement oublié à quoi ressemblait le ciel d'une planète munie d'une atmosphère et en suis presque émue. La voix sévère du capitaine m'enlève brusquement à ma contemplation.
— Je serai de retour dans deux jours au plus tard. Passé ce délai, vous décollez et la vie de l'équipage sera entre vos mains.
Sa voix trahit une telle autorité que je m'abstiens de protester. Son regard reste rivé au mien quelques secondes et son intensité me fait frissonner. Puis il fait volte-face et je le regarde disparaître dans la poussière traversant les rayons tièdes d'un soleil lointain, sa longue cape noire soulevée par les bourrasques du vent mordant. Alfred me conte l'histoire tragique de Stelly, une enfant de huit ans, que le capitaine a mis à l'abri sur la planète Astoria depuis maintenant deux paires d'années.
— Elle est la fille de Hans Winkler, ami d'enfance et fidèle compagnon d'armes du capitaine, ainsi qu'un certain Zon Von Klardht. Les trois amis s'étaient organisés pour faire leurs classes militaires ensemble et c'est également d'un commun accord qu'ils quittèrent leurs postes respectifs lorsque débuta cette interminable guerre, afin de lutter tout d’abord contre les sbires du gouvernement Stalker, puis contre l‘oppresseur humanoïde. Ils étaient inséparables et terriblement efficaces, jusqu'au jour où Hans fit la connaissance d'une jeune femme. Il l'épousa quelques mois plus tard et de leur union naquit la petite Stelly. Désireux de préserver sa nouvelle famille, Hans décida de quitter le mouvement de rébellion terrestre et de se faire oublier en s'installant sous une fausse identité dans un petit village, non loin de Dublin. C'est juste avant son départ que les troupes humanoïdes firent irruption chez Zon, où s'étaient réunis les trois hommes. Ils furent incarcérés dans les quartiers de haute sécurité terriens. Herlock n'a jamais voulu me dire ce qu‘il est advenu par la suite. Je sais simplement qu'il est parvenu à s'évader et que son ami, Hans, est malheureusement décédé. Depuis ce jour, il a pris la petite Stelly sous sa protection, considérant son existence comme irrémédiablement liée à celle de cette enfant, qui représente sans doute souvenirs, amour, et culpabilité morbide...
— Qu'est devenu Zon ? Dis-je
— Je n'en ai aucune idée. Le capitaine reste toujours très secret en ce qui concerne ce pan de son existence...
Ce récit me fait replonger dans mes propres souvenirs : je suis de nouveau sur le Dark Oak. Je vois tes yeux si clairs pour lesquels j'aurai pu traverser l'enfer, ton sourire franc et audacieux soudain figé dans un rictus de douleur. Je frôle ta joue déjà pâlie par l'ombre de la mort... un filet de sang... tout devient rouge, tout se brouille, j'ai si mal... J'ouvre brusquement les yeux afin de chasser toutes ces images à l‘intensité trop intacte. Mon Dieu, tant de massacres, tant de sang versé... Le capitaine va-t-il pouvoir sauver cette petite fille ? Ou ira-t-elle rejoindre les milliers de fantômes qui hantent mon esprit malade ? Tant de questions sans réponses...
Lorsque je m'éveille, ma blessure a été pansée et une perfusion coure le long de mon bras gauche. Le capitaine est installé près du lit, assoupi dans un grand fauteuil de bois couverts d’ornements complexes, aux courbes admirablement travaillées. Il garde une main appuyée sur son arme et je contemple son visage adouci par le sommeil... Mais il sent immédiatement le poids de mon regard, se redresse et me sourit imperceptiblement.
— Je suis heureux de vous accueillir dans le monde des vivants. Nous avons bien cru que nous allions vous perdre, dit-il. Je lui rends un faible sourire et un flot confus de souvenirs me revient en mémoire : sa main posée sur la mienne ou réajustant inlassablement les couvertures que j'arrachai dans de terribles accès de fièvre. Et sa voix, sa voix amène et rassurante me murmurant de m'accrocher.
