QUELQUES EXPLICATIONS...

Avant que vous entamiez la lecture de mon roman je tiens à vous expliquer en quelques mots ma démarche.

S'il est devenu impossible aujourd'hui de faire partie de notre société qu'en acceptant de faire des dizaines, voir des centaines de concessions plus ou moins grave, afin de pouvoir « survivre »,

Il reste malgré tout un coin perdu au tréfond de mon esprit où se côtoient des valeurs totalement surannées de nos jours.

Il existe au fond de moi un vaste univers peuplé d'hommes et de femmes libres et incapables de sentiments étriqués par un conditionnement médiatique de masse, qui s'est appliqué à reléguer aux oubliettes les vrais aspirations et les vrais besoin de la nature humaine.

Quelque part dans mes rêveries et mes fantasmes existent encore les mots honneur, parole, vérité, liberté, amour, idéal, grandeur...

C'est-ce monde là, ainsi que les coups de gueules que m'inspire le vrai monde que j'ai décidé de mettre en ligne.

Le roman qui m'a été au départ inspiré par l'univers de Matsumoto n'est guère fidèle à celui-ci, je préfère être claire sur ce point.

Il s'agit d'une digression autour de son oeuvre.

J'ai voulu donner une dimension réaliste et plus adulte à l'univers d'Herlock, ce qui demande au lecteur accoutumé à ce monde une certaine ouverture d'esprit pour accepter que les codes habituels ne soient pas respectés.

J'ai tenté une approche aprofondie des sensations et des sentiments des personnages au travers du filtre de ma propre perception des choses

Je sais que le concept ne plaira pas forcément à tous les fans et je m'en excuse par avance.

Ne cherchez pas de chronologie ni de cohérence par rapport à l'oeuvre originale. J'ai voulu laisser divaguer ma plume au grés de mes envies sans me sentir bridée par l'oeuvre existante. Ce roman n'est pas une fan-fiction, je ne le considère pas comme tel.

Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à laisser votre avis, positif ou négatif...

 



 

 



Un petit plus! Voici une selection de morceaux de Virgin Black, un groupe qui m'a beaucoup inspiré lors de l'écriture de ce roman.

Ne marche qu'avec internet explorer pour l'instant. Cliquez / glissez sur les chiffres pour changer de piste.



Le roman intitulé "Le Kid de l'espace" n'est pas la suite directe de mon roman.

Il s'agit d'une histoire parallèle qui se situe quelques temps après la fin de mon 1er tome.

* Le style d'écriture est volontairement différent, car les évènements sont perçus d'un autre point de vue. Les dessins sont également inhabituels, mais collent mieux à l'ambiance de cette histoire à mon sens.



Jeudi 20 mars 2008

La clarté rougeoyante et instable qui inonde la salle de pilotage me donne l’impression de plonger dans le ventre d’un gigantesque animal. À l’instar de mes compagnons, je reste muette de stupeur devant l’ampleur extraordinaire que semble avoir prise la chose dans cette partie de l’univers. Aussi loin que portent mes yeux un magma informe parait se mouvoir à travers l’espace, avalant les étoiles et les planètes avec de répugnantes convulsions. Des amas sombres d’une matière indescriptible se diluent et se rétractent avec incohérence.
— Quelle distance nous sépare de cette chose ? Demande Herlock.
—50 000 spatiokilomètres, mais l’ordinateur central ne décèle toujours rien d’anormal, si ce n’est l’absence de tout corps céleste. C’est comme si pour Alfred, cette partie de l’univers était complètement… vide, répond Key dans un souffle atterré.
— Regardez ! Crie Ramis. Ça s’étend ! Bon sang, cette chose se rapproche de nous à toute vitesse.
— Mon dieu, jamais je n’aurais imaginé une telle chose, murmure Zon, plongé dans une sorte de transe admirative mêlée de terreur. Je recule soudain, convaincue d’avoir aperçu au sein du magma bouillonnant les traits déformés de milliers de visages. Je frotte mes yeux pour me débarrasser de cette horrible illusion lorsqu’une violente douleur irradie mon cerveau, faisant flancher mes jambes. Je titube et réalise que je ne suis pas l'unique victime de ce mal subit. Un long filet de sang ne tarde pas à s’écouler de mon nez alors qu’il me semble déceler de nouveau cette étrange psalmodie au cœur d’un entrelacs de chuintements et de murmures insolites. Suis-je la seule à les entendre ?
— Machine arrière ! Hurle le capitaine en agrippant la barre à pleine main.
Je rejoins mon poste de pilotage, quelque peu étourdie, et tape une série de codes afin de neutraliser les moteurs principaux, tandis que Key se charge des réacteurs annexes. Par bonheur, cette fois aucune attraction n’entrave notre manœuvre, sans doute car nous sommes encore bien trop loin de la source des perturbations. La douleur de mon crâne s’estompe rapidement et c’est avec soulagement que je vois s’éloigner le magma incompréhensible qui défigure l’espace derrière nous.
— Je crois que nous avons un sérieux problème, murmure Ramis à l’attention de Zon, qui lui jette un regard étrange tandis que je sursaute, persuadée d’avoir aperçu une ombre sinueuse l’envelopper un instant.

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— Monsieur Zon, Ramis, Syrus, salle de conférence, sur le champ. Avisez également le docteur Villars de me rejoindre, grogne Herlock avec mauvaise humeur. Key, maintenez le cap vers la planète Epona. Il va nous falloir demander de l’aide si nous souhaitons empêcher cette chose d’atteindre les colonies frontalières de l’U.T. commandant Ayana, avec moi.
Je le suis sans discuter à travers les couloirs, avec la désagréable sensation que des ombres menaçantes se dissimulent dans les recoins à notre approche et se mettent à louvoyer dans notre dos.

