QUELQUES EXPLICATIONS...
Avant que vous entamiez la lecture de mon roman je tiens à vous expliquer en quelques mots ma démarche.
S'il est devenu impossible aujourd'hui de faire partie de notre société qu'en acceptant de faire des dizaines, voir des centaines de concessions plus ou moins grave, afin de pouvoir « survivre »,
Il reste malgré tout un coin perdu au tréfond de mon esprit où se côtoient des valeurs totalement surannées de nos jours.
Il existe au fond de moi un vaste univers peuplé d'hommes et de femmes libres et incapables de sentiments étriqués par un conditionnement médiatique de masse, qui s'est appliqué à reléguer aux oubliettes les vrais aspirations et les vrais besoin de la nature humaine.
Quelque part dans mes rêveries et mes fantasmes existent encore les mots honneur, parole, vérité, liberté, amour, idéal, grandeur...
C'est-ce monde là, ainsi que les coups de gueules que m'inspire le vrai monde que j'ai décidé de mettre en ligne.
Le roman qui m'a été au départ inspiré par l'univers de Matsumoto n'est guère fidèle à celui-ci, je préfère être claire sur ce point.
Il s'agit d'une digression autour de son oeuvre.
J'ai voulu donner une dimension réaliste et plus adulte à l'univers d'Herlock, ce qui demande au lecteur accoutumé à ce monde une certaine ouverture d'esprit pour accepter que les codes habituels ne soient pas respectés.
J'ai tenté une approche aprofondie des sensations et des sentiments des personnages au travers du filtre de ma propre perception des choses
Je sais que le concept ne plaira pas forcément à tous les fans et je m'en excuse par avance.
Ne cherchez pas de chronologie ni de cohérence par rapport à l'oeuvre originale. J'ai voulu laisser divaguer ma plume au grés de mes envies sans me sentir bridée par l'oeuvre existante. Ce roman n'est pas une fan-fiction, je ne le considère pas comme tel.
Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à laisser votre avis, positif ou négatif...
Un petit plus! Voici une selection de morceaux de Virgin Black, un groupe qui m'a beaucoup inspiré lors de l'écriture de ce roman.
Ne marche qu'avec internet explorer pour l'instant. Cliquez / glissez sur les chiffres pour changer de piste.

Le roman intitulé "Le Kid de l'espace" n'est pas la suite directe de mon roman.
Il s'agit d'une histoire parallèle qui se situe quelques temps après la fin de mon 1er tome.
* Le style d'écriture est volontairement différent, car les évènements sont perçus d'un autre point de vue. Les dessins sont également inhabituels, mais collent mieux à l'ambiance de cette histoire à mon sens.

Je n’ai jamais vraiment eu l’occasion d’observer un humanoïde d’aussi près, sans être au beau milieu des rafales de lasers, et c’est sans doute pourquoi je ne peux m’empêcher de dévisager cet être à la peau grisâtre et aux veines si saillantes, qu’elles semblent sur le point d’exploser. Je peux même percevoir le lent battement du sang noir qui les anime, d’une palpitation douce et régulière.
Ses deux immenses yeux aux multiples pupilles sont dépourvus d’iris, et j’ai l’impression de croiser le regard glauque et dénué d'expression d'un insecte. Quelques mèches éparses de ce que l‘on pourrait qualifier de chevelure sont implantées sur toute la longueur de son dos, et son large front dénudé lui confère l‘aspect inquiétant d’un humain déformé par une quelconque maladie. Impossible de ne pas le trouver repoussant, même si le claquement de terreur de ses dents qui s’entrechoquent, ainsi que ses gémissements pathétiques, suscitent en moi une incontrôlable empathie…
— Merci pour le transmetteur, murmure-t-il, d’une voix métallique et caverneuse.
— Que s’est-il passé à bord ? demande Herlock, tandis que Villars enfonce une aiguille dans le bras de l’humanoïde qui sursaute, mais ne tente aucune rébellion.
— Je n’en sais rien, gémit la créature, en empoignant sa tête entre ses mains. Nous croisions près de la planète Kalike, lorsque nos radars ont repéré un signe d'activité. Nous sommes un détachement d’exploration : nous avons pour mission d’informer notre commandement de toute nouvelle trace de vie et de colonisation, humaine ou autre, sur les mondes non encore répertoriés. Le capitaine a donc donné l’ordre d’approche et…
Il déglutit bruyamment, et ses traits se déforment douloureusement.