— Merci, dis-je simplement en tentant de réprimer une larme, saisie d'une bouffée d'émotion et de reconnaissance. Il semble ne pas y prendre garde et se contente de remonter une nouvelle fois machinalement les draps. Il hésite, puis plonge son regard dans le mien. Je redoute ce qu'il va m'annoncer et prends les devants comme si cela pouvait conjurer le sort.
— Il n'y a aucun survivant, n'est-ce pas ? Fais-je d'une voix ténue
— Je suis désolé, nous n'avons rien pu faire. Le bâtiment a été fouillé de fond en comble, mais nous sommes arrivés trop tard, me répond-il, avant d'ajouter
— J'ai donné l'ordre de laisser votre vaisseau à la dérive. S'il s'était agi de l'Arcadia, je n'aurais pas souhaité le voir détruit.
— C'est une aimable attention. Je vous en remercie, capitaine.
Un terrible vide se creuse au fond de mon âme. Si seule, je suis désormais si seule. Plus rien ne reste de mon passé. Mes compagnons, mes frères, je jure de passer le restant de mes jours à vous venger de cette infamie...
L'homme qui m'a arraché à mon funeste destin ne me laisse guère le temps de m'appesantir sur ma douleur et m'explique alors patiemment ce que nous pouvons envisager à l'avenir. Je comprends qu'il est ma seule planche de salut dans l'immédiat, et qu'il m'accueille sans hésitation au sein de son équipage.
— Si vous consentez à combattre à nos côtés, soyez assurée d'être toujours libre de croire en vos propres idéaux, car la liberté d'esprit est un maître mot à bord de mon bâtiment. Vous pourrez également nous quitter dès que vous le déciderez, sans aucune condition en retour.
— Je vous remercie capitaine, et c'est avec plaisir que j'accepte votre généreuse offre, le temps pour moi de recouvrer mon indépendance, dis-je dans un souffle.
— Je vais vous faire apporter des vêtements. Les vôtres étaient en lambeaux. Mime vous expliquera tout ce que vous avez besoin de savoir. Je vous retrouve plus tard.
Il me salue d'un geste de la main et disparaît dans l'embrasure de la porte. Une étrange jeune femme lui succède quelques minutes plus tard. Je m'assieds sur le rebord du lit, encore un peu étourdie, et réalise que la nouvelle venue n'a rien d'humain. Je ne peux m'empêcher de la dévisager. D’immenses yeux dépourvus de pupilles mangent la moitié de son visage d’une finesse inhabituelle. Leurs éclats dorés tranchent avec son teint aux reflets bleutés, lui conférant un aspect inquiétant, accentué par son absence totale de bouche, tout à fait déroutante...
— Je me nomme Mime et je vous souhaite la bienvenue au sein de notre équipage, résonne sa voix étrange et métallique qui parait venir d'outre-tombe. Je frissonne et comprends en l'observant mieux qu'un petit badge épinglé sur sa longue robe vaporeuse semble lui permettre de communiquer. Devançant ma question, elle me résume brièvement la fin tragique de sa planète. Elle se présente comme l'unique survivante de celle-ci et je réalise qu'avec elle s'éteindra à jamais sa race déjà oubliée de tous. Je devine sans peine qui sont les instigateurs de cette tragédie…
Elle me tend des vêtements et je retrouve avec surprise mes armes, sans doute récupérées à bord du Dark Oak par le capitaine, ou l'un de ses hommes. Elle me retire d'un geste adroit la perfusion.