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— Je veux savoir exactement quelle était la teneur et le but des expériences que tu as mené, Zon, ordonne brutalement le capitaine, sans plus de cérémonie. Ce dernier recule d’un pas et nous dévisage sans un mot.
— Répondez donc, monsieur Zon, insiste Villars.
— Comment voulez-vous que je vous dépeigne en quelques phrases des dizaines d’années d’une recherche acharnée ? Je ne suis pas convaincu que vous êtes en mesure de comprendre…
— Essayez toujours, dis-je avec agacement.
— Bien. Mes recherches se sont basées sur la théorie des cordes, qui fût développée pour la première fois dans les années 1984, par un certain Michael B Green et son homologue John H. Schwarz. J’ai tenté de savoir si effectivement il existe plusieurs dimensions qui nous échappent et ne s’entrecroisent jamais, comme de nombreux physiciens l’ont autrefois suggéré. Ces dimensions seraient la résultante de fréquences ondulatoires infinies. Pour faire simple, grâce à Ramis, je suis parvenu à briser, ou plutôt dévier certaines de ces cordes.
— Quel était le but de cette manœuvre ? Répond sèchement Herlock.
— Je voulais être capable de relier entre elles plusieurs dimensions, d’ouvrir un passage vers quelque chose qui nous dépasse, de découvrir comment modifier l’espace-temps et changer nos destinées. Vous n’imaginez pas toutes les possibilités que laisse entrevoir cette légère modification... et plus que tout, j’avais l’espoir de la retrouver, dit-il en levant un regard empli de colère et de douleur vers le capitaine qui demeure impassible.
— Modifier le temps ? Changer la destinée ? Bon sang, Zon, êtes-vous devenu complètement fou ? S’écrie Villars en le dévisageant d’un air affligé.
— J’y suis presque parvenu. Souviens-toi, Ramis. Le messager. Le messager est parvenu à traverser les dimensions. Puis tout s’est dégradé, nous avons perdu le contrôle. Il n’est jamais revenu. Comment l’aurait-il pu ? Ces choses abominables que vous avez vues et entendues ne sont que la résultante des dimensions qui s’entrecroisent et forment quelque chose d’inconcevable. Quelque chose qui ne devrait pas être.
— Mon Dieu, Zon, qu’avez-vous fait ? Murmure Syrus avec horreur.
— J’ai ouvert les portes du chaos originel. J’ai libéré l’enfer.
— Votre folie a condamné tout ce qui vit dans l’univers et vous faites des métaphores ! N’avez-vous donc aucun respect pour quoi que ce soit ? Par votre faute nous sommes en passe d’assister à la fin de toute civilisation et vous parlez de l’apocalypse avec une exaltation hystérique qui me donne furieusement envie de vous botter le train ! Bon sang, capitaine, ce type est sans doute un génie, mais c’est plus encore un illuminé dangereux ! Rugit Villars avec fureur.
— Contentez-vous de suivre les pistes que je vous ai données et épargnez-nous vos commentaires, lui répond Zon avec une condescendance irritée
— Vous n’avez aucun ordre à me donner !
— Assez ! Rugit Herlock. Calmez-vous, docteur Villars. Cela ne sert strictement à rien de vous emporter ainsi. Quant à toi, Zon, je te conseille d'apporter à nos savants plus qu’une piste de recherche. J'exige des résultats dans les 48 heures ou je programme un chasseur qui t’enverra directement au cœur de ta magnifique création. Ramis, je veux que tu me mettes en contact avec le commandement de l’union terrestre. Nous allons avoir besoin de toutes les forces armées envisageables.
— Mais, capitaine, je ne pense pas que…
—Lorsqu’ils auront vu ce que nous avons vu, lorsqu'ils sauront ce que nous savons, ils seront bien contraints d'écouter. Transmets-leur la copie de l’enregistrement du poste de contrôle.
— Entendu, capitaine. Je vais tenter de les joindre. Mais auparavant, je voudrais savoir si je peux récupérer ma cabine. Je ne peux décemment jouer mon nouveau rôle de diplomate au beau milieu de la horde de soudards qui me servent actuellement de voisins, répond Ramis avec un sourire narquois.
— Accordé, soupire Herlock avec lassitude.
— Je vous remercie, capitaine. Je vous promets que vous ne regretterez pas votre geste.
Un étrange désarroi traverse le regard d'Herlock, qui semble dérouté un instant par la gratitude et l’enthousiasme du jeune homme et quelque chose s’adoucit dans ses traits tendus, quelque chose qui s’apparente au soulagement à la suite d'une rude bataille, au réconfort de retrouver un être cher disparu depuis trop longtemps ? Le signal sonore de la porte détourne mon attention.
— Laissez-moi entrer, capitaine, ce que j’ai à vous dire est d’une importance capitale, grésille la petite voix de l’humanoïde derrière le battant. Herlock enclenche le visualisateur.
— Que voulez-vous, Andrak ? Ceci est une réunion strictement confidentielle.
— Je pense que je peux vous aider, capitaine. Je vous en prie, permettez-moi d'entrer.
Herlock enclenche le dispositif d’ouverture du sas, et l’humanoïde, intimidé, nous dévisage avec angoisse sans oser bouger.
— Entrez donc, Andrak, nous n’allons pas vous faire de mal, dis-je en lui faisant signe vers l’intérieur. Il m’accorde un sourire reconnaissant et s’exécute en se tordant nerveusement les mains.
— Je… j’ai vu comme vous ce qui arrive droit vers les territoires habités. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, capitaine. Je pense qu’il est de mon devoir d’avertir mon commandement et du vôtre de m’y autoriser. Mon peuple a le droit de savoir ce qui se passe.
— C’est ça, de cette manière ils n’auront plus qu’a nous localiser et se pointer avec l’artillerie lourde, car qui nous dit que vous ne leur transmettrez pas notre position ? Grogne Ramis
— Là n’est pas le but de mon appel. Croyez-moi, je n’ai aucune intention de nuire à ceux qui m’ont sauvé la vie.
— Ouais, bien sûr. Tout le monde sait que la parole d’un humanoïde est sacrée, insiste Ramis avec arrogance.
— Tout à fait, monsieur Ramis.
— LIEUTENANT Ramis, je te prie. J’ai pris du galon depuis tout à l’heure. Allez, ne me fais pas rire, tu ne crois pas que tu vas parvenir à nous convaincre tout de même ?
— Permettez-moi d’insister, lieutenant Ramis. Tout d’abord, sachez que la valeur de la parole donnée a sans doute plus d’importance pour mon peuple que pour le vôtre. Ensuite, imaginez que contrairement à ce que vous pensez, nous ne sommes pas des brutes incultes et sans cervelle, ce qui n’est pas toujours valable en ce qui concerne vos congénères, et par conséquent nous sommes tout à fait à même de nous rendre compte de la terrible gravité de ce qui est en train de se passer et d’agir subséquemment de la manière la plus appropriée afin de venir à bout de ce qui menace, semble-t-il, l’univers dans son ensemble. Univers dans lequel nous évoluons au même titre que vous, humains.
Ramis reste muet quelques secondes, pris de court par la réponse sèche et sévère d’Andrak, que j’admire soudain pour le courage de sa démarche et de ses quelques mots à Ramis, qui, avec sa caractéristique impétuosité, aurait fort bien pu décider de l’abattre en une fraction de seconde. Mais le jeune homme se contente d’un large sourire assorti d’une claque amicale dans le dos de l’humanoïde, qui vacille avec stupeur.
— Je t’aime bien toi, t’as du cran. Capitaine, nous devrions peut-être écouter ce qu’il veut nous dire après tout, déclare Ramis.
— Que proposez-vous, Andrak ? Demande Herlock
— Je voudrais que vous acceptiez de me faire confiance, capitaine. Il me faut contacter mon haut commandement afin qu’ils sachent ce qui se passe. Je dois également leur transmettre l’enregistrement de la salle de contrôle. Je pourrais sans doute obtenir l’immunité provisoire de l’équipage de l’Arcadia afin que vous puissiez expliquer la situation à nos dirigeants et…
— Vous êtes en train de me parler d’une collaboration avec vos semblables ? L’interrompt sèchement Herlock.
— Je… ce que j’ai vécu à bord du Neskar dépasse tout ce que vous pouvez imaginer, capitaine. Ça a commencé par les hallucinations, et puis les rêves et les cauchemars qui se sont mélangés à la réalité, les crises de folies des membres de l’équipage, et puis… les transformations, cette chose a pris le contrôle de nos esprits et du bâtiment. Mon dieu, vous avez vu comme moi ce que sont devenus mes compagnons ! Imaginez que cette chose s’attaque aux colonies, aux familles, aux enfants !
— Assez ! Vocifère soudain Zon. Allez-vous le laisser gémir ainsi encore longtemps ? Nous perdons du temps.
— Capitaine ! Insiste Andrak en agrippant la cape d’Herlock, qui le repousse fermement. Ce que j’essaie de vous dire, c’est que nous n’avons pas le choix. Si nous voulons survivre, il va nous falloir nous unir, j’en suis convaincu. Sans cela, nous sommes tous condamnés.
Herlock se rapproche vivement de l’humanoïde et empoigne à son tour le col de sa veste, ce qui le pousse à reculer, terrifié.
— J’ai passé la moitié de mon existence à combattre ceux de ta race. Vous avez torturé et avili mon peuple pendant des décennies. Vous avez massacré sans scrupule mes amis et mes frères, tout ce que j’ai un jour aimé a été détruit par votre civilisation intolérante et colonisatrice. Comment peux-tu croire que je vais collaborer avec les tiens, que je maudis au-delà de toutes limites ? Siffle-t-il avec répugnance. Andrak baisse ses yeux étranges qui me paraissent soudain plus brillants. Un humanoïde connait-il les larmes ? Que répondre à ce flot de haine et de souffrance ? Quelles justifications donner à tant de mort et de destruction ? Chacun en cet instant semble se perdre à l’unisson dans ces questionnements. Syrus pose alors une main amicale sur l’épaule du capitaine.
— N’oublie pas que tu as passé la première moitié de ta vie à combattre ceux de ta propre race, mon ami. N’oublie jamais combien ils sont aussi coutumiers du mal. Mais je pense malgré tout qu’aucun de ces deux peuples ne mérite d’être ainsi exterminé par ce qui se rapproche. Andrak à raison. Nous devons nous unir.
Un long silence tendu s’installe tandis qu’Herlock dévisage chacun d’entre nous avec attention, comme s’il cherchait les échos de sa haine au fond de nos prunelles.
— Très bien. Docteur Villars, escortez Andrak jusqu’au pont. Key va vous montrer la procédure de mise en liaison, annonce-t-il finalement d’un ton désincarné. Une fois encore, toutes ses réticences se sont évanouies face aux arguments du grand homme roux. Une fois encore, j’observe avec perplexité les traits paisibles et rassurants de Syrus, qui m’évoquent plus que jamais les portraits de valeureux guerriers d’autrefois. Quelque chose d’anachronique accompagne les pas de cet homme étrange.