— Nous n'avons jamais pu nous poser sur cette satanée planète, pourtant elle était bien sous nos yeux, même si nos radars et nos ordinateurs étaient incapables de la localiser… nous l'avons... traversée.
Il porte une main à son front en gémissant, mais Herlock reste imperturbable et l’oblige d’un ton ferme à se concentrer sur son récit.
— Traversée ? Comment est-ce possible ? Que s’est-il passé à bord de ce bâtiment ? Répondez-moi honnêtement ou je vous livre en pâture à mes hommes, qui n’attendent que ça.
— C’était atroce ! Je ne sais pas quoi vous dire… quelque chose s’est agrippé à la coque, une force phénoménale venue de nulle part. J’ai entendu les craquements de la tôle qui se déchire, des milliers de sons étranges ont envahi les couloirs…
Il semble incapable de poursuivre son récit, et je perçois l’exaspération grandissante d’Herlock, qui s'efforce de garder le contrôle malgré toute l'aversion que provoque en lui la présence de ce représentant de tout ce qu'il combat sans relâche depuis tant d'années.
— Et ensuite ? insiste-t-il, d’un ton sec.
— Nous avons tenté de nous dégager, mais c’était impossible…Nous avons été entrainés droit vers le coeur de cette chose et tout a basculé… ils sont devenus fous, ils ont commencé à changer, et à s’entretuer, et puis les ténèbres, les ténèbres ont submergé les corridors du vaisseau… Et j’entendais les craquements des os, les chairs qui se déchirent, les parois se sont mises à respirer, à se mouvoir dans un horrible gargouillement… par pitié ! Arrêtez les ténèbres ! Arrêtez-les ! Je ne veux pas ! Nooooooooon !!!
Il s’est relevé dans un spasme de terreur, les yeux révulsés. Un liquide jaunâtre suinte entre ses lèvres.
— Il fait une crise ! hurle Villars, en se jetant sur lui.
Terrassé par de violentes convulsions, l’humanoïde parvient malgré tout à me désigner un petit flacon, sur l’étagère derrière moi. De la Piradoxine. J’attrape le remède et m’agenouille en hâte près du docteur, qui tente désespérément d’immobiliser le pauvre être, qui se fracasse violemment l’arrière du crâne sur le sol, tant ses mouvements incontrôlés se font frénétiques.
— C’est ça qu’il lui faut, fais-je dans un souffle à Villars, qui me gratifie d'un regard stupéfait.
— Mais enfin, comment ?
— Faites ce que je vous dis, Villars !
Je pousse le médecin, afin de prendre sa place, en lui mettant le petit flacon dans la main, tandis que les spasmes du mourant redoublent encore de violence. Il jette un œil interrogateur au capitaine, qui vient me prêter main-forte.
— Faites ce qu’elle vous conseille, Villars.
— Faites vite ! Nous allons le perdre ! dis-je, dans un cri rageur.
Il s’exécute immédiatement et en quelques secondes, le produit est injecté dans les grosses veines bouillonnantes du prisonnier. Les spasmes s’espacent enfin et c’est avec un immense soulagement que je peux en définitive lâcher le pauvre humanoïde, écumant une salive teintée d’un sang noirâtre, inconscient.
— Je ne sais même pas si la dose est bonne, murmure Villars.
— Nous ne pouvions rien faire d’autre, dis-je, haletante.
— Il faut que vous le mainteniez en vie, Villars. Il est le seul à pouvoir nous éclairer sur ce qui se passe par ici, ajoute Herlock, en se redressant.
— Je ferai de mon mieux, capitaine, mais je ne connais pas grand-chose à leur biologie et morphologie, ni…
— Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour qu'il survive, insiste Herlock.
Syrus fait subitement irruption dans la pièce.
— Capitaine ! Il faut que vous veniez sur la passerelle immédiatement ! C’est incroyable ! vocifère-t-il, en se précipitant dans le couloir.