— Une douche est à votre disposition sur votre droite. Faites-moi appeler lorsque vous serez prête, afin que je vous mène à vos quartiers, m’indique-t-elle avant de s'éclipser en silence. Je me lève et mon corps entier me parait douloureux. Un bandage enserre ma hanche droite et le haut de ma cuisse. Je devine à la cuisante brûlure qui me déchire le creux de l’aine que c’est là que l’impact du laser a fait le plus de dégâts. J’entreprends de dérouler lentement la bandelette de tissus et découvre l'estafilade d’une trentaine de centimètres, qui s’étend du haut de ma hanche jusqu’au pli de mon genou. La cicatrice est propre et sèche, ce qui me laisse à penser que j’ai dû être inconsciente un long moment. Je glisse précautionneusement le bout de mes doigts sur la blessure, si admirablement recousue que le relief en est infime. Le médecin de cet équipage doit également être un chirurgien hors pair.
Je décide de profiter de la douche et le contact de l'eau chaude me procure un tel plaisir que je reste ainsi immobile plusieurs minutes sous le jet ultra-fin, m'enivrant des parfums subtils et délicats qui envahissent discrètement l'air humide. Je me blottis ensuite dans une grande serviette moelleuse, avec la furtive impression de revivre. J'enfile enfin mes nouveaux vêtements : une tunique noire frappée du symbole significatif et si ancien des pirates d'autrefois, ces anges sombres de l'utopie...
J'ajuste mes deux ceinturons métalliques et y enfourne mes armes, chausse mes longues bottes de cuir rescapées et après un rapide coup de brosse, entreprend de passer outre les recommandations de mon hôte et de partir à la découverte de l'immense vaisseau, qui va devenir par la force des choses mon nouvel univers pour quelque temps. Je ne tarde pas à rencontrer un petit homme excentrique, qui semble me reconnaître aussitôt.
— Bonjour ! Lance-t-il en me tendant une poigne amicale .
— Je suis heureux de constater que vous vous sentez mieux. Tout le monde ici m'apelle Alfred. Je suis ce qu'on pourrait définir comme le bras droit du capitaine. Venez, il faut que vous mangiez un morceau, et puis je vais vous présenter l'équipage. Allons, venez.
Sans me laisser le temps de réagir, il attrape ma main et m'entraîne énergiquement à sa suite à travers les vastes couloirs de métal. Nous arrivons dans une sorte de réfectoire bruyant et enfumé, et les odeurs de nourriture me font réaliser que je meurs de faim. Le petit homme me fait signe de m'asseoir à l'une des tables et je sens de nombreux regards converger dans ma direction.
— Mes amis, je vous présente Ayana, commandant du Dark Oak, qui était comme vous le savez déjà, l'un des plus puissants bâtiments de guerre de la flotte de résistance terrienne. Elle fait désormais partie de notre équipage et j'espère que vous lui ferez bon accueil, annonce d'une voix claire le petit homme, à l'assistance visiblement médusée. Un très jeune garçon se lève finalement afin de me tendre la main.
— Mon nom est Ramis. Enchanté de faire votre connaissance. Je pense parler au nom de tous, si je vous annonce que nous sommes très fiers de compter parmi nous une personne de votre valeur, dit-il
— C'est certain ! S'écrie un grand homme à la barbe imposante. Votre réputation vous a précédée chère amie. Votre témérité et vos exploits guerriers sont connus de tous. Je pense que vous serez un précieux atout en ce qui concerne la victoire de notre cause. Mais excusez-moi, j'ai omis de me présenter : docteur Villars, pour vous servir, ajoute-t-il, en esquissant un léger salut de bienvenue. Je serre son immense main, stupéfaite. Ainsi, je ne suis pas une inconnue à leurs yeux. Tout comme le capitaine Herlock, j'ai acquis au fil du temps une triste notoriété...
Une jolie jeune femme aux cheveux dorés s'approche et me tend également la main, bien que je sente une réticence dans la poigne qui s'ensuit.
— Je me nomme Key. Bienvenue à bord, articule-t-elle froidement, en me jaugeant d’un regard critique avant de s'éloigner, visiblement peu encline à partager le déjeuner en notre compagnie.
— J'espère que nous serons amies, dis-je, malgré tout.Elle se retourne avec un sourire forcé, presque triste.
— Bien sûr, murmure-t-elle, avant de disparaître.