Mercredi 5 mars 2008
Bon, c'est pas gagné avec mon ordinateur qui a décidé de faire une grève longue durée et qui est en ce moment même certainement en train de se faire triturer les entrailles par un technicien sadique et hors de prix. Je vous présente donc une nouvelle colo, terminée à la souris, du coup, arg ! Heureusement elle était déjà pratiquement finie. Ce dessin n'a aucun lien avec l'histoire, j'avais juste envie de changer un peu le style de vêtements du capitaine, et de me donner une idée de ce qui pouvait se cacher derrière le bandeau noir. J'aime bien mettre à jour le côté sombre des personnages.
J'espère que ça vous plaira. ^^

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Mercredi 27 février 2008

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Bon, voilà, en cette deuxième journée de pluie et de grisaille, mon ordi tout fraichement acquis à la sueur de mon front vient de rendre l'âme. Monsieur a décidé de ne plus s'allumer du tout, et c'est donc depuis mon bon vieux portable inusable que j'écris. Seulement, sur le disque dur de ce bon vieux compagnon d'insomnies il n'y a plus rien. Ingrate que je suis j'avais tout transféré dans la mémoire de son rival, plus grand, plus jeune, plus puissant, plus beau etc...
Bref, tous mes textes, dessins, documents, logiciels, toutes mes photos ne me sont plus accessibles. Je prie simplement pour que le disque dur de cette merveilleuse machine de marque n'ait pas cramé, ce qui voudrait dire que j'ai tout perdu, y compris les chapitres qui ne sont pas encore publiés et que dans mon état mental actuel je n'ai certainement pas le courage, l'energie ni l'inspiration de réécrire. Vous l'aurez compris, je suis contrainte une fois de plus de suspendre la mise en ligne, et ce pour une durée indéfinie, surtout si l'infernale chose doit partir en s.a.v.
Si quelqun avait l'insolite idée de me dire que j'aurai du sauvegarder tout cela sur un disque dur externe, par pitié, qu'il se retienne. Je n'ai pas pris le temps de le faire et tant pis pour moi, mais inutile de me rappeler à quel point je suis coupable de mon propre malheur. Je suis fatiguée, écoeurée, dépitée et tout autre adjectif négatif en "ée". En plus je suis furieuse de me rendre compte à quel point je suis dépendante de cette machine.
Je m'en vais donc m'avaler une tablette complète de chocolat Milka, avant d'aller me planquer sous ma couette et de ruminer des idées noires. Le plus drôle c'est que c'est souvent dans ces cas là que je suis inspirée pour écrire, qui sait...