Herlock s’engouffre à sa suite, tandis que je reste quelques secondes indécise, terrifiée par la tournure que prennent les évènements. Des cris me parviennent de l’avant du bâtiment, m’ôtant le reste de vaillance qui surnageait encore. Mon pressentiment était justifié, tout s’accélère, me voilà plongée dans un tourbillon qui m’attire au plus profond de mes appréhensions.
Les hurlements redoublent, et je me lève d’un bond, m’élance vers la passerelle, mue par une terreur qui ne m’est guère coutumière et que je ne comprends pas. J’ai juste le temps d’atteindre la salle des commandes, pour apercevoir l’immense planète qui scintille d’une lueur indéfinissable et mouvante, à travers les gigantesques hublots de l’Arcadia. Nous fonçons droit dessus à une vitesse critique, nous allons la percuter de plein fouet !
— L’ordinateur central ne réagit pas, capitaine ! hurle Key, agrippée à son tableau de bord.
— Coupez les propulseurs et verrouillez tous les sas ! Déclenchez l'alarme ! Ayana, passez les quartiers en état d'alerte, sécurisez les systèmes de l'infirmerie et branchez-moi sur le capteur général !
Je m'exécute aussitôt, bondissant vers mon poste pour abaisser plusieurs manettes et enclencher le programme d'urgence, tandis que retentit déjà l'appel strident de l'alarme.
— À tout l'équipage, résonne la voix d'Herlock à travers la globalité des couloirs du bâtiment. Nous sommes en état d'alerte. Je répète, nous sommes en état d'alerte. Que chacun rejoigne son poste immédiatement et accrochez-vous... ça va secouer !
À ces mots, il attrape à deux mains la barre imposante, qu’il fait tourner avec toute la vitesse et la force imaginable, à plusieurs reprises.

Aussitôt, l’énorme bâtiment effectue un virage, dont la courbe trop vive fait craquer l’ensemble des tôles du fuselage, donnant l’impression d’être pris au piège de la carcasse mouvante d’un gigantesque animal qui s’éveille.
— Ayana ! Key ! Enclenchez les propulseurs et les réacteurs de secours, puissance maximale ! rugit-il.
La salle est soudain noyée par le vrombissement sourd des moteurs, qui tentent de résister à une attraction phénoménale, couvrant les cris de stupeur des hommes d’équipage. Ma tête bourdonne, et je suis éjectée de mon siège auquel je n'ai pas eu le temps de me ceinturer, par une violente secousse qui me catapulte contre un mur. Autour de moi, les hommes s’écrasent comme de gros insectes sur les parois du vaisseau, qui adopte une dangereuse inclinaison. Herlock est toujours agrippé à la barre, les phalanges blanchies par la pression, s'attachant de son mieux à conserver son équilibre.
— Modifiez l'inclinaison de quarante-huit degrés tribord ! vocifère-t-il.
Un horrible grincement me déchire les tympans, tandis que tous les voyants des panneaux de contrôle virent au rouge. Un tremblement croissant m’empêche de me relever et je serre les mâchoires, m'efforçant de ramper jusqu’à un poste de pilotage annexe et parviens à entrer les nouvelles données d'orientations, mais un puissant choc me repousse de nouveau et je glisse vers les hublots, maintenant à l’horizontale, aussi impuissante que tous mes compagnons. J’aperçois du coin de l'œil, Herlock, qui est projeté avec une violence inouïe contre les parois de métal de l'Arcadia, alors que notre trajectoire s’écarte lentement de la planète, auréolée d’un magma bouillonnant, qui ressemble à celui observé à bord du vaisseau humanoïde. Une masse grouillante et organique se mêle à une matière étrange, simultanément visqueuse et gazeuse…
Je passe mon bras sous une glissière de sécurité, verrouille ma main autour de mon poignet et ferme les yeux, terrassée par l’horreur sans nom qui tente de nous avaler, priant pour que l’ordinateur central soit en mesure de prendre le relai de cette manœuvre extrême. Je me recroqueville instinctivement dans une position fœtale, protégeant ma nuque et mon visage, tandis que les craquements du fuselage se confondent aux rugissements de l’équipage malmené. Un bruit de métal qui se déchire longe la coque du vaisseau, passant juste derrière mon dos, mes tympans vont éclater. Je sens la chaleur du sang s’écouler de mes oreilles, et de mon nez. Il me semble déceler, perdus au milieu du vacarme, des hurlements stridents et une entêtante psalmodie, mais je ne suis plus certaine de rien. Une douleur frénétique irradie mon cerveau, qui va faire exploser ma boite crânienne. Des images d’horreurs chaotiques dansent devant mes yeux, et je me recroqueville de plus belle, luttant contre la terreur et la folie, que je sens affleurer…
Puis l’effroyable cacophonie se dilue enfin, tandis que les vibrations s’atténuent et que le vaisseau rectifie lentement sa trajectoire, m’obligeant à étendre mes jambes pour ne pas rester suspendue dans le vide. Le capitaine se redresse tant bien que mal et titube jusqu’à la barre, afin de s’assurer de la stabilisation du bâtiment. Les hommes, hagards et secoués, se relèvent péniblement. Certains sont blessés, et presque tous ont subi d’abondantes hémorragies nasales.