— Il ne faut pas vous inquiéter, Key est toujours un peu mélancolique, mais vous vous y habituerez vite et vous verrez, elle est très gentille, m'affirme Ramis en haussant les épaules. Je souris et une vieille femme rondelette et rougeaude nous amène des plats fumants. Le repas se déroule dans une parfaite bonne humeur et l’obligeance de chacun me réconforte profondément. Je comprends que tous ont souffert, tous ont connu les déchirures de cette guerre absurde. Ce vaisseau est devenu leur nouvel univers : ils vivent ensemble comme les membres solidaires d'une grande famille, et ils m'ont sans hésitation admise au sein de cette hétéroclite fratrie...
Je repense soudain au Capitaine Herlock, en quelque sorte leur père à tous. Il est visiblement respecté et admiré de son équipage en globalité. Il doit être un personnage remarquable, pour faire ainsi l'unanimité au coeur d'un groupe d'hommes et de femmes aussi disparates. Une phrase me revient à l'esprit : on mesure la valeur d'un chef au regard de ses subalternes...
À la fin du repas, Alfred pose une main sur mon épaule.
— Venez, je vais vous conduire à la salle de contrôle. Vous allez voir, c'est absolument fantastique ! Et pour cause : c'est moi qui ai conçu ce vaisseau dans ses moindres détails, vous ne trouverez pas de meilleur guide. Pour tout vous dire, je pense pouvoir affirmer que je possède un certain talent, et un goût très sûr en ce qui concerne la conception de bâtiments de guerre, jubile le petit homme, avec un sourire triomphant. Je lui rends son sourire. Il est décidément plein de surprises. Sa vivacité et ses yeux gris pétillants de malice me communiquent une énergie si positive… Je le suis à travers les corridors innombrables, me demandant si je parviendrai un jour à retrouver mon chemin, et comme s'il lisait dans mes pensées, il me répond.
— Ne vous inquiétez pas, c'est toujours impressionnant au début, c’est tout à fait normal, le bâtiment fait plus de 463 mètres de long, et 152 mètres de large, mais on s'y habitue très vite. Dans quelques jours, vous serez aussi à l‘aise que dans une petite maison de campagne. Je souris, perplexe et amusée par son étrange comparaison, et prends soin de ne pas le laisser me semer dans ce dédale de corridors et de sas, entrecoupés de vastes salles communes.
C'est alors qu'une tornade noire sillonne l'immense salle, faisant feu de toute part, tuant avec une adresse et une précision sidérante. Avec une souplesse de félin, l'homme se fraie rapidement un chemin au milieu de nos ennemis, parvient à atteindre le détonateur et le désamorce d'un geste assuré et calme. Son ouïe aiguisée l’incite à se retourner vivement afin d'achever un soldat qui tentait de récupérer son arme et enfin, le silence s'abat dans le vaisseau au sol jonché de cadavres.Il semble alors seulement s'apercevoir de ma présence et une étrange lueur traverse son regard, lorsqu'il se rend compte qu'une flaque de sang sombre s'agrandit inexorablement le long de mes jambes.
— Je m'appelle Ayana, commandant du Dark Oak. Je ne sais comment vous remercier de votre salutaire intervention, dis-je enfin, en reprenant avec difficulté mon souffle. Il s'agenouille près de moi dans le froissement de tissus de sa longue cape noire et pose une main compatissante sur mon épaule. Il reste sourd à mes suppliques et toute ma colère s’évapore, pour laisser place à un immense désespoir. Nous atteignons bientôt sa navette d'abordage à l'étrange dessin, sans qu'il prononce un mot et il m'installe avec une singulière prévenance sur le siège arrière. Son bras blessé tremble et un éclair de souffrance traverse son regard, qui demeure involontairement rivé au mien quelques secondes. Je suis troublée par les sentiments mêlés et contradictoires qu‘il me semble y déchiffrer...
Il exécute alors un geste un peu désuet empreint d'une grande noblesse, levant son sabre étincelant afin de me saluer.