Je vous dis donc à bientôt, en espérant vous revoir très vite malgré tout.

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Jeudi 21 février 2008
Un couloir interminable… de vaporeux rideaux de soie d’un blanc sale usé par les âges flottent en silence le long de mon chemin, bien qu’aucun souffle d’air ne paraît filtrer à travers les grandes baies vitrées de cette très ancienne bâtisse. Il me semble percevoir, caché dans quelque improbable recoin, le roucoulement rassurant et doux d’oiseaux fantomatiques. Une cage de bois git, triste vestige brisé, sur le sol carrelé de marbre blanc. Quelques taches de sang m’indiquent la direction à suivre. J’avance le cœur battant, illuminant mon parcours de la flamme tremblante d’une lampe à huile d’un autre temps. De massives portes de chêne brut jalonnent mon avancée vers les ténèbres qu’il me semble reconnaitre. Suis-je déjà venue ici ? Les pans d’une lourde jupe de taffetas et de satin entravent ma route et je réalise soudain que mes poumons sont comprimés entre les dentelles et la soie d’un corset. Pourquoi suis-je ainsi vêtue ? Le roucoulement doucereux des oiseaux invisibles se rapproche. Je les cherche du regard en vain et m’arrête face à la porte au bout du corridor. Le frottement désordonné et chaotique de quelques ailes qui battent m’arrache un frisson glacé. Je n’ose pas aller plus avant, mais je suis incapable de rebrousser chemin. Le tic-tac d’une vieille horloge résonne de toute part, je ne peux en déceler la provenance. Je tends au plus loin la frêle lumière qui vacille sans raison. Il me semble deviner quelques ombres fuyantes qui glissent le long du mur et viennent se perdre dans le plafond. Un silence fait de craquements étranges et de furtifs battements d’ailes d’un oiseau qui se débat maladroitement s’insinuent tout autour de moi, accompagnés du lancinant cliquetis de l’horloge. J’entends les martellements de mon cœur qui cogne trop fort sous le tissu et se mêle à ma respiration angoissée. Je soulève dans un froissement de satin la longue robe aux reflets d’un bleu sidéral et avance de quelques pas, mue par une volonté qui m’est étrangère.


Un froid lancinant semble vouloir prendre possession de moi à travers la plante de mes pieds nus. J’ai peur. Je cligne des yeux dans la pénombre et suis figée de terreur. Le cliquetis infernal de l’horloge envahit maintenant tout l’espace. Quelque chose palpite derrière la porte, qui gonfle et se tord en défiant toute logique physique. De longs filets d’ombres se fraient un passage et s’étalent rapidement sur les murs, avançant droit vers moi. Un innommable gargouillis s’éparpille dans le corridor, qui perd toute consistance. Je suis tétanisée devant les gonds qui craquent et gémissent, mes jambes ne m’obéissent pas, exactement comme si elles étaient plongées dans le béton. Des coups d’une violence inouïe contre le battant, mon Dieu ! Elle va céder !
Je me redresse brusquement, inondée de sueur et haletante et il me faut quelques secondes pour réaliser que je suis à bord de l’Arcadia. Le corset inconfortable a disparu et je passe une main troublée sur mes côtes, sous le léger vêtement de fibres synthétiques, décontenancée par sa légèreté. Plus aucune trace de l’encombrante jupe à l’étoffe moirée. J’étends mes jambes dénudées au-dessus des draps, songeuse, lorsque mon regard est attiré par une petite forme blanche. Je reste un bref instant figée de stupeur, avant de saisir précautionneusement entre deux doigts la plume aux reflets de nacres perdue au creux d'un monde qui n'est pas le sien. Quel est donc ce maléfice ? Je passe une main sur mon front et enferme la mystérieuse plume dans la poche de ma veste de combat, avant d’enfiler mes vêtements, encore aux prises avec les brumes insistantes de l’univers étrangement familier de mon cauchemar. Je décide de rallier le poste médical afin de confier ma découverte au Docteur Villars, en vue d’analyses, qui sait quelles réponses pourraient m’apporter la science? J’avance en silence dans les longs corridors de l’Arcadia, rassurée par le claquement franc et clair de mes bottes ainsi que l’éclairage synthétique d’une blancheur certes exempte de charme, mais aussi de fantômes.
Un nouveau carré de lumière jaune qui se découpe sur le sol attire bientôt mon attention et je tourne la tête vers l’entrée des quartiers de notre dangereux invité, qui n’a pas jugé bon de refermer sa porte. Aimantée par la curiosité, je m’approche discrètement afin de mieux discerner l’intérieur de la pièce, et suis tout d’abord fascinée par les ombres dansantes et fantasmagoriques de plusieurs dizaines de bougies allumées, qui dessinent sur les murs des formes instables et capricieuses. Je reste interdite devant l’étrange ballet que Zon exécute dans un silence parfait, son corps à la musculature sèche et harmonieuse jouant avec les lames blanches de ses katanas qui effectuent d’amples courbes maîtrisées d’une poigne habile. L'image furtive d'un félin aux épaules saillantes en position d'attaque m'effleure l'esprit. Son torse nu et sa chevelure noire relevée en une queue de cheval accentuent la finesse de ses traits. J’admire avec une avidité conjuguée de remords les entrelacs complexes des lignes d’un tatouage qui se dessinent sur ses épaules et la moitié de sa poitrine imberbe, pour venir se perdre dans le bas de ses reins tendus, se mêlant à ses longues mèches soyeuses. Les symboles que je ne peux déchiffrer semblent se mouvoir au rythme de ses mouvements rigoureux et adroits. Les lames déchirent l’air dans un souffle nerveux alors qu’il mime des parades élégantes aux attaques d’un hypothétique ennemi. Je suis hypnotisée par ses gestes à la violence précise et maîtrisée, issus d’une tradition intemporelle qui m’est inconnue. Les lames irisées de reflets étincelants tournoient soudain au dessus de sa tête pour venir se croiser sur son torse tandis qu'il courbe son front en un salut empreint d’une noblesse oubliée.
— Bonsoir commandant, dit-il sans se retourner vers moi. Je sursaute, avec la sensation désagréable d’être prise en flagrant délit.
— Oui, je savais que vous étiez là, insiste-t-il en me toisant d’un regard amusé accompagné de son plus irritant sourire narquois. Il incline la tête sur le côté et écarte sa main droite, m’invitant respectueusement à entrer. Je recule d’un pas, surprise, tandis que son sourire se fait avenant et doux.
— Je n’ai encore occis personne sans une bonne raison depuis que je suis monté à bord, vous ne craignez rien commandant, murmure-t-il d’un air moqueur.
— Mais vous ne me faites pas peur, monsieur Zon.
— Je sais, car votre âme est courageuse et indomptable. J’avais remarqué.
Sa manière de me complimenter me ferait presque rougir, et je m’en veux aussitôt de rentrer dans son jeu étrange. Il s’approche et me tend un de ses katanas.
— En garde, commandant.
Je ne peux refuser son invitation et lève la lame dans sa direction en signe d'acceptation. Nous entamons bientôt un insolite ballet, accompagné du claquement sonore des armes qui s’entrechoquent. Malgré toute l'incompréhensible colère qui s'est nouée au creux de mon ventre et bien que j'y mette toute mon énergie, Il a rapidement le dessus et la pointe de son katana vient se poser contre ma gorge.
— J’ai déjà vécu cette scène, dis-je entre deux respirations saccadées.