— Nous avons réussi ! tonne soudain Syrus, en levant un poing vainqueur vers Herlock, qui le gratifie d’un signe de tête reconnaissant.
— Voilà une sacrée manoeuvre, digne d'un prestigieux pilote ! insiste le grand gaillard avec un rire bon enfant, aussitôt imité par d’autres, qui amorcent quelques saluts militaires en guise de respect. Le capitaine leur renvoie la politesse avec un sourire entendu et me jette un regard inquiet. Je lui indique de ne pas se soucier de mon cas et me décide enfin à lâcher la glissière de sécurité. Je balaie la salle du regard et réalise l’ampleur des dégâts. Je crois que je me rendrai plus tard à l’infirmerie, Villars va sans aucun doute être débordé.
Nous nous dirigeons vers la salle de contrôle et de nouveau ce maudit pressentiment qui m'assaille. Une voix surgit du tréfond de mon inconscient, qui m’informe que le compte à rebours a commencé, qu'il est trop tard maintenant pour faire marche arrière. Plus rien ne peut arrêter la menace impalpable qui glisse lentement vers nous, tel un reptile en chasse…
Un éclair de douleur en pénétrant dans la vaste salle, saturée d‘écrans de surveillances. Un souvenir brutal de ce que je crus être la fin. Ici, je me suis effondrée sous le feu de l’ennemi, et des flashs incohérents de ma pénible convalescence tourbillonnent dans ma mémoire. Le sang dans ma gorge et mes poumons, sensation d’asphyxie, lutte désespérée pour émerger du néant, et la souffrance, tellement de souffrance ! Je frotte instinctivement une main sur la vieille blessure qui lacère ma poitrine en grimaçant. Ici également, j’ai décidé de bouleverser le tournant des dernières années de ma vie, optant pour la fuite et l’abandon de tout ce qui avait une quelconque valeur à mes yeux. Ici, j’ai pensé sceller à jamais ma destinée.
— Il s’agit d’un vaisseau d’exploration humanoïde, capitaine, indique Key, en activant le moniteur de surveillance. J’observe l’imposant croiseur ennemi qui vient d’apparaître sur l'écran avec une appréhension croissante. D’énormes éraflures lacèrent la coque sur toute la longueur, m'évoquant les griffes démesurées d'un rapace stellaire qui s’y serait agrippé. Aucun point lumineux n'éclaire les façades endommagées de l'immense bâtiment, aucun signe de vie.
— Les scanners détectent une présence à bord, mais nous ne recevons aucun autre signal. J’ai tenté d’établir le contact, mais il semble que tous leurs systèmes soient hors service. Seul le réseau de secours secondaire fonctionne encore. La trajectoire est instable. C’est comme si… il n’y avait plus personne aux commandes, ajoute Key.
— Je me demande d’où ils viennent, leur bâtiment est sacrément amoché, murmure un homme, que je ne connais pas.
— Bien. Programmez une sonde, demandez à Alfred s'il peut parvenir à remettre en route les systèmes électroniques afin de rétablir l'équilibre atmosphérique interne et de déceler les éventuelles avaries et risques sanitaires. Qu'il se charge également de décrypter les codes de déverrouillages des sas.
La jeune femme pianote une suite de questions et nous retenons notre souffle, en attente de la réponse.
