Vendredi 27 avril 2007

— « Bonsoir, monsieur. Comment allez-vous ? » me demande le physio à l’entrée du Tequila Sunlight. Je sais qu'il n'attend pas vraiment de réponse, même s'il constate sans doute que j'ai mauvaise mine. Je grimace un sourire ironique en me redressant dans une posture plus digne.
— « Comme vous pouvez le constater, je me porte comme un charme. »
— « Passez une bonne soirée en notre compagnie, Monsieur. »
— « Oui, tout du moins ce qu’il en reste... J'attends une vieille connaissance. Je vous saurais gré de mener jusqu'à ma table l'ami qui doit me rejoindre ce soir. »
Ce que j’aime utiliser tous ces mots qui ne servent à rien, juste pour la plastique, le protocole.  — « Soyez certain qu’il vous trouvera, Monsieur. Inutile de laisser vos armes au vestiaire ce soir. »
— « Je vous remercie »
J’ai donc l’air d'être de mauvaise humeur. Ils me connaissent bien ici. Ils savent que je ne vais pas aller chercher querelle à n’importe quel ivrogne. Je ne me mêle d'ailleurs jamais à cette triste populace. En fait, je crois bien que tous ces gens m'insupportent, avec leurs fringues clinquantes et leurs discussions sans interêt, leurs sourires parfaits qui s'étalent sur leurs visages lisses et sans saveur.
De toute façon, je ne me supporte pas plus, au sens propre comme au figuré. Finalement, je ne mérite pas mieux que ce qui vient de m'arriver.
Je me laisse tomber dans un box aux banquettes de cuir rouge de style "Chesterfield" au bout de la salle, loin des fenêtres, tourné vers la porte, au cas où…
Peut-être Ravelyn est-il déjà au courant pour Piotr ? Il ne va pas me lâcher facilement. Sait-il que je viens d'abattre le minable qu'il m'a envoyé pour faire le sale boulot ? Et les autres membres du haut conseil commercial, savent-ils qu'un des leurs a tenté de me faire abattre ? Qu’adviendra-t-il de moi si j’en dis trop ? Je n'ai qu'une confiance mitigée en ces riches marchands capables d'étriper l'un des leurs à la moindre incartade. Je joue dans la cour des grands aujourd'hui, c'est indéniable. C'est pourquoi je sais que je dois me méfier de chacun d'entre eux. Je suis en sursis, je n'en suis que trop conscient...
Je regarde méticuleusement autour de moi. Trois nanas en train de rire au comptoir, un souteneur connu de mes services à deux tables de la mienne. Il me tourne le dos.
J'observe son visage mal rafistolé de dandy de bas étage dans le miroir qui recouvre le pan du mur face à nous. Il semble fasciné par son verre et les pensées qu’il y noie. Il lève soudain les yeux et accroche mon regard. Il se retourne dans ma direction et m’adresse un signe de tête courtois. Je lui réponds et il retombe aussitôt dans l’observation de son cocktail.
Je ne peux me détacher de son reflet dans ce gigantesque morceau de verre. Une copie du monde, parfaite, en totale adéquation avec notre dimension et dans laquelle je ne me reconnais pas. Dire que j’ai travaillé pour ce type, qui plus est pour de la petite monnaie. On n’est jamais mieux servi que par les autres, selon ce genre de mec. Quel gâchis ! Les travaux de Villars et d’Alfred réduits à servir ce pleutre.

Je me tourne vers le comptoir et aperçois Gabrielle. Elle ne m’a pas quitté des yeux depuis que je suis rentré dans le bar. Ma barmaid attitrée, Gabrielle, et conquête d’un soir. En fait de plusieurs, je ne les ai jamais comptés.
Il est vrai qu’en plus d’être le tireur le plus précis et le plus rapide de la galaxie, j'aime à penser que je suis aussi le plus charmant.
Je la vois articuler en silence quelques mots, de sorte que je puisse lire sur ses lèvres. Je peux deviner un « ça va ? ». Je réponds d’un hochement de tête un petit oui.
— « Tu bois quelque chose ? » demande-t-elle alors. Je hausse les épaules, ce qu’elle va traduire par un « comme d’habitude, babe… ».
Je la vois sourire et elle se met à chercher sa panoplie d’ingrédients qui me font tourner la tête. La soirée se terminerait sans doute chez elle, si Villars ne devait me rejoindre. Son entrain démontre qu’elle ne se doute pas de la fin tragique que je compte donner à l’hypothétique nuit que ma présence lui laisse présager. Je pense qu’elle ne m’en voudra pas. De toute façon, elle ne criera pas au scandale, car Gabrielle est muette. Elle a d’ailleurs intelligemment choisi son job. Derrière un comptoir on a besoin que d’une bonne paire d’oreilles.
Gabrielle est un ange. Un ange brun aux grands yeux verts. J’observe en silence ses gestes gracieux et rapides qui manient habilement le shaker tout en encaissant machinalement l'argent qui traîne sur le comptoir, sans jamais quitter son sourire affable et professionnel.
Elle hoche la tête dans une expression attentive à l'attention du jeune homme qui lui raconte sans doute ses derniers déboires, en continuant à se concentrer sur la savante composition de ma boisson favorite.Elle sait écouter et ne juge jamais.