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— Vous êtes trop impulsive, commandant, et votre poignet manque de souplesse. Laissez-moi vous montrer.
Il ne me laisse pas le temps de répondre et se plaque derrière moi, entourant mes épaules de ses bras afin de me saisir les mains et de diriger mon geste. La lame fend l’air avec une adresse et une vigueur étourdissante, tandis que je frissonne en sentant son souffle tiède contre ma nuque. Un trouble incompréhensible s’empare de mes sens et contre toute attente mon cœur s‘emballe soudain. Je ferme les yeux, grisée par la chaleur de son corps frôlant le mien et la force de ses mouvements souples et assurés. Je me laisse diriger par sa poigne de fer qui me semble pourtant d’une douceur sans égal.
— Laissez la lame vous guider, murmure-t-il à mon oreille d’une voix profonde, électrisant mes sens. Il ramène enfin l’arme contre ma poitrine et nous restons un instant immobiles, isolés au sein d'une sphère étrange où les règles du jeu sont tronquées et plus rien d’autre n’existe que cet instant d’intimité. Quelque chose en moi se révolte soudain et je m’écarte brusquement afin de lui faire face. L’expression singulière de son regard animal me fascine, mais je recule et lui tends son arme comme si je me défaisais d’un maléfice en tentant désespérément de ne rien laisser transparaître du trouble diffus que sa présence déclenche en moi. Je suis cependant incapable de détacher mon regard du sien ni de briser le silence équivoque qui s’est abattu entre nous. L’appel au ralliement qui résonne soudain dans les couloirs me fait sursauter.
— Nous serons dans quelques minutes à l’orée de la nébuleuse de Razokan. Le capitaine et les officiers sont priés de rejoindre le pont immédiatement, annonce la voix d’Alfred. J’obtempère immédiatement et abandonne monsieur Zon, sans un regard en arrière, soulagée par cette interruption inopinée, tandis qu’il s’empresse d’enfiler une chemise afin de suivre mes pas.
Jeudi 14 février 2008

Je le suis sans un mot jusque dans ses quartiers sans bien savoir pourquoi, peut-être avec le secret espoir qu’il me dévoile les secrets de son passé sans que je lui pose de questions. Je lis sur son visage qu’il devine sans peine que mon entrevue avec monsieur Zon a gravé en moi des marques indélébiles qui ne demandent qu’à être effacées. Il sait, je le déchiffre au fond de son regard, que lui seul est en mesure de me délivrer de ce doute insidieux qui me ronge, mais il se contente d’un étrange sourire, teinté de tristesse.

 


Je suis moi-même en cet instant incapable de lui ouvrir mon cœur, et malgré le silence embrumé de non-dit, sa main caressant ma joue fait de nouveau battre mon cœur à l’unisson du sien, me plongeant dans une passagère insouciance. Je me blottis au creux de ses bras et je me sens soudain si fragile. La force paisible de son corps et de son âme permet à la petite fille tapie au fond de moi de refaire surface le temps d’une étreinte, car chaque fois il me semble que dans ses bras, rien ne pourra jamais l’atteindre, rien ne pourra jamais la faire souffrir. Sa chaleur se mêle à la mienne pour ne plus former qu’une seule entité, complète et assouvie et je soupire un bien-être confiant au contact de sa main qui caresse mes cheveux avec une tendresse que personne ne lui connaît. Le désir protecteur que je pressens à travers ses gestes me comble d’une paix intérieure indescriptible et je n’ai besoin de rien d’autre. Je n’ai plus de doutes, plus de défaillances, car il les efface d’une caresse, d’un regard, d’un sourire. La voix sèche de Villars à travers son émetteur brise abruptement cette furtive osmose et je m’écarte de lui à regret, quelque peu étourdie.
— Je suis avec monsieur Zon dans la salle de l’ordinateur, comme vous nous l’avez demandé, capitaine. Nous vous attendons, annonce le docteur.
— Je vous rejoins sur-le-champ, Villars, répond-il avant de couper la communication. Il lève vers moi un regard d’une bienveillance infinie.
— Reste là, si tu le souhaites. Repose-toi. Je vais tenter d’en savoir plus sur la chose qui dort dans les sous-sols de l’Arcadia.
J’avoue ne pas désirer en cet instant en apprendre davantage et acquiesce en silence. Il m'abandonne et je laisse divaguer mon regard à travers la pièce intemporelle qui m’a accepté au creux de ses secrets d’autrefois. Je pousse un léger soupir de bien-être, me laissant envahir par la paix presque solennelle qui règne en ces lieux. L’odeur de vieux cuir se mêle à celle plus âpre du papier et de l’encre dans une harmonie désuète et charmante. Mon regard s’arrête soudain sur l’imposant livre de bord posé sur le bureau et je suis parcourue par un long frisson. Je me redresse et m’assieds sur le rebord du lit sans pouvoir détacher mes yeux de cet objet qui me nargue impassiblement. Je secoue la tête, me convainquant de ma bonne foi, de mon intégrité, de ma droiture, mais que faire de cette insatiable… curiosité ? Mon dieu, non, je ne peux pas, je ne veux pas faire cela, je ne pourrais jamais me pardonner une telle lâcheté. Ma conscience est en train de mettre en pièce mon dévorant désir de savoir, de tout connaitre, de comprendre ses failles et sa part d'obscurité. Non. C’est hors de question. Je ne le trahirai pas.


