QUELQUES EXPLICATIONS...
Avant que vous entamiez la lecture de mon roman je tiens à vous expliquer en quelques mots ma démarche.
S'il est devenu impossible aujourd'hui de faire partie de notre société qu'en acceptant de faire des dizaines, voir des centaines de concessions plus ou moins grave, afin de pouvoir « survivre »,
Il reste malgré tout un coin perdu au tréfond de mon esprit où se côtoient des valeurs totalement surannées de nos jours.
Il existe au fond de moi un vaste univers peuplé d'hommes et de femmes libres et incapables de sentiments étriqués par un conditionnement médiatique de masse, qui s'est appliqué à reléguer aux oubliettes les vrais aspirations et les vrais besoin de la nature humaine.
Quelque part dans mes rêveries et mes fantasmes existent encore les mots honneur, parole, vérité, liberté, amour, idéal, grandeur...
C'est-ce monde là, ainsi que les coups de gueules que m'inspire le vrai monde que j'ai décidé de mettre en ligne.
Le roman qui m'a été au départ inspiré par l'univers de Matsumoto n'est guère fidèle à celui-ci, je préfère être claire sur ce point.
Il s'agit d'une digression autour de son oeuvre.
J'ai voulu donner une dimension réaliste et plus adulte à l'univers d'Herlock, ce qui demande au lecteur accoutumé à ce monde une certaine ouverture d'esprit pour accepter que les codes habituels ne soient pas respectés.
J'ai tenté une approche aprofondie des sensations et des sentiments des personnages au travers du filtre de ma propre perception des choses
Je sais que le concept ne plaira pas forcément à tous les fans et je m'en excuse par avance.
Ne cherchez pas de chronologie ni de cohérence par rapport à l'oeuvre originale. J'ai voulu laisser divaguer ma plume au grés de mes envies sans me sentir bridée par l'oeuvre existante. Ce roman n'est pas une fan-fiction, je ne le considère pas comme tel.
Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à laisser votre avis, positif ou négatif...
Un petit plus! Voici une selection de morceaux de Virgin Black, un groupe qui m'a beaucoup inspiré lors de l'écriture de ce roman.
Ne marche qu'avec internet explorer pour l'instant. Cliquez / glissez sur les chiffres pour changer de piste.

Le roman intitulé "Le Kid de l'espace" n'est pas la suite directe de mon roman.
Il s'agit d'une histoire parallèle qui se situe quelques temps après la fin de mon 1er tome.
* Le style d'écriture est volontairement différent, car les évènements sont perçus d'un autre point de vue. Les dessins sont également inhabituels, mais collent mieux à l'ambiance de cette histoire à mon sens.

J’aperçois enfin avec un pincement au cœur notre petite planète bleue, qui ressemble à cette distance à ce qu’elle était autrefois, lorsque l’atmosphère n’était pas encore saturée de radiations et que des milliers d’espèces prospéraient à travers des continents alors indépendants les uns des autres. Aujourd’hui, le nombre des terriens est tellement restreint qu’il ne subsiste qu’une seule caste dirigeante, qui déploie sa sournoise tyrannie sur le globe dans son intégralité. Caste qui fut d’ailleurs à l’origine de la parfaite perdition de notre monde, quand ils parvinrent après des siècles d’infiltration de leurs membres au sein des postes clefs gouvernementaux, à faire accéder au pouvoir leurs élites. Ils saisirent leur chance lorsque le réchauffement climatique de la planète entraina de tels bouleversements démographiques que les famines et les exodes s'accélérèrent, déclenchant des guerres civiles et des catastrophes sanitaires un peu partout. Ils édifièrent ce qu’ils appelèrent « le nouvel ordre », et installèrent Stalker à la tête du pouvoir, détruisant des décennies de démocraties pour exercer un total contrôle sur les peuples sous prétexte d'unification. L'invasion humanoïde ne fit que précipiter une fin annoncée du monde tel qu'il existait alors. Les quartiers généraux de la défense mondiale sont le centre névralgique de ce tout puissant gouvernement, car de leur surveillance dépend maintenant la pérennisation de l’ignoble supercherie menée de main de maître depuis la fin de l'occupation humanoïde, il y a aujourd'hui presque treize ans… J’imagine qu’il ne doit pas être aisé de saborder leurs installations et me demande si nous ne courons pas à notre perte.

Les moteurs du grand vaisseau ont été coupés, nous plongeant dans un silence inhabituel, seulement parasité par la ventilation discrète des ordinateurs. Herlock s’est posté à la barre, l’œil rivé sur l’écran de communication ainsi que la majorité de l’équipage qui s’est réuni sur le pont. Je me demande pourquoi Syrus ne nous a pas rejoints en un tel moment… Le visage renfrogné de Ramis apparaît enfin sur le moniteur tandis que chacun retient son souffle. Il est concentré et semble avoir laissé de côté son ironie et ses sarcasmes déplacés.