C’est elle qui m’a appris le langage des signes. Je m’en sers avec Villars lorsque je nous crois épiés dans les lieux publics. Plus personne à part nous d’ailleurs ne connaît ce langage, devenu un atout secret.
Gabrielle est l'une des seules personnes à qui je tiens vraiment aujourd'hui, hormis Villars, bien entendu. Ce n’est pas la perfection de ses formes qui m’attire réellement, ni la pitié que pourrait me faire ressentir son handicap qui m'attendrit, car je n’ai plus aucune pitié pour personne.
J'admire sa force.Elle est parvenue à survivre dans cet univers glacial sans jamais perdre son âme. En fait, ce que j‘apprécie plus que tout chez elle est sans doute sa détermination et son insatiable soif de vivre et d'apprendre, mais aussi son tempérament emporté et franc. J’aime les femmes de caractère.

Mon Graal est prêt.
Gabrielle fait signe au serveur et celui-ci s’exécute.
Je contemple la scène. Elle se tourne vers moi et pointe son buste de l’index pour me dire « c’est la mienne », je lui réponds par une série de gestes que nous seuls pouvons comprendre « j’attends Villars ce soir, nous devons parler »
Elle me fait sa triste mine, en inclinant la tête sur le côté. Ses deux longues couettes retombent en boucles désordonnées sur ses épaules nues, tandis qu'elle me répond en silence « Pas grave, on se voit après ? »



Je renvoie un peut-être. Je me maudis de faire cette fausse promesse.
Je me maudis comme Herlock le fit par deux fois il y a bien longtemps, à bord de l’Arcadia. « Sois maudit, Ramis », chuchota-t-il « sois maudit. »  
Et c’est bien ce que je suis...

Mercredi 18 avril 2007

La coupe de champagne a littéralement explosé entre mes doigts.  Un tireur dissimulé dans la loge de cette discothèque minable n’aurait pu accomplir un tel miracle. Même avec une excellente lunette c’est impossible, il aurait été contraint de faire sauter la généreuse poitrine de la jeune femme blonde assise à ma gauche.
Le volume plus qu’insupportable de la musique qui fait vibrer les murs m’empêche de me concentrer.
Piotr a bien choisi le lieu du rendez-vous. C’est la dernière fois que je fais confiance à un indic.
— « Alors, le kid, tu fais moins le malin… »
— « Que veux-tu que je fasse, Piotr, que je te descende devant tous ces gens ? »
— « Il me semble qu’avec la dose d’acide que vient de boire ton implant, il te sera difficile de dégainer aussi prestement que d’habitude, d’autant que mon tireur est prêt à t’abattre. » me lance-t-il, avec condescendance .
En effet, mon bras commence à s’éparpiller dans une fumée épaisse et nauséabonde. Je comprends que cet immonde salopard l’a fait griller. Comment est-t-il parvenu à échanger le millésime hors de prix par de l'acide ?