— Le niveau d'oxygène est en deçà du seuil de tolérance terrien, mais il pense pouvoir rétablir l'équilibre d'ici une quinzaine de minutes, capitaine. Cela devrait nous permettre d'accéder à la salle de contrôle. Aucun signe de contamination microbienne ou radioactive.
— C'est déjà ça. Que l’équipe d’exploration se prépare. Nous allons monter à bord. Je veux que vous soyez opérationnels dans quarante-cinq minutes, annonce Herlock. Mime recule d’un pas et se retourne vers lui.
— Capitaine, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
— Il reste peut-être des survivants, ils pourront nous éclairer sur ce qui se passe par ici. Ce qui est arrivé à ce croiseur ressemble fortement à ce que nous avons observé précédemment, je ne serais pas surpris que ça se rapproche des territoires habités...
— Ouais ! Et il y a sans doute un beau butin à la clef ! lance le jeune homme aux cheveux gras, croisé au cœur de la nuit précédente. Le capitaine ne semble guère se soucier de la remarque et fait volte-face.
— Syrus, faites en sorte que vos hommes soient prêts à débarquer. Je n’accepterai aucun tir aux flancs cette fois-ci.
— À vos ordres, capitaine ! lance un grand gaillard aux longs cheveux roux, avec un salut militaire. Je jette un regard interloqué à Herlock, qui m’adresse un sourire amer.
— La hiérarchie est un peu différente de ce que tu as connu autrefois à bord. Les hommes qui se sont joints à nous sont pour la plupart d'anciens pirates, menés par leur propre capitaine. J’ai choisi de garder le schéma de ces fratries, tant que leurs chefs me prêtent allégeance.
— L’Arcadia est donc découpé en plusieurs factions distinctes, qui se battent sous la même bannière, ajoute Mime, avec une pointe de mélancolie dans la voix.
Ainsi donc, la belle unité fraternelle de l’Arcadia a, elle aussi, volé en éclat… Ce qui fédère ces hommes n’a plus rien à voir avec les principes et l’idéalisme qui ont forgé la puissance de l’équipage d‘autrefois. Je commence à comprendre pourquoi Ramis a choisi de voguer vers de nouvelles aspirations…
— Je veux être des vôtres ! retentit soudain une voix claire derrière moi. Stelly nous toise avec une détermination et une insolence qui, en d’autres circonstances auraient pu sembler attendrissantes. Je remarque que ses hanches sont flanquées de deux lourdes armes aux canons étincelants de menace, et d'une rangée de munitions. Elle est loin d’être aussi fragile et innocente que ce que je pensais, elle parait même s’ingénier à jouer le rôle d’insupportable peste, qui lui sied comme un gant, je dois bien le reconnaître.

— Pas question, grogne Herlock.
— Et pourquoi ça ? Je ne suis plus une gamine, je fais partie de cet équipage, au même titre que ces… hommes, rage-t-elle, en balayant la pièce d’une main agacée. Je veux avoir ma part
du butin !
Je serre les dents, m’efforçant de ne pas réagir à ses mots qui ne provoquent en moi qu’une profonde indignation, mêlée de colère. Herlock, en revanche, lui jette un regard noir, et sa voix adopte l’intonation glacée et contenue que je connais si bien.
— Lorsque tes aspirations seront autres que l’esprit d’aventure et la cupidité, alors peut-être que je t’autoriserai à m’accompagner.
— Ah oui ? Et eux ! Tu crois qu’ils te suivent pour quoi, hein ? Par loyauté envers l’univers ? Pour nous sauver tous d’une menace dont personne ne sait rien ? Menace qui n’a sans doute jamais existé que dans ton esprit ! crache-t-elle, avec un mépris qui me donne la chair de poule. Il fait un pas en avant et je discerne une furtive lueur de désarroi dans les yeux de la jeune femme. Mais elle se redresse de toute sa hauteur et soutient le regard obscurci du capitaine, tandis que des œillades indiscrètes et pesantes survolent la scène en silence.
— Retourne dans tes quartiers et restes-y, grince Herlock, d’une voix menaçante.
— Je te hais, persiffle-t-elle, avant de tourner les talons et de quitter la salle avec fureur.
Mon regard croise celui de Key et Mime, qui semblent aussi démunies que moi. Herlock, quant à lui, a déjà endossé sa carapace de chef de meute implacable, qui nous impose un mutisme et un respect naturel.