— Dans exactement cinq minutes et quarante-deux secondes, vous pourrez amorcer la descente. Les capteurs atmosphériques ainsi que les radars seront coupés pendant vingt minutes. Nous ne pouvons pas faire mieux sans que cela se remarque. Je sais que c’est juste, mais…
— Ce sera suffisant, assure Herlock d’un ton ferme.
— Bien, j’espère que vous avez raison, capitaine. J’ai envoyé un plan détaillé de trajectoire à Alfred, qui vous mènera jusqu’aux sous-sols de la tour de l’Est. L’Arcadia y sera à l’abri le temps que les réparations soient effectuées. Il existe un passage donnant directement accès aux appartements des deux derniers étages qui sont la propriété de monsieur Zon. Il les met à votre disposition.
Une lueur incrédule traverse le regard d’Herlock et je remarque ses mains qui se contractent sur la barre.
— Il n’y a aucun piège, capitaine, ajoute Ramis qui semble également s'en être aperçu.
— Pourquoi donc tant de soudaine mansuétude à notre égard ?
— Allez savoir, peut-être espère-t-il rendre le monde meilleur…
La mélancolie qui surnage dans le regard de Ramis me rappelle presque le jeune homme qu’il était autrefois et comme s’il devinait mes sentiments, il pose les yeux sur moi avec un sourire doux, virtuellement bienveillant.
— Bienvenue sur Terre, Ayana. Bienvenue à tous et bonne chance pour votre descente, murmure-t-il dans un souffle avant de couper la communication.
— Je veux voir tout le monde à son poste immédiatement ! Préparez-vous à la descente ! Clame Herlock en déverrouillant la barre d‘un mouvement précis et énergique.
— Key, mettez les moteurs principaux en marche, puissance maximum ! Inclinaison 48 degrés. Commandant, à mon signal : mise à feu des réacteurs annexes et fermeture de tous les sas. Envoyez le plan de trajectoire de Ramis, passez-moi en manuel et programmez la procédure de sécurité.
Les secondes semblent être des heures d’attente, durant lesquelles chacun est absorbé par la lecture attentive du compte à rebours qui défile sur l’écran de contrôle. Jamais une suite de chiffres ne m’a paru aussi menaçante. Je retiens mon souffle comme le reste de l’équipage, tandis que le zéro me nargue soudain de toute sa hauteur démesurée.
— En avant ! Accrochez-vous, ça va secouer ! Vocifère le capitaine en tournant la barre afin d’obtenir l’inclinaison idéale que lui indique Alfred pour pénétrer dans l’atmosphère. Aussitôt, les énormes réacteurs crachent une puissance extraordinaire, nous plaquant contre les sièges et faisant dangereusement craquer l’ossature de métal déjà fort endommagée. La proue descend brusquement de plusieurs degrés, me donnant l’impression d’être entraînée dans une chute d’une dizaine de mètres. Je serre les dents, le cœur au bord des lèvres, m’efforçant de ne pas quitter Herlock des yeux, en attente de son signal. Il empoigne fermement la barre afin de garder son équilibre et fixe le tableau de bord sans se soucier des tremblements violents qui ébranlent la coque.
— Maintenant ! Hurle-t-il en pointant un doigt dans ma direction.
J’abaisse la manette de mise à feu et une nouvelle accélération vient de nouveau m’écraser violemment contre le siège. Il me semble qu’un poids phénoménal s’étale sur mon visage et mon torse, m‘empêchant de respirer. J’aperçois d’immenses flammes rouges qui lèchent les vastes hublots, signe que nous venons de pénétrer dans l’atmosphère terrestre à une vitesse beaucoup trop élevée. La coque se met à vibrer de plus belle et le gémissement des turbines poussées à l’extrême me transperce les tympans, mais je m’efforce de garder les yeux ouverts sur notre destination qui se rapproche chaque seconde. Je ne tarde pas d’ailleurs à distinguer les cimes de grandes falaises grises noyées de poussière.
— Coupez les moteurs annexes, commandant, et passez en mode furtif. Key, inversez la puissance des réacteurs principaux, ordonne le capitaine.
L’arrêt soudain de nos propulseurs nous projette vers l’avant, mais ne ralentit pas suffisamment le bâtiment qui vient frôler dangereusement la crête de la montagne aux arêtes menaçantes. Herlock dévie habilement le cap à l’aide de la barre tandis que nous retenons notre souffle, sa délicate manoeuvre nous permet de poursuivre notre trajectoire qui se stabilise enfin. L’inclinaison du vaisseau se normalise et Herlock enclenche le pilotage automatique afin de descendre les marches et de s’approcher des hublots.
— Nous allons maintenant savoir à quoi nous en tenir, Ramis, souffle-t-il entre ses dents.