Je tente de poser ce qui reste de la coupe sur la table, mais mon cerveau ne commande plus la mécanique complexe et sans faille en d’autres circonstances, de mon bras gauche.  Il faut que je détourne son attention, le temps de trouver une échappatoire.
— « Combien te propose-t-il pour me faire disparaître ? » fais-je
— « Il ne s’agit pas d’argent, c’est d’abord une question d’honneur. »
— « Si tu avais voulu l’emporter à la loyale, il t’aurait fallu me provoquer en duel »
— « Taratata ! Pas sur une planète de l’union terrestre. Ici, je n’ai encore rien fait de condamnable. Cela ne va malheureusement pas durer, car il va falloir qu’on en finisse » grince-t-il en sortant une arme de son blazer scintillant de reflets parme à vomir .
J‘en suis certain maintenant. Il n'y a aucun tireur,
Il est persuadé de ma crédulité, mais je sais qu'il bluffe.Il me faut agir très vite.
Il pointe le canon de son arme dans ma direction.
Personne ne se rendra compte de rien, car la musique est trop puissante, et les gens trop saouls.
Quelle soirée, mes aïeux ! Quand je pense que je voulais juste bavarder un peu…
En un éclair, je saisis de ma main valide le pied de la coupe restée piteusement accrochée à l’implant et lui envoie dans l’œil.
Piotr tombe à la renverse, mais un réflexe l’entraîne à tirer un coup de feu. La surprise ou la douleur, je m’en moque un peu. Je me jette sur le côté, renverse la table d’un coup de pied et dégaine mon Whatsup 380.
Mon bras gauche pend tel un animal mort suspendu à mon épaule.
Les cris de Piotr résonnent, malgré le mur sonore du dernier titre à la mode qui encombre les lieux.
Je me relève, l’arme au poing, la haine au fond des yeux. Piotr est à terre, il a lâché son arme et j‘observe ses contorsions pathétiques.
Je rengaine mon cosmogun et l’attrape par le col de son immonde veste disco.
— « Qui ? Combien ? Comment ? Pourquoi ? »
— « Ravelyn ! C’est Ravelyn ! 10 000 crédits ! Il sait que l’union terrestre le cherche ! » gargouille-t-il.
— « Qui lui a dit que je m’occupe de son dossier ? »
— « Je ne sais pas ! »
Il me semble que chaque info que je lui soutire l’enfonce un peu plus dans la tombe. Il est vrai qu’il perd beaucoup de sang.  Nous baignons tous deux dans une mare noirâtre et poisseuse, qui ne cesse de s’agrandir tandis que je le questionne.
Je lève les yeux et réalise que tous les regards convergent dans notre direction. Un attroupement s’est formé et les curieux nous dévisagent.
Voilà que je n’entends plus la musique.
Les règlements de compte, tout le monde y est accoutumé ici. Terminé ce bon vieux temps où les gens partaient en hurlant et courant dans tous les sens, me laissant régler mes affaires tranquillement… 
Il faut en finir avant qu’un videur vienne s’en mêler et trouble le peu de concentration que je conserve encore.
— « Comment tu as su ? » gémit Piotr.
— « Si tu avais eu un tireur, un simple geste de ta main aurait suffit pour me faire tomber ce soir, inutile donc pour toi de sortir ton arme. »
— « Tu as tenté le diable… »
— « Le diable ne me fait pas peur. » dis-je, en relevant mon arme pour la pointer sur son front .
— « Il est temps d’en finir. »
— « Je t’en supplie, tu n’auras aucun argent contre ma tête ! » crache-t-il dans un beuglement désespéré tandis que je déverrouille la sécurité de mon arme .

— « Je vais rendre le monde meilleur. » dis-je dans un souffle, avant de tirer .



Je peux voir sa cervelle s’éparpiller sur le dance-floor de la discothèque minable où il a bu son dernier verre. La foule murmure son aversion générale tout en contemplant le spectacle dans un voyeurisme consensuel, qui caractérise le quotidien des amoirians.  
Un gros homme chauve à la carrure dissuasive s’approche de moi et me demande des comptes. Je sors ma plaque de ma main valide. Il esquisse un sourire et me fait signe de le suivre, ouvrant un chemin au coeur de l’assemblée de bovins, qui nous observent sans avoir l’air de bien comprendre.
Il m’invite à sortir et me souhaite une bonne soirée.
Bonne soirée… rendre le monde meilleur… au nom de qui, de quoi ?
Je déambule dans les rues sombres d’Amoiria, m’identifiant au fantôme d’Hamlet, et les paroles de Villars me reviennent en mémoire :
« un Homme sans buts, c’est un arbre sans racines, quelque soit l’endroit où on le plante, ses branches restent sans feuilles et son nom méconnu… »
Il est fort pour sortir des dictons à la noix. Mais il y a souvent du vrai dans ce qu’il dit, et tant que j’agirais en me basant sur d’éventuels « Peut-être », tant que je voguerai au hasard sans aucune conviction, je ne serai pas moi-même. Je ne serai pas Ramis.
L’ai-je d’ailleurs été un jour ? N’ai-je été que le disciple du capitaine ou puis je imaginer qu'il m'ait considéré un jour comme un ami ? Ai-je vraiment eu ma place au sein de son équipage ? Ai-je vraiment une raison d'être dans cet univers pourri ?Je ne pourrai sans doute jamais répondre à ces questions. 
Quoi qu'il en soit, j’en ai assez de toutes ces batailles qui ne mènent à rien.
Quand je vais sur Terre aujourd’hui, c’est pour poser mes primes sur le compte de mon gros tas de banquier, puant l’embonpoint et l’étroitesse d’esprit.