Je me lève et m’approche doucement de l’objet maléfique qui m’attire de tous ses plus beaux atours, me promettant énigmes dévoilées et mystères évanouis. Ma main caresse le cuir ciselé de dorures tandis que les battements de mon cœur cognent de plus en plus fort dans ma poitrine. Mes doigts dessinent les contours des lettres d’or. Sous cette couverture, des milliers de mots s’entremêlent en une trame que je ne connais pas, des milliers de phrases me parlent de son passé, de ses souffrances, de ses secrets… Non, je ne dois pas…
Ma main gauche soulève la couverture alors que les doigts de ma main droite jouent avec les feuilles jaunies par l’usure et le temps de cet ouvrage manifestement très ancien. Je tourne quelques pages en m’efforçant de ne pas lire, me laissant juste griser par quelques mots qui surgissent ici ou là. Je sais au fond de moi que je cherche le nom de Zon, mais il semble que le livre a pris le parti de garder précieusement le secret de sa haine. Je dois cesser ce petit manège indigne. Je m’apprête à refermer la couverture, lorsqu’un mot vient littéralement me brûler les yeux : mon prénom griffonné à plusieurs reprises au beau milieu de dizaines de phrases, mon prénom déposé ici et là, au sein de cet ouvrage mystérieux. J’ouvre doucement le livre à cette page, plongée dans une insolite transe émotionnelle.

Elle m’a encore tenu tête aujourd’hui et a de nouveau mis sa vie en danger. J’étais furieux, cette femme et son entêtement permanent mettent mes nerfs à rude épreuve. Cependant, ces derniers évènements m’ont ouvert les yeux sur quelque chose que je ne soupçonnais pas, ou plutôt que je refusais de comprendre. Je dois bien me l’avouer : jamais je n’ai eu aussi peur de perdre un membre de mon équipage. Lorsque j’ai vu s’éloigner sa navette vers sa dangereuse destinée, j’ai réalisé que je ne pouvais pas la laisser partir ainsi, je ne pouvais que la suivre, abandonnant contre toute raison mon bâtiment et mes hommes. La découvrir aux prises avec ce colonel humanoïde m’a rendu fou… je crains d'entrevoir ce qui me tourmente, bien que je tente vainement de me raisonner. Tout en elle me captive : son mauvais caractère, son entêtement et sa rébellion, sa solitude et sa souffrance, sa beauté fragile, son regard, son sourire d’enfant… et plus que tout, la si grande vulnérabilité que je devine derrière sa force. Jamais je n’aurais imaginé pouvoir ressentir cela pour quiconque.

Je m’interdis d'aller plus avant dans ma lecture et ferme les yeux, le cœur battant, tandis que mes doigts tournent machinalement quelques pages.

… et malgré toute la rancoeur qui illuminait ses yeux, je ne peux m’empêcher de penser qu’il reste en lui quelque chose de profondément juste, je ne peux me résoudre à croire que toutes ces années soient envolées sans laisser aucune trace de ce que nous étions alors. Je réalise combien sa souffrance a altéré sa perception, et je sais que s’il s’avouait mon innocence il s’effondrerait certainement sous le poids de cette affliction qui le dévore. Je sais combien il l’aimait, je l’ai compris à la mesure de la haine sans bornes que je lui ai vouée lorsqu’il pointait sa lame sur la gorge d’Ayana, et pourtant, aujourd’hui ma colère s’estompe à la faveur d’un étrange sentiment d’empathie mêlé de culpabilité. Suis-je faible ? Suis-je coupable de ce qu’il est devenu ? Aurais-je pris la bonne décision si seulement j’en avais eu le pouvoir ? Je n’aurais sans doute jamais de réponses à ces questions qui ne cesseront jamais de me harceler. Zon, mon ami, mon frère, que puis-je faire pour libérer ton âme de toute cette détresse ? Aujourd’hui encore, je donnerais ma vie pour te sortir de l’enfer dans lequel tu te débats.