Au même instant, une énorme trappe de métal couverte de sable s’entrouvre lentement sous nos pieds et nous invite à nous engouffrer dans les entrailles de la Terre.![]()
C'est avec soulagement que je constate qu'aucun comité d’accueil ne nous attend aux portes de l’Arcadia. Herlock a refusé à ses hommes l’accès des appartements de Zon, persuadé qu’un guet-apens n’est pas à exclure. Pour ma part, je ne sais que penser. J’ai du mal à comprendre l’attitude de monsieur Zon et sa générosité me semble pour le moins suspecte. Les différentes factions qui peuplent aujourd’hui l’Arcadia ne paraissent pas disposées à accepter les interdictions aussi facilement, mais pour l’heure, une bonne partie des pirates est affairée au recensement minutieux des diverses avaries et détériorations qui sillonnent la coque et les circuits électroniques. Je recule afin de mieux jauger de l’ampleur des dégâts et suis tétanisée par la phénoménale trace de griffe, qui semble avoir traversé l'alliage sécurisé aussi aisément que du beurre. Les trois éraflures béantes témoignent de la puissance démesurée de cette menace qui se rapproche inexorablement, s’étalant sur toute la longueur du vaisseau dans un dessin implacable. Les abords des plaies ne sont plus qu’un amas informe de tôle en fusion qui s’est brusquement refroidi, abandonnant de longues traînées bouillonnantes sur les flancs endommagés de l’appareil.
— Bon sang, il y en a pour des jours de boulot… murmure Syrus dans mon dos, en découvrant l’étendue des dégâts. Je me retourne vers lui et une fois encore son visage d’une autre époque me déstabilise. Pour la première fois, son expression paisible se teinte d’une gravité effrayante.
— Je n’ai jamais rien croisé de tel… et j’ai pourtant vu tant de choses, murmure-t-il. La voix colérique de Stelly qui résonne à l’extrémité de l’entrepôt me fait sursauter.
— Quoi ? Mais il est hors de question que je végète dans ces sous-sols moisis pendant des semaines alors que là-haut nous attend tout le confort que l’on peut souhaiter ! Herlock agrippe son bras et l’oblige à se diriger vers le pont de l'Arcadia.
— Lâche-moi ! Rugit-elle.
Je décide d’intervenir lorsqu’ils arrivent à ma hauteur, mais une fureur glacée transfigure les traits du capitaine, qui ne semble plus vouloir écouter qui que ce soit. Il resserre douloureusement son étreinte sur le bras de la jeune fille sans desserrer les dents tandis qu’elle se débat en vain. Je m’engouffre sur le pont à leur suite, talonnée par Syrus. Herlock fait volte-face.
— Dites-lui de me lâcher ! Il me fait mal ! Gémit Stelly en se tortillant sous la poigne implacable d'Herlock. Il la libère enfin avec un mouvement de lassitude et je décèle une souffrance éperdue au fond de son âme, devant toute l’étendue de son impuissance.
— Regardez ce qu’il m’a fait ! Insiste Stelly en indiquant son biceps rougi par la pression des doigts.
— Assez, Stelly ! Bon sang, mais que cherches-tu à la fin ? Tu crois que c’est pour te contrarier que l’on t’interdit l’accès des appartements de Zon ? Dis-je. Elle esquisse un sourire grimaçant empreint de dégoût.
— Non, bien sûr, c’est pour me protéger… vous devriez peut-être m’enchaîner nuit et jour pour être sûrs que je ne risque rien. Il existe là-haut tout le luxe et le confort imaginable, tout ça nous est offert sur un plateau, et je devrais moisir des semaines durant dans cet infâme entrepôt parce que vous êtes tous paranoïaques ? J’en ai assez de subir les névroses de tout le monde ici ! Crache-t-elle avec rancoeur. Quelque chose me frappe soudain de plein fouet.
— Comment sais-tu à quoi ressemblent ces appartements ? Un bref silence d’hésitation au cours duquel son expression perd un peu de son assurance.
— Je l’imagine, c’est tout. Peut-être que je me trompe, mais ça m’étonnerait. D’après ce que j’ai pu apprendre, monsieur Zon est quelqu’un de raffiné, non ? Cette fois, j’en suis certaine, elle ne nous dit pas tout.
— Capitaine, je pourrais accompagner Stelly, si vous le désirez, suggère Syrus. Elle lui jette un regard méprisant dont il ne se soucie guère.
— Et bien, voilà, ton chien de garde me propose ses services. Comme ça, tout le monde est content, n'est-ce pas ?
Herlock la dévisage en silence et tout en lui s’est de nouveau refermé. Impossible de discerner la moindre émotion dans ses traits impassibles et sévères. Il se tourne enfin vers Syrus et lui indique son consentement d’un signe de tête. La jeune femme se redresse avec un air hautain, convaincue d’avoir gagné une bataille et un sourire triomphant vient éclairer son visage.
— Je vais chercher quelques affaires, je vous rejoins sur le pont dans cinq minutes Syrus, dit-elle avant de s’éclipser.
— Prenez une dizaine d’hommes et fouillez chaque recoin de ces appartements. Ne la laissez seule à aucun moment.
— Bien, capitaine. Vous n’avez aucun souci à vous faire.
— Je le sais, Syrus, répond Herlock avec un sourire discret et entendu au grand gaillard roux qui entreprend déjà de réunir ses compagnons. Je le regarde songeusement s’éloigner, presque envieuse de l’étrange complicité qui semble unir les deux amis.