— Tous à vos postes ! Nous allons accoster ! clame-t-il à l’équipage, qui s’exécute aussitôt.![]()
Un gigantesque mausolée, dédié à l’horreur la plus primaire et à l’oubli de toute humanité.
La lumière blanche que crachent les néons accentue le contraste cru des taches pourpres, horriblement éparpillées sur la presque totalité des murs immaculés. Une vague de panique et d’incompréhension traverse l’assistance, ainsi que les cliquetis des armes que l’on déverrouille fébrilement, et dont la résonance métallique semble soudain si rassurante. J’imite mes compagnons, tandis qu’une sourde terreur grimpe le long de mes jambes et de ma colonne.
Tout en moi se révolte et me crie de fuir, d'interposer des milliards de kilomètres entre moi et cette nouvelle menace sans nom, de décamper aussi loin que mes forces puissent me mener et de ne surtout jamais me retourner…
Quelque chose d’inexorable se met en place sans que je ne puisse plus rien arrêter… Je respire profondément, tentant de retrouver un semblant de rationalité, et c’est finalement avec une sorte d’acceptation résignée que j’emboîte le pas prudent des hommes. Le silence oppressant semble s’épaissir à mesure que nous avançons plus avant dans le bâtiment, si bien que je suis capable de percevoir autour de moi le son désagréable des respirations saccadées par l’angoisse. Les murs sont maintenant pratiquement en totalité recouverts d’un sang noir et poisseux, et leur surface irrégulière adopte des formes tourmentées, presque organiques…
— Nom de Dieu ! Mais qu’est-ce que c’est que ce foutu bordel ! s’exclame Syrus, en balayant du regard la salle principale, que nous venons d’atteindre.
— Bon sang ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ? lance un autre homme, derrière moi.
Je suis pétrifiée. Incapable de la moindre réaction, ni d'un quelconque raisonnement cohérent. Le cerveau humain n’est pas fait pour assimiler ni comprendre ce genre de situation…
Les murs qui entourent le poste de contrôle m'évoquent une immense scène arrachée des enfers, figée en pleine expansion…

Des concrétions de chairs se mêlent à ce qui ressemble à des entrailles et des corps atrocement déformés paraissent avoir fusionné avec les parois du vaisseau. Il est impossible de trouver un sens logique à l’amas organique pourrissant, dont l’odeur insoutenable m’oblige à reculer pour ne pas m’évanouir. Il me semble que quelque chose a ouvert des yeux révulsés au milieu de ce magma informe… Oui, un regard horrifié m’implore de mettre un terme cette abomination. Sa bouche déformée et sanglante hurle quelque chose, mais aucun son ne me parvient.
— Mon Dieu, capitaine, cette chose est… vivante… dis-je dans un souffle, sans pouvoir détacher mon regard de l’atrocité inconcevable, qui pourtant palpite tout autour de nous.
La voix de Syrus me fait sursauter.
— J’ai un signal ! Par là, capitaine ! crie-t-il, en désignant le corridor sur notre droite.
— Allons-y. Trois hommes en arrière, minez ce vaisseau, annonce Herlock.
Nous suivons en hâte le grand gaillard roux jusqu’à ce qui ressemble à une infirmerie. Le signal du traceur se fait de plus en plus virulent, nous menant devant la porte close d’une armoire de métal. Herlock s’en approche prudemment, indiquant à l'équipage de rester à l’écart. Un bruit sourd à l’intérieur me glace le sang. Mon cœur s’accélère tandis qu’il avance sa main vers la poignée. Il l’ouvre vivement, alors que les hommes pointent leurs armes en direction du danger inconnu. Nous découvrons un humanoïde qui se tortille pathétiquement, en essayant de s’enfoncer plus encore dans le coin de l’armoire, les mains entourant son visage pour se protéger.
— Ah ! Une saleté d’humanoïde ! Tuons-le ! hurle un gros individu crasseux, aussitôt repris en cœur par ses acolytes, bouffis de haine.
— Non ! Je vous interdis de le toucher ! vocifère Herlock, en s’accroupissant à hauteur de la créature, qui semble saisie de spasmes, tant elle est terrifiée.