Un sursaut de conscience s’empare soudain de moi et je recule vivement, consumée par les flammes de mon indiscrétion. Je n’avais pas le droit de lui voler ainsi son âme et voici mon châtiment. Je ne peux contenir une larme de confusion et de dégout de moi-même. Je laisse ouvert l’objet maléfique, déterminée à assumer mon impardonnable geste et retourne m’asseoir sur le lit, abasourdie par tout ce que je devine derrière ces quelques phrases qui ne m’étaient pas destinées. Je me sens si misérable, si indigne. Le bruit de soufflet du sas qui s’ouvre me fait sursauter et je croise involontairement son regard. Il plisse les yeux afin de mieux distinguer mon visage dans la semi-pénombre et une lueur étrange traverse son œil. Il se redresse et aperçois d'emblée le livre ouvert. Il fait le tour du bureau, déchiffre les premières phrases et le referme posément, puis revient vers moi et m’observe un long moment sans un mot. Je me sens si mal que je voudrais mourir foudroyée dans l’instant plutôt que de subir le poids de sa déception.
— J… je ne sais pas ce qui m’a pris, c’était plus fort que… il y a tant de choses que…
Il s’assied à mes côtés et ferme les yeux avec un léger sourire, me laissant poursuivre ma pathétique tentative d'argumentation.
— Je suis tellement désolée… je ne tiens pas à te voler tes secrets, mais j’ai besoin de savoir, de comprendre, de…
Il écarte une mèche de mes cheveux et pose sur moi un regard empli de compassion.
— Faut-il vraiment que tu saches tout de moi ? Ne crains-tu pas de perdre quelque chose de précieux ? Murmure-t-il.
— N'est-ce pas ta propre crainte que tu me dépeins ? Dis-je faiblement. Il soupire avec un nouveau sourire résigné.
— Sans doute.
Un silence chargé de suppositions avortées et d’expectatives tendues s’installe longuement. Puis il reprend la parole, d’une voix vacillante d'émotion.
— Zon et moi avons partagé une amitié absolue et sincère, qui a traversé tant d’évènements chaotiques. Ce qui nous unissait étant enfant devait ne jamais s’éteindre.
Il ôte le gant de cuir de sa main droite et me présente sa paume. Je découvre une longue cicatrice barrant sur toute la longueur les lignes de sa main. Il poursuit dans un murmure, avec une grimace affligée.
— La marque indélébile d’un pacte de sang, une promesse de gosses qui avaient encore au fond de leurs cœurs un reste de pureté et d’innocence. Une absurdité.
Je caresse du bout du doigt la délicate estafilade symbolique, tandis que s’impose à moi l’image incohérente des deux hommes croisant le fer avec une violence inextinguible.
— Après la mort de mes parents, je ne désirais qu’une chose : combattre le gouvernement du nouvel ordre et abattre cette ordure de Stalker. Anna m’encouragea dans mon objectif, tout en ayant la sagesse de me donner les armes pour le faire. C’est ainsi qu’elle parvint grâce au réseau de la résistance à me faire entrer au monastère de Wei Zhi Ning, sur l’antique colonie de Kamaria, afin que je puisse apprendre en compagnie des meilleurs maîtres l’art et la maitrise des armes et du combat, mais également la philosophie et la culture des grands anciens qui ont traversé des dizaines de siècles sans faiblir. C’est au sein de ce monastère que je croisais pour la première fois le regard acéré du petit Zon Von Klardht, descendant d’un illustre guerrier samouraï, insoumis et fier, qui fut abattu comme tant d’autres par le gouvernement, pour rébellion et non-allégeance au nouvel ordre. Je ne pense pas qu'il s'agisse de son vrai nom, et je crois qu'il ne connaît pas lui-même son véritable patronyme. Dès les premiers jours, une concurrence d’enfant naquit entre nous, qui se traduisit rapidement en respectueuse amitié. Zon avait grandi au cœur de ce bâtiment austère et il possédait déjà l’adresse et la force mentale d’un grand combattant. En revanche, il ne connaissait pratiquement rien du monde extérieur, mais il était curieux et avide et je passais des heures à lui conter les mille choses qui composaient un univers. Il m’arrivait de passer quelques semaines loin du monastère, lorsqu’Anna et les moines s’accordaient pour me donner un peu de repos, et j’en profitais chaque jour pour regarder autour de moi d’un œil neuf en imaginant son expression, lorsque je lui rapporterais l’un des mille trésors hétéroclites ramassés un peu partout, dont j’emplissais soigneusement mes bagages à son attention. J’étais son lien vers le monde, vers notre planète natale, il était mon modèle au combat. J’étais un enfant de militaire, il était issu d’une culture à la richesse inégalée. Je lui apprenais l’indiscipline, il m’offrait la sagesse.
Il s’arrête un instant, puis se relève avec un soupir, avant de se diriger vers son bureau et de servir deux verres de vin. Je le suis machinalement et saisis le verre qu’il me tend. Il boit une longue gorgée et fixe le sol comme s’il y cherchait des réponses.
— Zon avait une sœur jumelle, qui elle aussi résidait au monastère, dans une aile séparée. Elle venait nous rejoindre dès qu’elle en avait la possibilité, en dehors de ses heures de laborieuses études. Tyan n’était que douceur et joie de vivre. Sa vie de recluse avait préservé la pureté et la bonté de son âme. Comme son frère, elle adorait écouter les longs récits que je rapportais de l’extérieur, même si dans la majorité des cas ils parlaient de mort et de guerre. Je me souviens de ses grands yeux sombres emplis d’horreurs qui me fixaient dans la pénombre de la voute où nous nous retrouvions en secret chaque soir. Je me rappelle avoir si souvent transfiguré la réalité en quelque chose de plus beau, de plus acceptable pour son cœur si délicat, sous l’œil critique mêlé de reconnaissance de son frère. Tyan était notre fragile lumière et nous étions prêts à tout pour la préserver. Nous avons vécu ainsi, indéfectible trio, durant de nombreuses années.
Un nouveau silence. Je devine qu’il est en train de se faire violence pour parvenir à poursuivre ce récit, enfoui depuis si longtemps dans les replis de son cœur blessé. Je suis sans doute la première à entendre ces mots. Il passe une main sur son front en fermant son œil, les sourcils froncés de douleur.
— Nous avons grandi. Un homme étrange, qui chaque fin d'année nous rendait visite, les bras chargés de cadeaux, est venu un jour nous chercher, à l’aube de nos seize ans, ce qui coïncidait avec l'aboutissement de notre apprentissage. Nous avons quitté tous trois le monastère afin de vivre au sein d’une immense propriété, qui, semble-t-il, avait été léguée à Zon par son père. Anna nous a rejoints, ainsi que mes frères et sœurs adoptifs, puis de nombreux autres résistants, et le château est rapidement devenu le quartier général du mouvement de rébellion terrienne, les humanoïdes ayant pris possession de notre planète. Notre objectif n’avait pas changé et nous avons commencé notre apprentissage de pilote, participant à de multiples opérations de sauvetages civils et de sabotages du gouvernement. Nous avons décidé de profiter de nos compétences pour infiltrer les troupes ennemies en nous enrôlant dans l’armée terrienne, avec l’aide d’un jeune lieutenant qui avait rallié nos rangs. Il s’appelait Hans Winkler. Je n’ai compris que le jour où nous partions faire nos classes militaires combien ce qui unissait Zon et sa sœur dépassait toute fraternité. Je revois encore le désespoir sans borne dans les yeux de Tyan, la détresse dans le baiser passionné à son frère. L’étreinte sans fin et les larmes impuissantes de deux amants dévorés par un amour qui ne connait aucune frontière. Le déchirement de deux êtres magnifiques qui ne peuvent exister qu’ensemble. Tyan s’est effondrée à genoux, lorsque le pont s’est refermé sur ses yeux rougis qui me suppliaient : « protège-le, sans lui je ne suis plus rien… »