— Je ne t’ai jamais vu accorder ainsi ta confiance à quelqu’un d’autre qu’Alfred, dis-je dans un murmure distrait, tandis qu’il enveloppe mes épaules d’un bras affectueux.
— Syrus a traversé tant de choses que nous ne connaîtrons jamais… Mais son âme est pure et son sens de l’honneur sans égal.
L’image du sourire confiant et paisible affiché par le colosse roux s’impose de nouveau à moi et achève de me convaincre qu’un lourd secret entoure cet étrange personnage. Mon instinct me souffle également qu’il serait prêt à donner sa vie pour protéger celle d’Herlock, mais quelle peut bien être la raison de cette respectueuse dévotion ?

Je vous laisse profiter de la présentation de ces deux films, accompagnée par cette superbe musique qui les illustre parfaitement.
Promis, c'est un petit retard exceptionnel.
Prochaine mise en ligne vendredi prochain comme d'habitude. :)
— C’est absolument hors de question, docteur Villars ! Gronde le capitaine.
Le médecin a décidé de ne pas lâcher prise et revient à la charge avec une assurance mêlée de colère qui me surprend. Je remarque du coin de l’œil l’étrange Syrus qui observe la scène en silence, adossé contre le mur, ses bras puissants croisés contre sa poitrine. Son expression attentive et calme me laisse perplexe. Cet homme à la carrure et à la stature impressionnante semble toujours empreint d’une douceur et d’un calme serein.

Son visage volontaire encadré de boucles rousses dégage quelque chose de rassurant et sa présence quasi permanente dans l’ombre d’Herlock m’intrigue, mais je suis arrachée à mes considérations par le ton brutal de Villars.
— Capitaine, Ramis est le seul qui puisse avoir accès aux systèmes de surveillance spatiale de la Terre. Sa carte de l’union lui permet de rentrer presque partout où il le désire. De plus, nos derniers alliés se sont fait exécuter il y a de cela plusieurs années. Comment diable voulez-vous que nous traversions les défenses terrestres sans sa collaboration ?
— Je ne demanderai pas l’aide d’un traître qui s’est vendu à l’union terrestre, insiste Herlock
— Bon sang, capitaine ! Vos rancoeurs personnelles risquent de coûter la vie de tout votre équipage, est-ce que vous en êtes conscient ?
Herlock blêmit et ses mâchoires se crispent tandis qu’il foudroie le docteur d’un regard noir.
— Il ne s’agit pas ici de rancœur personnelle, monsieur Villars. Vous me demandez de mettre la vie de mon équipage entre les mains d’un traître.
— Et bien soit, capitaine. Vous ne lui faites pas confiance, c'est votre droit, mais avons-nous vraiment le choix ? Herlock s’apprête à répondre, mais Syrus exécute un pas en avant et prend la parole.
— Je pense qu’il est dans le vrai, capitaine. Nous ne sommes pas en mesure de refuser l’aide de Ramis. Les défenses terrestres sont beaucoup trop puissantes pour pouvoir tenter une traversée en force. Il serait en effet salutaire que quelqu’un puisse brouiller les radars de surveillance durant quelques heures, qui que soit-ce... quelqu’un. S'il réside sur Terre, cela signifie qu'il existe certainement des relations ou des accords particuliers entre le gouvernement du Nouvel Ordre et la guilde des commerçants.
Le capitaine observe le grand homme roux, stupéfait. Un long silence tendu s’insinue entre les trois individus qui tentent de se comprendre.
— Admettons que vous ayez raison tous les deux : pour quels motifs à votre avis Ramis accepterait-il de nous aider ? Une lueur d'espoir illumine le regard de Villars qui fait un pas en avant.
— Il ne pourra jamais me refuser ce petit service. Je me charge de le convaincre. D'autant que la menace est à nos portes et je pense que personne ne peut décemment ignorer ce qui se passe dans la nébuleuse de Razokan. Nous n’arriverons à rien si nous ne faisons pas solidairement front à cette… chose qui se rapproche des univers habités.
— Très bien. Vous avez mon aval pour contacter Ramis. Mais je tiens à entendre ses réponses, nous assène finalement Herlock à contrecœur. Villars lui décoche un sourire reconnaissant avant de s’éclipser, tandis que je me demande qui est vraiment Syrus pour parvenir à rallier le capitaine à son avis si aisément. Il me semble qu’une aura de mystère s’épaissit autour de l'imposant Viking qui, à l’évidence, dispose de l’absolue confiance d'Herlock.
— Si Ramis tente de nous trahir, abattez-le, murmure-t-il froidement à l'attention de son premier lieutenant.
— À vos ordres, capitaine.
Les deux hommes échangent un regard lourd de secrets et de connivence, puis le grand Viking quitte la pièce. Herlock se retourne vers moi et je suis incapable de prononcer le moindre mot, abasourdie par ce que je viens d’entendre. Il fronce les sourcils et se dirige vers la porte.