- « Vous devriez épargner… » me répète-t-il à chaque fois.
Il ne comprend rien. Moi, ce que je veux, c’est tout claquer, aux quatre coins de l’univers, parce qu’on ne vit qu’une fois, et que dans mon boulot la vie est trop courte pour profiter de ses rentes.
Quand on est chasseur de prime, on vit peu, mais bien.
De toute façon, les grands idéaux que je défendais à bord de l’Arcadia sont si loin aujourd'hui. Je n'existe plus maintenant que pour 
traquer et exécuter mes proies, c’est tout ce que je sais faire. Et quoi qu'il en soit, c’est le seul boulot qui me permet de financer les recherches de Villars. Je lui dois bien ça. Cela me rappelle qu'il va falloir changer mon bras.

 
Il commence à pleuvoir. Je cache l’implant sous ma veste. Je pense que l’acide a dû altérer son étanchéité. Je traverse la rue. Plus personne dehors.  Ils sont tous en train de s'abandonner à leurs loisirs insipides et vains.



Amoiria est la ville de la plus parfaite perdition. Les gens sont tous jeunes et beaux. L'âge et la faiblesse n'ont pas leur place ici. La loi implacable du paraître l'emporte sur tout le reste et les amoirians passent tout leur temps à dépenser du fric en jeux sans intérêt et distractions idiotes. Je ne veux même pas savoir comment ils le gagnent.
Une soudaine envie d’aller boire un verre. Je ne suis pas très loin du « Tequila Sunlight ». Je fouille dans ma poche, mais mon comodule est foutu. Impossible de joindre qui que ce soit. Je croise une cabine, introduis ma carte et compose le numéro de mon plus vieil ami.
— « Alors le kid, il faut te raccommoder cette fois encore ? » demande Villars sans aucune hésitation.
— « Hey, doc ! Vous saviez que c’était… »
— « Il n’y a que le kid pour appeler à une heure pareille. » me coupe-t-il .
— « Vous venez prendre un verre avec moi, doc ? »
— « Pas de problèmes techniques, cette fois-ci ? »
— « Ça peut attendre. Retrouvez-moi au Tequila Sunlight dans dix minutes. Les armes sont interdites là-bas. Je serai… »
— « Au fond du bar, loin des fenêtres, etc., etc. »
Il raccroche sèchement. Je repose le combiné et récupère ma carte. La pluie tombe de plus belle. Avec un peu d’alcool, cette nuit m’aidera-t-elle une fois de plus à laver mes péchés ?

Lundi 16 avril 2007
Je viens de rentrer de la convention, épuisée mais heureuse d'avoir fait la connaissance d'un tas de gens fort intéressants et sympathiques.
Me voici de retour dans ma campagne après avoir pris un formidable bain de foule durant trois jours dans la Capitale.
Bien loin du goût amer laissé par le triste festival de Romans, cet évènement a tenu toutes ses promesses et l'ambiance festive et bon enfant a été de mise.
Des concours de cosplay, des joueurs de jeux de rôles, des concerts, des démonstrations d'arts martiaux, des jeux de plateaux, des fanzines orientés manga bien entendu, mais également de petits éditeurs intéressés par le fantastique et la science fiction ( vous imaginez bien que cela m'a comblée ).
L'effervescence permanente de cette manifestation a été un régal pour les yeux et les oreilles.

Pour le côté plus sérieux, j'ai pu cette fois-ci nouer des contacts enrichissants avec quelques éditeurs et quelqu'un serait peut-être intéressé par la diffusion de certaines de mes illustrations.
Il me faut maintenant contacter tout ce petit monde afin de leur transmettre mes écrits et mes dessins.
Voila donc un évènement fort agréable et en même temps utile. Que demander de plus ?
Je tiens à remercier tout particulièrement les membres du webring Tokinowa
( en lien à gauche de l'écran dans "mes amis" pour les curieux ) pour leur accueil et leur gentillesse.
Maintenant, place à quelques photos. : )


Voici les autres affiches participant au concours organisé par Mélusine, que je n'ai certes pas gagné, mais il faut dire qu'il y a de très belles oeuvres.


Une démonstration de self-défense très instructive, des gestes simples et efficaces qui peuvent être bien utiles en cas d'agression...


Un superbe cosplay des "happy tree friend". ( Un dessin animé, déconseillé aux âmes sensibles )


Tout le monde aura reconnu Batman.


Elektra ( personnage de Comics américain )


Un tirage de tarot plutôt optimiste fait avec les cartes créées par un membre du Tokinowa.


Quand je vous disait que tout cela était bon enfant ! Voici je crois...Sailor Moon
( personnage de dessin animé japonais) revisitée.
Un grand moment de franche rigolade...


par Linka publié dans : Divers
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