Il avale une nouvelle gorgée de vin et fait une pause en posant sur moi un oeil étrange qui me fait frissonner. Je me détourne et plonge mon regard dans le vide scintillant de l’espace qui s’étend à travers les hublots.
— Comment Tyan est-elle morte ?
À ces mots, il s’installe au creux du grand fauteuil de son bureau et dépose son verre, saisit sa tête entre ses mains. Un vacarme soudain dans le couloir me fait sursauter, escorté d’éclats de voix et du fracas caractéristique des lasers. Je dégaine prestement mon arme tandis qu’Herlock bondit déjà vers la porte, qu’il déverrouille d’un coup de poing rapide. Je reconnais le timbre grave de Syrus. Il semble qu’il tente d'interdire le passage d'une vingtaine d’individus déchaînés. Je me précipite dans le corridor à la suite du capitaine, qui tire dans l’épaule de l’homme le plus proche afin de stopper l'avancée des pirates.
— Que se passe-t-il ici ? Demande-t-il rudement, tandis que les hommes reculent d’un pas, sous les cris de douleur du blessé qui s’effondre à genoux.
— C’est une mutinerie, capitaine, répond calmement Syrus, sans cesser de pointer son arme en direction des pirates. Ces crétins ne sont pas d’accord sur le prochain itinéraire. J’attends votre autorisation de tirer, capitaine.
— Nous n’avons aucune envie d’aller nous frotter de nouveau à cette chose ! Vocifère celui qui semble être l’initiateur de cette rébellion.
— Adam, vous n’avez aucune idée de ce qui se prépare, gronde Syrus. Nous devons aller au-devant de cette menace avant qu’elle ne vienne à nous, il n’y a pas d’autre choix !
— Je me fous de savoir ce qui se passe dans la nébuleuse de Razokan ! J’ai aucune envie de risquer ma peau sans raison ! rétorque un second mutin en levant une arme menaçante dans notre direction.
— Vous êtes sous mon commandement ! Rugit Herlock. Si mes décisions ne vous conviennent pas, quittez ce bâtiment sur-le-champ !
— Non, capitaine. VOUS allez quitter l’Arcadia, car l’équipage ne veut plus de vous, grince Adam avec un sourire provocateur, tandis qu’un second groupe d'assaillants se masse de l’autre côté du couloir, nous interdisant toute retraite.
— Misérables traitres, vous n’êtes pas dignes de ce vaisseau, siffle Syrus en déverrouillant la sécurité de son cosmogun. Herlock pose une main sur son poignet, sans abandonner des yeux le dénommé Adam.
— Ils sont trop nombreux, Syrus. Baissez votre arme.
Le grand Viking s’exécute à regret sous le regard amusé des pirates, dont les ricanements de hyènes me hérissent. Un long frisson traverse ma colonne en apercevant les oeillades avides et perverses des hommes qui me dévisagent avec des sourires emplis de sous-entendus nauséabonds. Je sens une sueur glacée envahir mes tempes et mon front tandis que nos assaillants se rapprochent lentement.
— Pas un geste, capitaine, je risquerais de trouer le crâne de votre petite copine, mais ce serait dommage de ne pas en faire profiter les gars auparavant, tout de même, grince Adam, grisé par sa soudaine prise de pouvoir. Il s’approche de moi, pose une main sur ma gorge afin de me pousser contre le mur et je sens son souffle fétide tout contre ma joue. Herlock tente de réagir, mais Syrus arrête fermement son geste, tandis qu’une vague de colère annihile toute sagesse en moi.
— Dégage tes mains crasseuses de ma gorge, fumier !
Je lui assène un violent coup de genou à l’entre-jambes, ce qui l’oblige à se plier en deux et m’apprête à l’achever à coup de pied, lorsqu’un petit gros à demi ivre pointe le canon de son arme contre ma tempe et que les hommes avancent encore. Adam se redresse et m’inflige un coup de poing si brutal que je suis étourdie quelques secondes et manque de m’effondrer. Herlock pousse un cri de rage et se dégage de la poigne de Syrus au moment même où une volée de plombs vient décimer les mutins avec une rapidité foudroyante.
— On ne frappe jamais une femme ! Vocifère Ramis au bout du couloir sur ma droite.
— Aucune éducation. C’est ce que j’ai toujours dit ! Lui répond la voix de Zon sur la gauche, tandis que plusieurs corps décapités s’écroulent déjà sur son passage. Profitant du désarroi des pirates, je pointe aussitôt mon cosmogun et abats avec frénésie les hommes à ma portée avec l’aide de Syrus, qui s’avère être un atout redoutable. J’aperçois du coin de l’œil le capitaine qui s’est jeté sur Adam en une fraction de seconde et s’acharne avec une fureur qui ne lui est pas coutumière sur le malheureux, dont le visage n’est bientôt plus qu’une bouillie sanguinolente. La vélocité extraordinaire de Ramis nous permet de maitriser rapidement le groupe de mutins, qui se terrent en tremblant contre le mur, sous la menace de ses deux Watsups meurtriers, tandis que le reste de l’équipage, alerté par le bruit, nous a rejoints.
— Mettez-moi tous ces chiens aux fers ! Ordonne le capitaine, haletant de rage. Je frissonne en baissant les yeux sur le corps horriblement déchiqueté d’Adam, qui ressemble au cadavre d’un homme ayant lutté avec un fauve enragé et frotte machinalement ma joue douloureusement tuméfiée, avant de remarquer l’expression effarée de Ramis, qui paraît saisi d’effroi à la vue de Syrus. Il recule de plusieurs pas jusqu'à se plaquer contre le mur et je déchiffre dans ses yeux une lueur de panique mêlée d’incompréhension.
— C’est impossible, vous… vous êtes mort sous mes yeux ! Bon sang, mais que se passe-t-il ici ?
Le désarroi de Ramis ne semble surprendre ni Syrus, ni le capitaine, qui se contente de ramasser son arme sans un mot.
— Mais qui êtes-vous donc ? Insiste Zon en s’approchant du grand homme.
— Je ne pense pas avoir de comptes à vous rendre, Zon. Quant à mon présumé décès, dis-toi que tu m’as raté, Ramis. Dis-toi aussi qu’au moindre faux pas, moi je ne te raterai pas. Merci à tous deux pour votre très efficace intervention. Je pense qu’il fallait assainir cet équipage et c’est maintenant chose faite. Le grand homme roux tourne les talons sans attendre de réponses, abandonnant Ramis à sa confusion.
— Je ne l’ai pas raté, murmure-t-il d’un air atterré.
— Comment savoir ? La mémoire est une compagne capricieuse parfois, ironise Zon en posant une main amicale sur son épaule. Allez, viens partager un verre avec moi, cela t’éclaircira peut-être les idées.

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