— Comment peux-tu ordonner une telle chose ? Qu’a bien pu faire Ramis pour que tu parles ainsi de sa mise à mort sans aucune hésitation ? Dis-je.
— Il a tiré à bout portant et sans justification sur l’un de mes meilleurs hommes, entre autres choses. Je pense que cela justifie certaines décisions. Il n’attend aucune réponse et s’apprête à quitter les lieux, mais j’agrippe son avant-bras et le contrains à me faire face. Contre toute attente, il reprend aussitôt la parole, comme s’il se défaisait d’un trop pesant fardeau.
— J’ai sans doute fait souffrir Ramis, tout comme Stelly. Chacun a imaginé trouver en moi leur père défunt. Mais je ne suis pas un père. Je ne le serai certainement jamais. J’ai tenté de les protéger au mieux, mais je n’ai pas su leur offrir ce qu’ils escomptaient de moi. Je suis coupable de leur perdition, c’est incontestable. Cependant, je suis le capitaine de ce bâtiment et je ne peux accepter de laisser Ramis mettre en danger la vie des presque deux cents hommes qui vivent ici sous mon commandement et par conséquent ma responsabilité.
Je me rends soudain compte du poids phénoménal qui pèse sur ses épaules depuis tant d’années. Je comprends alors les raisons de son énigmatique silence, de son cœur clos sous une muraille si souvent infranchissable, de son âme écorchée s’interdisant la moindre défaillance. Jamais il n’a pu lâcher prise comme je l’ai fait pendant huit longues années. Jamais il n’a été en mesure d'agir dans son unique intérêt, sacrifiant son existence au service de toutes ces âmes qui s’en remettent à ce qu‘il est, qui se reposent sur son ineffable résilience et son courage. Toutes ces vies entre ses mains, quelle titanesque responsabilité… et l’amour égaré de ces enfants malmenés par la guerre pour lesquels il demeure le dernier point de repère dans cet univers chaotique. Derrière sa façade glaciale se débat une âme dont l’empathie démesurée conditionne toute la destinée. Je sens déferler en moi une émotion indicible et une nouvelle vague de culpabilité me terrasse, lorsque je réalise combien ma fuite éperdue l'a sans doute blessé, malgré son apparente indéfectible force.
— Tu n’es pas responsable de ce qu’est devenu Ramis. La guerre et la fatalité le sont. Tu ne peux rien contre le temps qui fait de Stelly une adolescente meurtrie. Tu ne peux rien contre la destinée de chacun d’entre nous, tu n’es pas Dieu, fais-je dans un murmure.
Il esquisse un sourire triste et reconnaissant, mais je décèle une étrange incrédulité au fond de son regard.
— Allons voir ce que Ramis va nous répondre, dit-il.
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Lorsque nous arrivons sur le pont, les codes de l’immense écran de communication instantané sont déjà verrouillés sur le flux interspatial du jeune Ramis.
— Nous l’avons averti, capitaine. Il devrait se connecter d’un instant à l’autre, affirme Villars en caressant distraitement sa barbe, comme chaque fois qu’il est trop nerveux. Une tension pour ainsi dire palpable semble d’ailleurs surnager au sein de l’assistance restreinte en attente de l’image de notre ancien coéquipier devenu paria. Herlock a choisi de rester en retrait, les bras croisés et le regard sombre. Je sursaute lorsque le voyant vert se met à clignoter, une fraction de seconde avant que n’apparaisse le visage de notre compagnon. J’ai presque du mal à le reconnaître tant il a changé. Ses traits si fins se sont durcis et ses joues sont curieusement émaciées. Ses grands yeux brun autrefois si pétillant de vie reflètent une méfiance et une colère difficilement contenue.

Ses cheveux coupés très courts accentuent la puissance de ses mâchoires et sa carrure massive n’a plus rien à voir avec celle du fragile novice que j’ai quitté il y a huit ans. Un curieux entrelacs de métal remplace son bras perdu naguère et son sourire grimaçant me fait froid dans le dos.
— Et bien, quel comité d’accueil ! Si je m’attendais à ça, grince-t-il avec une désagréable ironie. Son regard croise le mien et il semble déstabilisé un instant, mais se reprend aussitôt.
— Mais ça alors, c’est une véritable réunion de famille ! En quel honneur ? Ça fait pourtant des siècles que…
— Ramis, nous avons besoin de ton aide, l'interrompt Villars. À ces mots, le jeune homme hausse les sourcils dans une expression exagérément surprise.
— Besoin de moi ? Qui a besoin de moi ? Je ne suis qu’un abominable traître tout juste bon à collaborer avec la guilde des pourris. Ne me dites pas que vous aviez oublié, hein…
— Assez, Ramis, siffle Herlock en avançant vers l’écran.
— Assez ? Assez ? J’ose espérer que vous plaisantez, capitaine. Sachez que plus personne ne m'assène d’ordres à présent. Je ne vous permets pas non plus de m’en donner, je ne suis plus votre subordonné, est-ce clair ?