— Mon nom est Herlock, je suis le capitaine de l'Arcadia.
Sa voix grave et profonde me fait frissonner et j'en oublie presque la douleur de la dangereuse plaie qui irradie le long des fibres nerveuses de ma hanche et de ma colonne. Ainsi, devant moi se tient le fameux capitaine rebelle, hantise du gouvernement Stalker et de son redoutable allié humanoïde. Il est plus majestueux et intimidant que tout ce que j'ai pu imaginer, au travers des légendes extraordinaires qui parcourent l‘univers à son sujet. Son visage émacié a gardé quelque chose de la douceur de l'enfance, étrange contraste avec le bandeau noir qui couvre l’un de ses yeux, dissimulant les ravages d'une ancienne bataille. Une interminable balafre traverse sa joue pâle et vient se perdre dans ses cheveux auburn, qui tombent en longues mèches le long de ses tempes et confèrent à ses traits sévères une insolite fragilité. Sa seule présence semble illuminer la pièce glacée.
— Vous semblez gravement touchée. Accompagnez-moi sur l'Arcadia, nous avons un excellent médecin à bord.
— C’est hors de question. Je ne peux pas abandonner mes hommes, mon vaisseau…
— Il n’y a plus rien à faire. Venez.
— Non ! Je ne déserterais pas mon bâtiment !
Je sais que je me bats contre une évidence que je refuse d’accepter, mais je ne peux me résoudre à renier tout espoir.
— Une armada complète est en route pour en terminer avec le Dark Oak, c’est en interceptant les communications du haut conseil humanoïde que nous sommes parvenus jusqu’à vous, m’assène-t-il en me saisissant par les épaules, afin de m‘obliger à me concentrer sur ses paroles. Je refuse de l’écouter, je ne veux rien entendre de plus.
— Tous vos compagnons sont morts. Est-ce que vous comprenez ? Il n’y a plus rien à faire, nous sommes arrivés trop tard, insiste-t-il, en resserrant son étreinte jusqu’à me faire mal.
— Je ne vous crois pas ! dis-je, dans un hurlement pathétique.
Une lueur embarrassée traverse son regard et il hésite un instant, tandis que je tente de me relever. Je comprends alors que mes jambes ne répondent plus. Mes efforts soudains précipitent les battements de mon cœur et les murs vacillent. Je baisse les yeux sur ma blessure, qui saigne maintenant à gros bouillons et sens la sueur perler sur mon front. Je lutte désespérément pour ne pas m’effondrer et réalise alors qu’il a passé un bras sous mes reins, afin de me soulever avec une facilité désarmante.
— Que faites-vous ? Mon équipage à besoin de moi, laissez-moi ! fais-je, d’un ton rageur.
J’entreprends de me dégager, mais je n’ai plus aucune force. Il résiste à mes pitoyables tentatives avec une grimace de douleur et je remarque alors seulement qu’il a également été blessé, une grande tache sombre s‘agrandissant le long de son avant-bras. Il n’y accorde guère d’intérêt et m'entraîne avec lui à travers les corridors métalliques éclaboussés de sang.
— Je vous en prie ! Kyle n’est peut-être pas mort, il faut que je le retrouve !
Une goutte de sueur perle le long de sa tempe et son souffle brûlant caresse ma joue, tandis qu‘il verrouille les attaches de sécurité de mon harnais. Cette intimité soudaine l'embarrasse et il recule brusquement avec un sourire désarmant. Mon Dieu, cet homme est doté d’un charisme époustouflant qui me déstabilise. Il démarre sans plus attendre la petite navette, dont la puissance me cloue au siège. Je suis saisie d'un violent malaise. J'ai perdu beaucoup trop de sang et la douleur de ma jambe blessée semble encore s’amplifier, atteignant les frontières du soutenable.
Oh ! Mon Dieu, Kyle, où es-tu ? Mes pensées se font incohérentes, la réalité n’a plus aucune consistance, je perds connaissance…