— Mais enfin, capitaine... insiste l’homme
Je m’interpose fermement et sens immédiatement toute l’animosité que ma présence inspire à ces pirates sans principes. Un bref silence, salutairement interrompu par l’éclat de voix d’un tout jeune homme aux traits asiatiques.
— Regardez les gars ! Toute la came dont on puisse rêver, il n’y a qu’à se servir !
Les étagères éclaboussées de sang devant moi sont en effet chargées de toutes les médecines imaginables, humanoïdes ou non. Une véritable aubaine pour des utilisateurs, ou des trafiquants. Le groupe se jette sans modération sur cette manne sans prix, tandis que je m’accroupis près d’Herlock, afin de l’aider à déloger le survivant, qui pousse un hurlement silencieux et agite les bras en tout sens, comme s’il tentait de dire quelque chose. Il se calme enfin et parvient à me faire un signe vers sa gorge.
— Oh mon Dieu, ne me dites pas que cette histoire est vraie… fais-je, dans un souffle
— De quoi parles-tu ? murmure nerveusement Herlock.
— les transmetteurs qui leur permettent de communiquer avec les autres races… cette légende qui affirme qu’ils ne s'expriment que par ultrasons… À ces mots, l’humanoïde m’accorde un signe de tête reconnaissant.
— Très bien. Nous l’emmenons, annonce le capitaine, avant de se retourner vers ses hommes, qui s’affairent fébrilement à remplir leurs poches de drogues diverses, jouant des coudes et grognant comme des chiens affamés convoitant un os.
— Nous nous replions ! Brûlez cette infamie et faites-moi sauter ce bâtiment !
À ces mots, une clameur de plaisir rageur s’élève, et quelques pyromanes hystériques se font une joie de suivre les ordres d’Herlock, tandis que celui-ci pousse sans ménagement notre prisonnier vers son nouveau cauchemar.
Encore un cadeau, décidemment, je suis gâtée en ce moment !
Un internaute, inspiré par mon roman qui lui a beaucoup plu m'a envoyé ceci.
Voici un Morceau original, composé exprès pour accompagner mon roman par "Ultrabright". (voici son Myspace: www.myspace.com/ultrabrite
Un grand merci à Johnny "favourite" ! : )
Vous reconnaitrez la mélodie, bien entendue, réadaptée de manière plus sombre afin de coller à l'ambiance de mes textes. Pour l'écouter, cliquez sur la petite flèche verte ci dessous.
C'est magique de pouvoir connaître la vision de cet artiste de grand talent sur ce personnage qui bien entendu m'est très cher.
Un énorme merci à Koulou qui a pris sur son temps pour faire ce superbe dessin, aux couleurs magnifiques.
Je ne sais pas comment mettre un lien direct alors je vous laisse l'adresse de son site: http://lemondedekoulou.over-blog.com/
Bonjour,
Je sais que certains d'entre vous attendent avec impatience chaque chapitre que je mets en ligne et je ne vous remercierais jamais assez de l'intérêt que vous portez à mes textes.
C'est un plaisir réellement particulier et fort que de savoir que je partage ces mots avec vous et surtout qu'ils vous touchent, d'une manière ou d'une autre.
Je vais néanmoins être contrainte de cesser les mises en lignes quelque temps, car je suis submergée de travail. ( pour les curieux qui voudraient savoir en quoi il consiste, je vous laisse une adresse : http://www.linka.over-blog.com )
De plus, je me suis cassé un doigt de pied, c'est idiot, c'est tout petit un doigt de pied, mais dieu sait que c'est douloureux. Je suis donc obligée de me déplacer avec des béquilles et cela ne me facilite guère la tâche.
Je ne sais pas quand je reprendrais la mise en ligne. J'espère d'ici 2 semaines, au pire ce sera en septembre.
Je m'en excuse par avance. J'essaierai de passer de temps en temps sur le blog tout de même pour répondre aux commentaires.
Je vous dis à bientôt, en espérant que ce petit retard ne vous fera pas perdre l'envie de suivre mes histoires.
Et pour vous faire patienter, voici la danse de l'été. Le but du jeu est d'apprendre les pas et de se faire un petit spectacle lors de la prochaine convention : )

Comment ça non ?