— C’est vrai que tes nouveaux amis ne t'administrent certainement pas d’ordres. Ils t’indiquent juste quel innocent tu dois abattre.
— Arrêtez ! Je vous en prie, dis-je en m’approchant à mon tour du grand écran. Ramis, nous vous avons contactés, car l’Arcadia est gravement endommagé et nous devons absolument nous poser sur terre, du seul fait que nous avons besoin de composants très spécifiques. Nous avons pensé que…
— Qu'en fonction de mon statut, je pourrais sans doute vous aider à pénétrer l’atmosphère sans vous faire repérer. Il jette un regard empli d’une colère amusée au docteur Villars, qui lui accorde un sourire complice avant d’ajouter.
— Je ne sais pas jusqu’où ta carte peut mener, mais nous supposons que l'union terrestre a signé des accords avec le Nouvel Ordre. Il faudrait que tu puisses désactiver les radars de surveillance des quartiers généraux quelques heures, sans que personne s’en rende compte.
— Ben, voyons. Rien que ça ! Vous voulez que je pénètre l'état-major de la sécurité mondiale…
— Est-ce que c’est possible ? Insiste le médecin.
— Ah ! Docteur Villars, malgré toute votre science vous êtes parfois si naïf. Je vous rappelle que la terre fait partie des planètes indépendantes. Le Nouvel Ordre de Stalker n'a rien à voir avec l'U.T. Il n'existe aucun accord, uniquement un pacte de non-agression qui me permet de subsister en ces lieux sans être dévoré vif par ces cannibales obèses, elle me sert d’immunité, c’est tout. Je n’ai accès à rien sur les mondes autonomes.
Une vague de découragement traverse l’assemblée, mais un sourire narquois s’élargit sur le visage de Ramis, qui semble se délecter de sa furtive position de supériorité.
— Par contre, je suis revenu vivre sur terre pour travailler en collaboration avec quelqu'un qui possède des entrées très privilégiées ici. Je pense qu’il ne me refuserait pas ce petit service.
— De qui s’agit-il ? Demande Villars, dubitatif. Le jeune homme éclate d’un rire désagréable avant de dévisager Herlock avec un sourire plein de défiance machiavélique.
— C’est un vieil ami à vous, capitaine. Je sens que ça va vous plaire…
— Tu n‘es qu‘un gamin sans cervelle, Ramis, grogne Herlock avec un mépris non dissimulé.
— Ramis, cesse tes railleries et dis-nous si tu es en mesure de nous venir en aide, ajoute Villars avec une impatience agacée.
— Très bien. J'accepte de vous aider. Dites à Alfred qu’il sécurise minutieusement cette communication et qu’il reste connecté. D’après les paramètres que j’ai affichés sur mon écran, vous n’êtes plus qu’à quelques heures d’ici. Il faut donc faire vite. Je vous tiens au courant de la démarche à suivre dès que je serai parvenu à contacter monsieur Zon. À ces mots, mon cœur bondit dans ma poitrine et le visage d’Herlock devient livide, ce qui bien entendu déclenche chez Ramis un rire jubilatoire des plus crispants.
— Je constate que tes fréquentations ne se sont guère améliorées, murmure le capitaine avec un timbre tout à coup las et fatigué.
— Vous êtes bien placé pour me conseiller sur mes relations hein, capitaine ?
— Collaborer avec ce salopard… tu es vraiment un moins que rien, Ramis, crache Key avec dégoût. Il la toise avec nonchalance avant de répondre.
— Peut-être, mais le moins que rien va vous sortir une sacrée épine du pied, ma jolie, alors à ta place, je surveillerai mon langage. En plus, ça ne te convient pas du tout.
— Bon, ça suffit comme ça. Nous allons exécuter ce que nous demande Ramis. Nous n’avons aucune autre solution de toute façon. Nos rancoeurs respectives et personnelles n’ont rien à faire dans cette opération. Je ne veux plus rien entendre qui s’y rapporte, dis-je d’un ton sec. C’est la première fois depuis mon retour que j’endosse mon rôle de commandant et cela parait fortement déplaire à Key, qui me dévisage, les mains sur les hanches.
— Curieux comme l’identité de notre nouvel allié providentiel ne semble pas vous déranger, grince-t-elle dans ma direction.
— Assez ! Le commandant vient de vous donner un ordre et vous êtes priée de vous y conformer. Nous nous passerons de vos commentaires, Key, intervient Herlock.
— Alors, quelques problèmes d’autorité, capitaine ? Raille Ramis
— Contente-toi de faire ce que tu as dit et contacte-nous quand tu seras prêt, répond froidement Herlock avant de couper la communication.
J’accompagne Villars au poste médical, décidément incapable de me résoudre à me retrouver livrée à moi-même au sein de ce bâtiment, frappé d’une sourde menace qui se tient tranquillement tapie dans les quartiers d’isolations, en attente de la moindre faille pour envahir les corridors et nous entraîner dans son sillage de mort et de chaos. Nous découvrons notre prisonnier assis sur le rebord de son matelas, portant à ses lèvres d’une main chancelante un bol de liquide bouillant qui parait le réconforter. Herlock est installé dans un angle de la chambre, caressant d’un geste distrait son menton, un oeil soucieux posé sur le convalescent. Il accueille notre arrivée en se redressant, tandis que l’humanoïde lève un regard déroutant dans notre direction. Difficile de deviner ses émotions au travers du miroir déformé de ses six pupilles noires. Il me parait cependant dénué de toute agressivité ou rancœur, et il me semble déceler une certaine reconnaissance sur les traits de son visage aux reflets argentés.
— Comment vous sentez-vous ? Demande Villars en saisissant le bras de notre étrange hôte
— Je vais mieux, je vous remercie de votre intervention. Je suis juste un peu étourdi encore, car vous m’avez injecté une trop forte dose.
— Vous m’en voyez désolé, mais je ne connais que fort mal l’organisme humanoïde. De plus, je n’ai aucune idée de ce qui vous est arrivé.
— Oh ! Vous n’avez pas d’inquiétude à vous faire à ce sujet, je suis accoutumé à mon état. Je souffre d’une insuffisance métabolique qui déclenche l’équivalent des attaques d’épilepsie chez vous si je suis victime d’une trop violente émotion sans avoir de Piradoxine à portée de main…
— Vous êtes en train de nous dire que votre crise était due à une maladie récurrente et n’a aucun rapport avec ce qui s’est passé sur votre bâtiment ? Intervient Herlock.
— En effet, je suis atteint d'Aricrosi. À l'instant où… ce cauchemar a envahi le vaisseau, j’ai senti que j’allais m’effondrer, je me suis alors précipité vers le poste médical dans l'intention de pratiquer l’injection du remède, mais il était trop tard. Les spasmes ont commencé à m’assaillir lorsque j’ai franchi le seuil de l’infirmerie, pourchassé par les miens qui… oh bon sang !
Il baisse la tête, incapable de poursuivre et se remet à trembler. Je m’approche afin de poser une main apaisante sur son épaule tandis qu’il étouffe un gémissement de désespoir.
— Je suis quand même parvenu à ramper jusqu’au placard où vous m’avez trouvé, ensuite j’ai entendu ces bruits atroces et ces hurlements…
— Calmez-vous, tout cela est terminé, vous êtes en sécurité maintenant, dis-je
— Vous ne comprenez pas… personne n’est en sécurité !
Herlock se lève dans un mouvement agacé et pose sur l’humanoïde un regard mêlé de mépris et de froide haine.
— Que pouvez-vous nous apprendre au sujet de cette chose qui a détruit votre bâtiment ? Comment se fait-il que vous ayez survécu ? Demande-t-il fermement.
— Je n'en sais rien, capitaine Herlock… ce que j’ai vu dépasse toute logique et tout raisonnement. Je ne comprends pas pourquoi je suis encore en vie, j'ai perdu connaissance et me suis éveillé dans cette armoire, je n'ai jamais osé en franchir le seuil jusqu'a ce que vous débarquiez avec votre équipage. Mes compagnons se sont métamorphosés, les os craquaient et transperçaient leur peau et puis… ils se sont fondus au vaisseau, c’est le chaos qui a envahi les couloirs. Les ténèbres, les abîmes, le mal absolu !
Il tremble si fort que son bol lui échappe des mains et se brise avec un bruit de céramique. Je fixe le liquide sombre qui s’étale lentement entre les joints du carrelage blanc tandis qu’un frisson glacé parcourt ma nuque. Herlock a froncé les sourcils et je devine toute la colère que lui inspire le représentant de ce peuple qu’il combat sans relâche depuis si longtemps.
— Tout cela ressemble étrangement à ce qui s’est passé dans le couloir 37, capitaine, intervient Villars. À ces mots, l’humanoïde se relève d’un bond, et son visage grisâtre vire au blanc laiteux.
— Oh ! Vous l’avez ramené avec vous ! Vous avez ramené le chaos avec vous ! Hurle-t-il en attrapant sa tête à deux mains.
— Assez ! Gronde Herlock en s'avançant d'un pas. Le rescapé lui jette un regard terrifié et se rassied maladroitement.
— Qu’allez-vous faire de moi ? Gémit-il comme s’il venait soudain de réaliser qu’il se trouve dans une situation critique, prisonnier du plus ardent et du plus dangereux détracteur de la politique colonisatrice de son peuple. Herlock toise l’humanoïde en poussant un soupir las.
— Je vais te laisser vivre pour l’instant. Villars, implantez-lui un bracelet de contention et installez-le dans le quartier des officiers, près de ma cabine. J'estime qu'il y sera plus en sécurité.
— Bien, capitaine.
— Quant à toi, considère cela comme une liberté surveillée, bien que je te déconseille de traîner dans les couloirs, je pense que ta présence ne sera guère appréciée par ici. Le bracelet est programmé de manière à t’interdire l’accès des centres vitaux du vaisseau. Si jamais tu tentes de passer le sas de la salle des machines, de l’armurerie, du local technique ou de la salle des réacteurs, tes veines ne seront plus qu'acide avant que tu n’aies eu le temps de respirer.
Le docteur saisit le bras du prisonnier et à l’aide d’une étrange tenaille lui enserre le poignet. L’humanoïde pousse un cri de douleur mêlé de surprise et découvre le petit cercle de métal irisé de points de lumières. L’une d’elles clignote au rythme d’un cœur qui bat et ses reflets verts indiquent sans doute le bon fonctionnement du matériel. Villars éponge précautionneusement avec une compresse stérile le sang qui s’écoule de la blessure du poignet dans lequel plonge une fine sonde métallique. Je remarque que le douloureux bracelet a été scellé à chaud par la tenaille, empêchant toute tentative de retrait de l’objet. Villars applique un rayon cautérisant sur la plaie qui se referme proprement autour de la canule. Rebutée par l’aspect barbare de ce procédé, je dois cependant admettre qu’il est l’unique moyen de préserver notre sécurité à tous.
— Appelez Mime afin qu’elle le mène à sa cabine, fait Herlock en se dirigeant vers la porte. Et assurez-vous qu’il dispose de Piradoxine. Ayana, accompagnez-moi sur le pont. Syrus et Key nous y attendent. Il faut que nous mettions en place une stratégie de traversée des défenses terrestres.
— Capitaine ? Demande le médecin.
— Qu’y a-t-il, Villars ?
— Et bien, voilà… je pense connaître quelqu’un qui pourrait nous aider à nous poser sur terre. Je vous rejoins dans quelques minutes pour vous exposer mon idée, dit-il en nettoyant méticuleusement ses instruments.
— Entendu, docteur Villars. Je vous attends sur le pont.
Il s’écarte du sas afin de m’inviter à le précéder et je m’exécute aussitôt. Nous traversons les corridors sans prononcer un mot et je me rends soudain compte que le claquement rapide et volontaire de sa démarche à mes côtés possède quelque chose de rassurant.

Je lève les yeux dans sa direction et sans savoir pourquoi les battements de mon cœur s’accélèrent. Son expression d’une sévérité glaciale ne laisse rien transparaître de l’angoisse qui s’est emparée de chacun d’entre nous à l’approche de notre destination imminente. Il s’aperçoit subitement que je le dévisage et m’arrête net à quelques pas du poste de commandement, pose une main sur mon poignet tandis que ses traits s’adoucissent imperceptiblement.
— Je n’ai même pas pris le temps de savoir comment tu te sentais, murmure-t-il en caressant ma joue du bout des doigts. Je baisse les yeux, troublée par cette prévenance qui ne lui est pas coutumière, puis souris et me noie dans son regard attentif.
— Je vais bien, dis-je dans un souffle. Je crois que la peur me tenaille, mais je ne peux pas affirmer que ce soit une sensation nouvelle. Je survivrai.
Il me rend un léger sourire tandis qu’une violente flamme irradie soudain mon ventre et le creux de mes reins. Désir de sa bouche contre la mienne, de la chaleur de son corps et de ses mains, soif d’oubli, de fuite éperdue entre ses bras qui me préserveront de toutes les horreurs, de toutes ces souffrances, de toute cette terreur…
Je me laisse emporter par les battements désordonnés de mon cœur et l’enlace. Je sens ses bras qui se referment autour de ma taille et ferme les yeux. Je perçois dans son baiser le brasier qui s’est brusquement éveillé en lui et plonge dans une parfaite inconscience de tout ce qui nous entoure. Plus rien d’autre n’existe que lui… Mais un immense désespoir s’empare alors de moi qu’il semble déchiffrer immédiatement. Il saisit mon visage entre ses mains et m’oblige à le regarder, tandis que je pose les miennes sur ses avant-bras. Je n’arrive pas à exprimer ni même à comprendre réellement ce que je ressens.
— Nous allons nous en sortir, je te le jure, chuchote-t-il d’une voix tendue. Je tente d’échapper à son regard, mais il ne cède pas, et une larme vient rouler sur ma joue.
— J’ai tellement peur, dis-je faiblement. Tellement peur de souffrir de nouveau, tellement peur de te perdre…
Son expression me bouleverse tandis qu’il approche son visage si près du mien que son souffle vient caresser mes lèvres.
— Je suis avec toi à présent : tu ne me perdras pas et nous sortirons de ce cauchemar ensemble. Je ne permettrai plus jamais que nous soyons séparés. Je t’en fais le serment…
— Oh, Herlock, je sais que tu es sincère, mais que peux-tu faire contre cette menace qui déjà est à nos portes ?
— Je peux tout, si tu es à mes côtés… murmure-t-il avec un sourire rassurant, avant de me serrer contre lui. Une émotion pure et douloureuse me submerge, qui se transforme progressivement en une paix intérieure salvatrice, tandis que je m’applique à croire en ses paroles sans y trouver de failles et me blottis contre son cœur, espérant que cet instant se fige à jamais dans le temps.






